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Les forces syriennes se retirent de Soueïda ; Israël s’engage à protéger les Druzes

Le retrait suit l’annonce d’un cessez-le-feu prévoyant "l’intégration" de la province dans l’État syrien, rejeté par plusieurs chefs druzes; Israël poursuit ses frappes ; Ben Gvir appelle à éliminer al-Sharaa

Les forces gouvernementales syriennes se sont retirées de l’ensemble de la province majoritairement druze de Soueïda, dans le sud du pays, ont indiqué jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et des témoins cités par l’AFP.

La Syrie a annoncé avoir commencé à retirer ses troupes de la ville majoritairement druze de Soueïda dans la nuit de mercredi à jeudi, après avoir accepté un nouveau cessez-le-feu présenté comme mettant fin à toutes les opérations militaires dans la région. L’accord a toutefois été rejeté par plusieurs dirigeants druzes, ainsi que par Israël, qui a réaffirmé ses promesses de protection envers cette minorité.

L’annonce est intervenue après que le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que les parties impliquées dans « le conflit à caractère sectaire », qui fait rage depuis le week-end, s’étaient « mises d’accord sur des mesures spécifiques » en vue d’une trêve. Un précédent cessez-le-feu annoncé mardi semblait avoir eu peu d’effet sur le terrain, alors que plus de 300 personnes ont été tuées dans le sud du pays, selon un observateur.

D’après le texte du nouvel accord publié par le ministère syrien de l’Intérieur, il prévoit un « arrêt total et immédiat de toutes les opérations militaires », ainsi que la création d’un comité composé de représentants du gouvernement et de chefs spirituels druzes, chargé de superviser sa mise en œuvre.

Le ministère syrien de la Défense a ensuite indiqué avoir « amorcé son retrait de la ville de Soueïda, conformément aux termes de l’accord adopté, après avoir achevé les opérations de ratissage à la recherche de groupes hors-la-loi ».

La déclaration ne fait cependant aucune mention d’un retrait des autres forces de sécurité gouvernementales encore présentes dans la ville.

Des témoins sur place ont rapporté que les troupes gouvernementales déployées à Soueïda, officiellement pour mettre fin aux affrontements entre Druzes et Bédouins, s’étaient en réalité jointes à ces derniers pour attaquer des combattants et civils druzes.

Un membre des forces de sécurité syriennes tire avec une arme à l’épaule lors d’affrontements dans le sud de la ville de Soueïda, le 16 juillet 2025. (Crédit : OMAR HAJ KADOUR/AFP)

Dans son discours, Ahmad al-Sharaa, chef de l’ex-branche d’Al-Qaïda qui a renversé le dirigeant de longue date Bachar el-Assad en décembre, a promis que les responsables d’exactions commises contre « notre peuple druze, placé sous la protection et la responsabilité de l’État » seraient tenus pour compte.

« L’État syrien est intervenu pour mettre fin aux affrontements entre les groupes armés de Soueida et des régions avoisinantes », a affirmé le président intérimaire.

Alors qu’une trêve était en discussion, Israël a poursuivi ses bombardements sur les forces gouvernementales syriennes, promettant de défendre les Druzes, tandis qu’un millier de Druzes israéliens ont traversé la frontière pour rejoindre les combats. Des soldats de Tsahal, ainsi que deux députés druzes de la Knesset, se sont rendus en Syrie pour tenter de ramener les civils israéliens.

Mercredi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait annoncé « un accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation inquiétante et terrifiante » en Syrie.

« Cela exigera de toutes les parties qu’elles respectent les engagements qu’elles ont pris, et c’est ce que nous attendons d’elles », a écrit Rubio sur X.

Il avait auparavant évoqué un « malentendu » entre les gouvernements israélien et syrien à propos des affrontements.

Retrait syrien

Un des trois principaux chefs religieux druzes syriens, cheikh Youssef al-Jarbouh, a lu dans une vidéo diffusée par la télévision officielle les dix points de l’accord, qui prévoit notamment « l’intégration totale de la province » de Soueida « dans l’État syrien ».

Les zones druzes étaient jusque-là contrôlées par des combattants de cette minorité, qui s’étaient déclarés prêts à rejoindre les forces de sécurité après la prise du pouvoir à Damas, en décembre, par une coalition islamiste ayant renversé le président Bachar el-Assad.

Un homme se tient à une fenêtre alors que de la fumée monte suite à des frappes israéliennes dans la banlieue de la ville de Soueïda, dans le sud de la Syrie, le 16 juillet 2025. (Crédit : Bakr ALKASEM/AFP)

L’accord stipule un « arrêt total et immédiat de toutes les opérations militaires » ainsi que la création d’un comité composé de représentants de l’État syrien et de chefs spirituels druzes, chargé d’en superviser l’application.

Le texte affirme qu’il ne sera porté atteinte ni aux civils ni à leurs biens, alors que des témoins et d’organisations de droits ont fait état ces derniers jours d’exactions, notamment des exécutions sommaires et des pillages.

