Les Israéliens sans papiers aux USA redoutent de demander des aides à l’Etat
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Les Israéliens sans papiers aux USA redoutent de demander des aides à l’Etat

Les expatriés israéliens en Californie - sans emploi en raison du confinement - craignent que demander l'aide du gouvernement américain ne compromette leurs demandes de résidence

  • Des travailleurs journaliers de Pasadena et leurs partisans organisent un "rassemblement de voitures sûres COVID-19" pour protester contre l'exclusion des travailleurs de la protection financière dans le cadre de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l'hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le mercredi 29 avril 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)
    Des travailleurs journaliers de Pasadena et leurs partisans organisent un "rassemblement de voitures sûres COVID-19" pour protester contre l'exclusion des travailleurs de la protection financière dans le cadre de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l'hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le mercredi 29 avril 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)
  • La professeure Kathleen Kim Meers (au centre) avec des étudiants inscrits à la Loyola Immigrant Justice Clinic. (Autorisation)
    La professeure Kathleen Kim Meers (au centre) avec des étudiants inscrits à la Loyola Immigrant Justice Clinic. (Autorisation)
  • Des travailleurs journaliers de Pasadena et leurs partisans organisent un "rassemblement de voitures sûres COVID-19" pour protester contre l'exclusion des travailleurs de la protection financière dans le cadre de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l'hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le mercredi 29 avril 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)
    Des travailleurs journaliers de Pasadena et leurs partisans organisent un "rassemblement de voitures sûres COVID-19" pour protester contre l'exclusion des travailleurs de la protection financière dans le cadre de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l'hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le mercredi 29 avril 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)
  • Une immigrante sans papiers pose pour un portrait dans un centre de placement à Pasadena, en Californie. Le plan de secours que le Congrès a approuvé pour aider les Américains pendant la pandémie de coronavirus comporte une exclusion majeure : des millions d'immigrants qui n'ont pas de statut légal aux États-Unis, le 31 mars 2020. (AP Photo/Marcio Jose Sanchez)
    Une immigrante sans papiers pose pour un portrait dans un centre de placement à Pasadena, en Californie. Le plan de secours que le Congrès a approuvé pour aider les Américains pendant la pandémie de coronavirus comporte une exclusion majeure : des millions d'immigrants qui n'ont pas de statut légal aux États-Unis, le 31 mars 2020. (AP Photo/Marcio Jose Sanchez)

LOS ANGELES – Emma, née en Israël, était au travail à la mi-mars lorsque son employeur a annoncé que le restaurant de Santa Clara cesserait de servir les clients pour une période indéterminée en raison de la crise du coronavirus. Aujourd’hui, après plus de deux mois d’impact du virus sur l’industrie de la restauration, elle a été licenciée. Ce qui rend son histoire encore plus compliquée, c’est qu’Emma est une immigrante sans papiers.

Cette jeune femme de 29 ans, originaire de Tel Aviv, a d’abord émigré à San Francisco il y a un an après avoir mis fin à une relation violente et avoir subi des difficultés financières. Au début, elle vivait avec son amie d’enfance.

Après avoir trouvé des emplois bien rémunérés dans un restaurant et comme nounou, Emma a décidé de s’installer à Santa Clara. Comme d’autres immigrés sans papiers interrogés pour cet article, elle a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué.

Emma qualifie la majeure partie de son séjour en Amérique de « sûr ». « Je n’ai jamais eu besoin de m’inquiéter au sujet de mon ex, et je me sens économiquement stable », a-t-elle déclaré au Times of Israel. « Jamais je n’aurais imaginé trouver un endroit aussi sûr. »

Cette représentation en rose de son expérience a commencé à changer lorsque le nouveau coronavirus a commencé à se répandre rapidement aux États-Unis. Comme des millions d’Américains, Emma a été licenciée à cause de la crise sanitaire, mais contrairement à la plupart des habitants, elle n’a pas pu obtenir d’aide jusqu’à présent.

Gavin Newsom, gouverneur de Californie, lors d’une conférence de presse au bureau du gouverneur des services d’urgence à Rancho Cordova, Californie, le 14 avril 2020. (AP Photo/Rich Pedroncelli, Pool, File)

Le plan fédéral de sauvetage concernant le coronavirus, adopté fin mars, n’inclut pas les sans papiers. Le 15 avril, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a annoncé une aide de 125 millions de dollars pour les résidents sans papiers, mais la combinaison d’un système surchargé et de la crainte de répercussions de la part des migrants, il leur est devenu compliqué de toucher les aides.

