Les Israéliens font des dons après la promesse d’allocations pour tous
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Les Israéliens font des dons après la promesse d’allocations pour tous

L'animateur de télévision Guy Lerer lance une campagne de financement participatif pour réorienter les allocations promises à tous "vers ceux qui sont vraiment dans le besoin"

Des centaines d'Israéliens ont donné des millions de shekels à cette campagne de financement participatif visant à redistribuer leurs aides gouvernementales liées au coronavirus aux citoyens les plus en difficulté.  (Capture écran)
Des centaines d'Israéliens ont donné des millions de shekels à cette campagne de financement participatif visant à redistribuer leurs aides gouvernementales liées au coronavirus aux citoyens les plus en difficulté. (Capture écran)

À la suite de l’annonce par le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’un plan largement critiqué visant à verser de l’argent à tous les Israéliens dans le contexte des retombées économiques de la pandémie de coronavirus, des milliers de personnes ont fait don de millions de shekels afin de rediriger l’argent vers les personnes dans le besoin.

Netanyahu a annoncé mercredi que le gouvernement distribuerait des allocations à tous les Israéliens, quelle que soit leur situation financière. Toute personne de plus de 18 ans recevra 750 shekels (191 euros). Les familles avec un enfant recevront 2 000 shekels (509 euros), celles avec deux 2 500 shekels (636,5 euros) et celles avec trois enfants ou plus recevront 3 000 shekels (764 euros).

Si le Premier ministre a expliqué que le programme de relance était motivé par « la nécessité de faire bouger les choses et de s’assurer que personne ne tombe entre les mailles du filet », il a été critiqué par les hauts fonctionnaires des finances, les membres de son gouvernement et de nombreux citoyens.

Après l’annonce de Netanyahu, le programme d’information de fin de soirée de la Treizième chaîne, « HaTzinor », a lancé une campagne de financement pour les personnes intéressées par la redistribution des subventions, de « ceux qui ont moins besoin à ceux qui sont vraiment dans le besoin ».

Le journaliste et présentateur israélien Guy Lerer lors d’une manifestation pour la légalisation de la marijuana à Tel Aviv, le 1er août 2019. (Crédit : Flash90)

« Nous sommes inondés d’histoires difficiles », a écrit l’équipe de l’émission dans une publication sur sa page Facebook officielle. « Des gens qui ne reçoivent aucune aide de l’État. Des enfants qui ont faim. Des familles dont l’électricité a été coupée. Donnons-leur les subventions que nous avons reçues du gouvernement. »

En date de vendredi matin, quelque 5 633 Israéliens avaient fait don de 2 772 112 shekels (705 747 euros) à la campagne de financement accessible sur la plateforme en ligne GiveBack.

L’animateur du programme, Guy Lerer, a écrit sur Twitter que l’argent ira à des gens comme Julia, une jeune fille de 15 ans qui, selon lui, doit utiliser des bougies pour éclairer l’appartement de ses quatre frères après que la compagnie d’électricité a coupé le courant.

Il a rapporté que, bien qu’elle ait dû faire face à la faim et à la honte, cachant sa situation à ses camarades de classe, « le plus dur » est « ce qui se passe jusqu’à ce qu’elle allume les bougies et que les enfants crient et pleurent dans le noir ».

« Mais il y a quelques minutes, nous avons appelé la mère de Julia et lui avons dit que la dette envers la compagnie d’électricité serait couverte par les personnes qui lui ont transmis leur subvention. J’aurais aimé que vous puissiez entendre sa voix au téléphone », a tweeté le présentateur.

Après que sa campagne de financement a franchi le seuil du million de shekel (254 671 euros), Guy Lerer a tweeté qu’il pouvait « voir toutes les choses que cet argent va faire, et cela fait trembler mes doigts quand je tape ».

La Treizième chaîne a calculé jeudi que 1,8 milliard de shekels (458 millions d’euros) sur les 6 millions de shekels promis iront aux familles ayant un revenu mensuel supérieur à 22 000 shekels (5 600 euros), dont plus de 200 000 familles ayant un revenu supérieur à 40 000 shekels (10 183 dollars) par mois.

Il a noté que 114 000 Israéliens ayant des actifs de plus d’un million de dollars, 16 000 Israéliens ayant des actifs de 5 à 50 millions de dollars et 50 Israéliens ayant des actifs de plus de 500 millions de dollars recevront également les aides.

Amir Yaron, le gouverneur de la Banque d’Israël, a critiqué jeudi le plan de relance de Netanyahu et du ministre des Finances Israel Katz, soulignant qu’il y avait de meilleurs moyens que les aides universelles pour permettra au pays de surmonter la pandémie.

« Je pense qu’il y a de meilleurs moyens et des moyens plus efficaces pour augmenter la demande », a commenté le gouverneur à la radio de l’armée. « Nous avons un filet de sécurité et nous devons augmenter la demande, mais je pense qu’il y a des moyens plus efficaces. »

Amir Yaron, qui a déclaré que les responsables de la Banque d’Israël avaient été consultés au sujet du plan dans ses phases initiales mais n’avaient entendu parler du résultat final que par les médias, a également déclaré qu’il avait des « aspects positifs » en termes de stimulation de l’activité économique, mais qu’il « aurait pu être mieux ciblé ».

Le plan a également été repoussé par les hauts fonctionnaires du ministère des Finances.

Selon la Douzième chaîne, lors d’une réunion sur les allocations, Shaul Meridor, le chef de la division du budget du ministère des Finances, a affirmé avec force que ce n’était « pas une façon très intelligente de distribuer l’argent » et a averti qu’Israël devait « faire attention à ne pas être le Venezuela », faisant référence aux difficultés du pays à trouver des fonds.

Un représentant des travailleurs indépendants du pays, dont beaucoup ont été durement touchés financièrement par la pandémie, s’est prononcé contre l’idée d’une allocation gouvernementale pour tous.

« C’est une décision surréaliste de donner de l’argent à des gens qui n’en ont pas besoin, au lieu de gens qui souffrent », a dénoncé Roi Cohen, selon la Douzième chaîne. « Le secteur indépendant saigne. Assez de populisme à bas prix et de politique consistant à foncer tête baissée. Les rues sont en feu. Nous avons besoin de vraies solutions. »

Des milliers d’Israéliens manifestent sur la place Rabin à Tel Aviv, appelant au soutien financier du gouvernement israélien au milieu de la crise du coronavirus, le 11 juillet 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Les ministres ont approuvé dimanche des allocations uniques pouvant atteindre 7 500 shekels (1 910 euros) pour les travailleurs indépendants israéliens et les propriétaires d’entreprises. Mais beaucoup ont été informés que le montant qu’ils recevraient serait en fait inférieur à 2 000 shekels (509 euros), ce qui a suscité de la colère.

Des milliers de propriétaires de petites entreprises et de travailleurs indépendants israéliens ont manifesté contre la politique économique du gouvernement à Tel Aviv samedi soir dernier et une autre manifestation est prévue ce week-end.

Mercredi, les chiffres de l’agence pour l’emploi indiquaient que quelque 853 843 Israéliens étaient sans travail, le taux de chômage atteignant 21 %.

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