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Les industriels israéliens reprochent à Amir Yaron de ne pas en faire assez

La force du shekel nuit grandement à la compétitivité et la rentabilité des exportateurs

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Banque centrale d’Israël a décidé lundi d’abaisser ses taux d’intérêt de 0,25 point en raison de la vigueur du shekel et de l’inflation relativement stable, tout en soulignant que les incertitudes géopolitiques liées au conflit avec l’Iran demeuraient « importantes ».

Comme on s’y attendait, la banque centrale d’Israël, sous la direction du gouverneur Amir Yaron, a ramené le coût de l’emprunt de 4 % à 3,75 %, soit la deuxième baisse de taux cette année. Lors de ses deux précédentes décisions sur les taux, en février et mars dernier, la Banque centrale d’Israël avait maintenu le coût de l’emprunt au même niveau, après deux baisses en novembre 2025 et janvier 2026.

« Avec le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran en février, la banque centrale a suspendu ses baisses de taux en raison des incertitudes liées aux dépenses de défense et de l’impact des hostilités sur l’économie et les pressions inflationnistes », explique au Times of Israel Rafi Gozlan, économiste en chef de la société d’investissement IBI.

« Les négociations en vue d’un accord pour mettre fin à la guerre laissant entrevoir une baisse des risques géopolitiques, et la vigueur du shekel freinant la hausse des prix et maintenant l’inflation à un niveau stable, la banque centrale s’est sentie autorisée à ajuster les taux d’intérêt à la baisse. »

Le président américain Donald Trump a déclaré ce week-end que les États-Unis et l’Iran étaient sur le point de finaliser un accord pour mettre fin à la guerre lancée conjointement par les États-Unis et Israël contre la République islamique le 28 février dernier.

Cependant, lundi, l’Iran et les États-Unis ont tempéré les espoirs d’une signature imminente d’un accord visant à mettre fin à la guerre, marquée par un fragile cessez-le-feu depuis début avril.

« Il subsiste une importante incertitude géopolitique, tant au niveau national qu’international », a déclaré la banque centrale d’Israël dans un communiqué. « L’opération Lion Rugissant a eu un impact sur l’activité économique et les chiffres les plus récents montrent une reprise. »

La banque centrale d’Israël souligne que « l’inflation en Israël reste autour du point médian de la fourchette cible », alors que le shekel s’est apprécié de 8,3 % par rapport au dollar depuis la précédente décision en matière de taux d’intérêt. Les chiffres les plus récents attestent que l’inflation annuelle en avril est restée stable, à 1,9 %, dans la fourchette cible du gouvernement, comprise entre 1 % et 3 %.

Des clients évacuant le marché Mahane Yehuda de Jérusalem et cherchant un abri alors que la sirène d’alerte aérienne retentit, le 13 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

La très grande force du shekel a un effet déflationniste, laquelle rend les importations moins chères, freine la hausse des prix et le coût du crédit pour les consommateurs, et permet à la Banque centrale d’Israël, soucieuse de la stabilité des prix, d’abaisser les taux d’intérêt.

En revanche, l’appréciation de 20 % du shekel par rapport au dollar ces douze derniers mois nuit à la compétitivité et la rentabilité des exportateurs, payés en dollars mais qui paient leurs dépenses en shekels. Les exportations représentent jusqu’à 40 % de l’activité économique israélienne.

Les fabricants et exportateurs israéliens reprochent à Yaron de ne pas en avoir fait assez et d’avoir agi trop tard pour tenter de freiner la hausse du shekel, au plus haut depuis 33 ans face au dollar américain. Les exportateurs expliquent que la force de la monnaie israélienne est un risque pour la croissance économique, et réclament en conséquence une baisse plus importante des taux d’intérêt ainsi qu’une intervention sur le marché des changes.

« La Banque d’Israël perd sa crédibilité en ignorant l’inflation, la baisse de la prime de risque et les fluctuations des taux de change », estime l’Association des fabricants israéliens. « Israël est devenu un îlot de taux d’intérêt élevés dans un contexte mondial de baisse des taux, et les écarts de taux d’intérêt réels attirent un afflux massif de capitaux étrangers, ce qui injecte davantage de dollars sur le marché local et alimente l’appréciation destructrice de la monnaie israélienne. »

Ces derniers mois, Yaron a fait l’objet de vives critiques de la part des autorités politiques et des industriels en raison de ses hésitations à prendre des mesures rapides pour faire baisser drastiquement le coût de l’emprunt et aider les exportateurs, les ménages et les entreprises.

« Un taux d’intérêt de 3,75 % reflète toujours un taux d’intérêt réel relativement élevé », estime Jonathan Katz, macro-économiste chez Leader Capital Markets. « À ce stade, il ne semble pas que la Banque d’Israël soit prête ä combiner baisse des taux et intervention sur le marché des changes, bien que cela reste une possibilité. »

« Si le cessez-le-feu est mis en œuvre, nous nous attendons à une nouvelle baisse en juillet », ajoute M. Katz.

Illustration : un shekel et un billet de 100 dollars américains, le 13 avril 2026. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Selon Gozlan, si la baisse des taux d’intérêt rend la monnaie moins attrayante pour les investisseurs en quête de rendements élevés, la banque centrale « comprend qu’en abaissant les taux d’intérêt, elle ne pourra pas inverser la tendance du shekel ».

« La vigueur du shekel s’explique principalement par la faiblesse mondiale du dollar, la forte corrélation entre les cours boursiers mondiaux et le taux de change, ainsi que par un afflux d’importants investissements étrangers en Israël », explique-t-il.

« Les marchés boursiers américains ayant progressé au cours de l’année écoulée, la valeur des actifs des investisseurs institutionnels israéliens dans les principales valeurs de Wall Street augmente, ce qui signifie qu’ils sont contraints de compenser cette hausse en vendant des dollars et en augmentant leur exposition au shekel, ce qui renforce la monnaie locale. »

« Si cette tendance ne s’inverse pas, le shekel continuera de se renforcer », conclut M. Gozlan.

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