Dans un geste sans précédent, la Californie a alloué 75 millions de dollars pour aider les migrants sans papiers, tandis que des mécènes se sont engagés à collecter 50 millions de dollars supplémentaires. Les fonds sont distribués par le biais d’un modèle communautaire d’associations régionales à but non lucratif ayant l’expertise nécessaire pour venir en aide aux personnes sans papiers.

Depuis le 18 mai, les Californiens sans papiers peuvent demander une prestation unique en espèces de 500 dollars par adulte avec un plafond de 1 000 dollars par ménage. Les demandes sont examinées selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Une immigrante sans papiers pose pour un portrait dans un centre de placement à Pasadena, en Californie. Le plan de secours que le Congrès a approuvé pour aider les Américains pendant la pandémie de coronavirus comporte une exclusion majeure : des millions d’immigrants qui n’ont pas de statut légal aux États-Unis, le 31 mars 2020. (AP Photo/Marcio Jose Sanchez)

Les 75 millions de dollars fournis par le gouvernement seront distribués aux candidats sélectionnés jusqu’à ce que les fonds soient dépensés ou jusqu’au 30 juin. Environ 150 000 personnes recevront cette prestation en espèces. Mais la Californie compte plus de 2 millions d’immigrants sans papiers.

« Au minimum, une personne éligible doit être un adulte sans papiers ; ne pas être éligible à l’aide fédérale liée au COVID-19, y compris les aides de relance fiscale de la loi CARES ou les allocations de chômage liées à la pandémie ; et avoir connu des difficultés suite au COVID-19 », a déclaré Scott Murray, directeur adjoint des affaires publiques et des programmes de sensibilisation du ministère californien des services sociaux (California Department of Social Services – CDSS).

« Les familles d’immigrants en Californie sont confrontées aux mêmes difficultés financières que tout le monde, sinon plus, tout en étant exclues de certains des avantages auxquels les autres Californiens ont accès actuellement », a déclaré Till von Wachter, professeur d’économie à l’université de Californie, Los Angeles (UCLA).

Des travailleurs journaliers et des sympathisants organisent un « rassemblement de voitures sûres COVID-19 » pour protester contre ce qu’ils appellent l’exclusion des travailleurs de la protection financière dans le sillage de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l’hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le 29 avril 2020. (AP/Damian Dovarganes)

M. Watcher a noté que beaucoup de ces familles sans papiers contribuent en fait au financement des allocations de chômage et des secours aux sinistrés par le biais de leurs impôts, « mais ne peuvent y accéder en temps de crise », a-t-il déclaré. « Les aider est non seulement la bonne chose à faire d’un point de vue humanitaire, et juste du point de vue du contribuable, mais cela aide aussi en fin de compte l’économie puisque cet argent sera très probablement dépensé rapidement ».

Emma a exprimé des sentiments mitigés lors de la discussion sur le programme d’allocations uniques en espèces.

« J’ai été tellement soulagée quand j’en ai entendu parler pour la première fois », a-t-elle déclaré. « J’ai vraiment été touchée financièrement à cause de la situation. J’ai même dû réduire un peu mes achats à l’épicerie. J’ai dû compter de plus en plus sur le soutien de la famille chez qui je suis nounou parce que j’ai perdu mon emploi au restaurant. J’ai pensé à retourner en Israël. Mais [mon ex] est toujours là-bas, alors j’ai peur de le faire. J’ai vraiment peur. »

Emma a affirmé qu’elle avait essayé de bénéficier du programme de la Californie. « Mais j’ai appelé et appelé et appelé, et je n’ai encore pu parler à personne. C’est effrayant parce que les 500 dollars peuvent vraiment m’aider, et plus je ne parviens pas à parler à quelqu’un, plus il est probable que l’argent s’épuise. Mais je continuerai à appeler ».

L’organisation qui est responsable dans le lieu où se trouve Emma est le Community Action Board of Santa Cruz County (CAB) [Conseil d’action communautaire du comté de Santa Cruz]. En plus de Santa Cruz, le CAB est également responsable des comtés de Monterey, San Benito et San Luis Obispo. Le CAB a reçu suffisamment de fonds pour soutenir 4 500 demandeurs, mais il y a environ 19 000 personnes sans papiers rien qu’à Santa Cruz, selon Paulina Moreno, la directrice de projet de l’organisation qui supervise l’aide d’urgence en cas de catastrophe.

La directrice de projet du Community Action Board du comté de Santa Cruz, Paulina Moreno, supervise l’aide de l’organisation aux immigrants sans papiers en cas de catastrophe. (Autorisation)

Les services du CAB ont été submergés par la demande.

« Le tout premier jour, nous avons reçu 30 000 appels dans la première heure », a déclaré Mme Moreno. La demande élevée a provoqué le plantage de leurs systèmes. « Nous avons reçu quelques appels le lundi, puis nous étions en panne, puis nous avons été de nouveau en panne le mercredi », a ajouté Mme Moreno.