Il prévoit également la libération des personnes détenues et la clarification du sort des disparus lors des récentes violences.

Peu après l’annonce du cessez-le-feu, un autre influent chef religieux druze, le cheikh Hikmat al-Hejri, a rejeté l’accord. « Il ne peut y avoir ni accord ni négociation avec ces bandes armées qui se font appeler gouvernement », a-t-il déclaré.

Mercredi matin, cheikh Hejri avait lancé un appel au président américain Donald Trump, au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, « ainsi qu’à tous ceux qui exercent une influence dans le monde », leur demandant « d’intervenir pour sauver Soueïda ». La veille, il avait exhorté les combattants druzes à ne pas déposer les armes.

Des membres des forces de sécurité syriennes se tiennent sur un char suite aux affrontements entre Bédouins et Druzes, dans la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025. (Crédit : Bakr ALkasem/AFP)

Mercredi soir, le mouvement des Hommes de la dignité, l’un des deux principaux groupes armés druzes de la région, a également rejeté l’accord. « Tout accord qui n’inclurait pas le retrait complet des forces d’invasion serait totalement inacceptable », a-t-il prévenu.

Dans un communiqué publié sur Facebook, le groupe a affirmé qu’il poursuivrait la lutte « tant que les envahisseurs ne se seront pas retirés de tous les villages et villes qu’ils ont profanés ».

Plus de 350 personnes ont été tuées à Soueïda

Les frappes aériennes israéliennes contre les forces gouvernementales syriennes dans la région se sont poursuivies, a indiqué Tsahal mercredi, en diffusant des images de l’opération.

Selon l’armée israélienne, les frappes menées en fin d’après-midi ont visé des véhicules blindés et des pick-up équipés de mitrailleuses, en route vers Soueïda. Des positions de l’armée syrienne, des dépôts d’armes et d’autres cibles militaires dans le sud du pays ont également été bombardés, a précisé Tsahal.

D’après un nouveau bilan annoncé jeudi par l’OSDH, plus de 350 personnes ont été tuées depuis le week-end dernier dans la province de Soueïda. L’OSDH précise que les violences ont causé la mort de 79 combattants druzes, 55 civils, 189 membres de l’armée ou des forces de sécurité, et 18 combattants bédouins, auxquels s’ajoutent 15 soldats et policiers tués lors de frappes israéliennes.

Parmi les victimes figure un travailleur des médias identifié comme Hassan al-Zaabi. Le syndicat des journalistes syriens a affirmé dans un communiqué qu’il avait été abattu par des « bandes hors-la-loi » dans la province alors qu’il « exerçait ses fonctions professionnelles », sans préciser pour quel média il travaillait.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des combattants affiliés au régime syrien en train de raser de force la moustache de cheikhs druzes, de piétiner des drapeaux druzes et de déchirer des portraits de figures religieuses. D’autres séquences montrent des combattants druzes frappant des membres capturés des forces gouvernementales et posant à côté de leurs corps.

Des journalistes de l’Associated Press (AP) présents dans la région ont constaté que plusieurs habitations avaient été incendiées et pillées.

Face aux images d’exécutions sommaires, d’humiliations et de destructions en provenance de la province de Soueïda, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a réagi avec virulence.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, entouré de collègues législateurs, chahute le député Ayman Odeh, avant l’échec du vote sur la proposition d’expulsion de ce dernier de la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une déclaration vidéo, Ben Gvir a affirmé qu’Israël devait « éliminer » le président intérimaire syrien Ahmed al-Sharaa, qu’il appelle par son nom de guerre « al-Jolani ».

« Les images choquantes en provenance de Syrie prouvent une chose : djihadiste un jour, djihadiste toujours », a-t-il lancé.

« On ne peut pas négocier avec quelqu’un qui assassine, rase les moustaches, humilie et viole. La seule option est d’éliminer al-Jolani. Nous devons couper la tête du serpent. »

Il a terminé en affirmant son soutien à la communauté druze, affirmant son amour pour la communauté, « j’aime les citoyens druzes d’Israël et je les embrasse chaleureusement ».

Par ailleurs, selon l’OSDH, qui s’appuie sur un vaste réseau de sources à l’intérieur du pays, 15 membres du ministère syrien de la Défense et du ministère de l’Intérieur auraient été tués dans les frappes israéliennes menées dans le sud de la Syrie.

Selon un nouveau bilan du ministère syrien de la Santé, les frappes israéliennes sur Damas, qui ont notamment visé mercredi le quartier général de l’armée syrienne, ont fait trois morts et 34 blessés,

Des membres des forces de sécurité syriennes évaluent les destructions suite aux frappes israéliennes à l’intérieur du complexe du quartier général de l’armée syrienne et du ministère de la Défense lourdement endommagé à Damas, le 16 juillet 2025. (Crédit : Bakr ALKASEM/AFP)

Les frappes, d’une grande intensité, ont détruit une aile d’un bâtiment de quatre étages situé dans le complexe abritant l’état-major, adjacent au ministère de la Défense, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La célèbre place des Omeyyades, qui fait face au complexe et est habituellement très animée, était quasi déserte après l’attaque, à l’exception de quelques ambulances et véhicules militaires.

