Les familles de détenus en Iran attendent la fin de l’épreuve des otages
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Les familles de détenus en Iran attendent la fin de l’épreuve des otages

Parmi les occidentaux détenus ou retenus figurent au moins 3 autres Britanniques, 4 Américains, 2 Allemands, 2 Français, selon leurs familles, 2 Suédois et 2 Autrichiens

Drapeau iranien. (Photo libre de droits)
Drapeau iranien. (Photo libre de droits)

Avec espoir mais aussi la peur d’une nouvelle déception, les familles d’occidentaux détenus en Iran suivent de près les intenses contacts diplomatiques avec Téhéran alors que des rumeurs évoquent le retour possible de leurs proches.

L’Iran détient plus d’une douzaine d’occidentaux – également détenteurs d’un passeport iranien pour la plupart – en prison ou en résidence surveillée. Beaucoup ont passé plusieurs années derrière les barreaux et ont été exposés au Covid-19 en détention.

Ils font l’objet d’accusations que leurs familles jugent absurdes, comme espionnage ou atteinte à la sécurité de l’Etat, et des militants dénoncent une pure prise d’otages pour obtenir des concessions.

L’Iran a en effet toujours exprimé sa volonté d’échanger les prisonniers contre des Iraniens détenus, à tort selon lui, en Occident.

« Nous avons appris à prendre chaque jour comme il vient. Nous ne pouvons pas trop anticiper. Certaines choses, comme ces rumeurs, nous donnent un peu d’espoir, mais nous avons appris à ne pas être trop optimistes », résume Elika Ashoori, dont le père de 67 ans, Anoosheh, citoyen britannique, est détenu en Iran depuis 2017.

Les évocations non confirmées d’accords éventuels sont plutôt sources d’angoisse y compris pour son père : « C’est un jeu psychologique qui n’est pas agréable pour nous ni, surtout, pour lui », estime-t-elle.

Il y a aussi l’anxiété du quotidien, comme lorsque son père s’est plaint par téléphone de symptômes du Covid-19. « Vous vous réveillez tous les jours avec cette peur de penser à ce que vous allez découvrir dans la journée », indique Elika Ashoori.

Dans les limbes

Parmi les occidentaux détenus ou retenus figurent au moins trois autres Britanniques, quatre Américains, deux Allemands, deux Français, selon leurs familles, deux Suédois et deux Autrichiens.

Après 200 jours de prison et un renvoi à l’isolement le mois dernier, l’Allemande Nahid Taghavi, 66 ans, est en « très mauvais état », selon sa fille Mariam Claren.

« Les limbes sont très difficiles pour elle et pour nous », déclare à l’AFP Mariam Claren, selon laquelle sa mère n’a droit à la lumière naturelle qu’une demi-heure par jour et n’a même pas d’oreiller pour dormir.

« Notre peuple souffre sous la torture. J’essaie de ne pas trop penser à Vienne ». Y ont lieu, en marge des pourparlers sur le nucléaire iranien, des « négociations actives, par l’intermédiaire des Européens, sur la conclusion d’un accord sur un échange de prisonniers dans les deux sens », a déclaré à l’AFP une source proche des négociations, précisant qu’aucun accord n’a encore été conclu.

Mariam Claren redoute que la question des prisonniers ne devienne un « jeu » pour les deux parties.

Les pourparlers sur le nucléaire visent à sauver l’accord de 2015 censé empêcher la République islamique de se doter de l’arme atomique, moribond depuis le retrait des Etats-Unis de Donald Trump en 2018.

À Vienne, les Iraniens ont refusé de rencontrer les émissaires des États-Unis qui n’ont plus de relations diplomatiques avec Téhéran depuis 1979. Les Européens (Allemagne, France, Royaume-Uni) notamment servent d’intermédiaires.

Washington a par ailleurs démenti des informations de la télévision iranienne le week-end dernier selon lesquelles il débloquerait 7 milliards de dollars de fonds iraniens gelés et libérerait quatre Iraniens accusés de contournement des sanctions, en échange de la libération de quatre Américains accusés d’espionnage.

Prise d’otages

Hadi Ghaemi, le directeur exécutif du Center for Human Rights in Iran, basé à New York, estime que les États-Unis et les Européens devaient montrer un « front uni » et obtenir la libération des détenus parallèlement aux pourparlers sur le nucléaire.

« L’incapacité de s’attaquer efficacement à la prise d’otages par l’Iran donne le feu vert à cette pratique et expose les autres binationaux au risque d’être utilisés comme des pions politiques », a-t-il déclaré.

Pour Elika Ashoori, dont le père ingénieur à la retraite a été condamné à 10 ans de prison pour espionnage, la seule option est de continuer à lutter pour sa libération, seul moyen, également, de « rester sain d’esprit » et « canaliser (la) frustration ».

Mariam Claren abonde : « Depuis l’arrestation de ma mère, j’ai décidé de ne pas me fier aux miracles. Je (…) continuerai notre campagne ».

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