Les médias syriens ont également rapporté que des frappes israéliennes avaient visé la base aérienne de Mezzeh, près de Damas. Tsahal n’a pas commenté ces informations au moment de la publication.

À la suite des scènes de chaos à la frontière, lorsque des jeunes druzes israéliens ont franchi la ligne séparant Israël de la Syrie mercredi, le député Hamad Amar (Yisrael Beytenu), lui-même druze, a traversé la frontière dans le cadre d’une opération coordonnée avec les forces de sécurité israéliennes pour les exhorter à revenir.

Dans un communiqué confirmant sa présence dans la zone tampon syrienne, son bureau a indiqué qu’il avait « agi de son propre chef, par responsabilité nationale et par souci profond de la paix pour la jeunesse druze et pour l’ensemble de la population ».

En réponse au Times of Israel, son porte-parole a précisé qu’il n’avait pas pénétré profondément en territoire syrien, restant dans la zone tampon, accompagné et autorisé par les forces de sécurité.

Un second député druze, Afef Abed (Likud), a lui aussi traversé la frontière pour tenter de convaincre les jeunes de rentrer.

« Je suis entré de mon propre chef pour ramener les jeunes Druzes qui sont passés par leurs propres moyens, et pour les protéger », a-t-il déclaré à la chaîne publique Kan, ajoutant qu’il s’était rendu avec Amar dans la ville syrienne de Hader.

« Je suis ici pour m’assurer qu’il n’y aura ni otages ni cadavres », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il gardait « l’espoir » que ses efforts permettraient leur retour en Israël.

Le député de Yisrael Beytenu, Hamad Amar, s’exprime lors d’une réunion de la Commission de la sécurité nationale de la Knesset, le 1er juillet 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Abed a également déclaré à la chaîne que le massacre de la population druze dans la région de Soueïda, dans le sud de la Syrie, lui rappelait le pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023. Il a salué la réaction immédiate de la communauté druze, soulignant leur volonté de se rendre sur place, comme ils l’avaient fait lors des attaques de 2023.

« Le 7 octobre, tous les Druzes se sont précipités vers le sud, sans réfléchir à ce qu’ils allaient y trouver ou y faire, car c’est notre mentalité », a-t-il déclaré.

Contredisant Amar, Abed a affirmé qu’aucune force de sécurité israélienne ne les avait personnellement escortés lors de leur entrée en Syrie.

Chef de Tsahal : Israël est déterminé à « protéger les Druzes »

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, s’est rendu mercredi soir à la frontière syrienne, où il s’est adressé aux troupes.

« Nous agissons avec détermination pour empêcher l’implantation d’éléments hostiles de l’autre côté de la frontière, protéger les citoyens de l’État d’Israël et veiller à ce que les Druzes ne soient pas pris pour cible. »

Il a procédé à une évaluation de la situation en compagnie de plusieurs hauts responsables militaires, dont son adjoint le général de division Tamir Yadai, le chef du Commandement Nord Ori Gordin, le chef du renseignement Shlomi Binder, le chef des opérations Itzik Cohen, et le commandant de la division régionale Bashan, Yair Peli.

De gauche à droite : le chef d’état-major adjoint de Tsahal, le général Tamir Yadai, le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, le chef du Commandement du Nord, le général Ori Gordin, et le chef de la Direction des opérations, le général Itzik Cohen, à la frontière syrienne, le 16 juillet 2025. (Crédit : Armée israélienne)

S’exprimant depuis le mémorial national de Jérusalem dédié à Theodor Herzl, le président Isaac Herzog a également réaffirmé l’engagement d’Israël.

« Israël n’assistera pas passivement à la montée d’une menace djihadiste, même potentielle, de l’autre côté de la frontière ».

Il a ajouté « qu’Israël ne restera pas sans réagir lorsque nos alliés et les membres des familles d’Israéliens – les fils et les filles de la communauté druze, qui fait partie intégrante de notre société – sont attaqués et risquent de se faire massacrer », a-t-il poursuivi.

Herzog a lui aussi exhorté les Druzes d’Israël à ne pas franchir la frontière.

« Israël doit agir, agit et continuera d’agir jusqu’à ce que le calme et la sécurité soient rétablis à notre frontière », a-t-il déclaré.

Environ 150 000 Druzes vivent en Israël, la plupart ayant la citoyenneté israélienne et servant dans Tsahal. En revanche, la majorité des quelque 23 000 Druzes du plateau du Golan ne sont pas citoyens israéliens et se considèrent comme Syriens, maintenant des liens étroits avec les communautés druzes de Syrie, qui compteraient environ 700 000 membres.

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