Le CAB n’a pas de système de messagerie vocale à sa disposition, a déclaré Mme Moreno. « Si vous appelez la hotline et que tous les opérateurs sont occupés… [vous devrez] rappeler… Si [vous] n’arrivez pas à obtenir le poste, alors [vous] devez juste continuer à essayer. »

Pour atténuer l’impact de la panne de leurs systèmes, le CAB a assuré une permanence le dimanche et le lundi du week-end du Memorial Day.

« Nous avons eu un début difficile [le premier jour], mais je pense que nous avons réussi à maîtriser la technologie et nous avons pu prendre des appels sans trop de problèmes », a ajouté Mme Moreno.

Certains sans-papiers craignent d’utiliser ces chèques de secours en raison de la règle de la « charge publique », qui subordonne l’obtention du statut d’immigrant en situation régulière à la capacité du demandeur à subvenir à ses besoins sans avoir recours à l’aide publique.

Guy, 35 ans, est un Angeleno sans papiers qui a été touché économiquement à cause du nouveau virus. Originaire de Tel Aviv, Guy a émigré aux États-Unis avec sa femme et son enfant après avoir connu des difficultés économiques.

« Mon expérience du coronavirus est pire que celle des personnes ayant des papiers d’immigration », a déclaré Guy. « Personne ne vous aide. J’ai peur… J’étais terrifié quand la société pour laquelle je travaille a annoncé qu’elle allait fermer pour une durée indéterminée [à cause du COVID-19]. J’avais peur pour mes finances et ma santé, surtout pour les finances ». Guy a repris le travail, mais après avoir été sans salaire pendant environ deux mois, sa situation financière s’est fortement dégradée.

Des travailleurs journaliers de Pasadena et leurs partisans organisent un « rassemblement de voitures sûres COVID-19 » pour protester contre l’exclusion des travailleurs de la protection financière dans le cadre de la pandémie actuelle pour les travailleurs immigrés essentiels devant l’hôtel de ville de Pasadena, en Californie, le mercredi 29 avril 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)

Malgré son sentiment d’insécurité économique, Guy a déclaré qu’il n’utiliserait pas l’argent fourni par le gouvernement parce qu’il craint d’être étiqueté comme étant une charge publique. La demande de ces fonds « ne serait pas bonne pour moi par la suite », a-t-il déclaré. « Il sera plus difficile d’obtenir une carte verte ».

Lorsqu’on lui a demandé si les bénéficiaires des chèques de secours seront touchés par la règle de la « charge publique », M. Murray, du CDS, a répondu que « les informations fournies aux organisations à but non lucratif … ne seront utilisées que pour confirmer l’éligibilité. Les organisations ne fourniront aucune information personnelle à une agence gouvernementale dans le cadre de ce projet ».

Mais le fait que les organisations à but non lucratif partagent les informations des individus avec les agences gouvernementales peut ne pas être significatif.

« Une personne demandant la résidence permanente doit révéler, sous peine de parjure, si elle a déjà reçu ‘une aide financière fédérale, étatique, locale ou tribale pour le maintien de ses revenus’ « , a déclaré Jean Reisz, codirecteur de la University of Southern California (USC) Law School’s Immigration Clinic.

Yanira Lemus, directrice des services juridiques communautaires à la Loyola Law School’s Immigrant Justice Clinic. (Autorisation)

Selon la loi, les gens peuvent être considérés comme une charge publique s’ils reçoivent 12 mois de prestations publiques dans un délai de 36 mois, a déclaré Yanira Lemus, directrice des services juridiques communautaires de la Loyola Law School’s Immigrant Justice Clinic.

Bien que le chèque de secours soit une prestation unique, une personne pourrait tout de même être considérée comme une charge publique si elle en bénéficie. « Notre système d’immigration est intrinsèquement discrétionnaire », a déclaré Kathleen Kim, qui enseigne le droit de l’immigration à la faculté de droit de Loyola.

« Cela signifie que le jugement final, qu’il vienne d’un agent d’immigration… ou d’un juge de l’immigration, peut peser tous ces facteurs, y compris quelque chose comme l’acceptation d’une assistance », a ajouté Mme Kim. « L’USCIS contestera fréquemment, beaucoup plus que dans les administrations précédentes, la demande ».

La professeure Kathleen Kim Meers (au centre) avec des étudiants inscrits à la Loyola Immigrant Justice Clinic. (Autorisation)

On ne sait pas exactement combien d’Israéliens sans papiers vivent des circonstances similaires à celles d’Emma et de Guy. Les services américains de la citoyenneté et de l’immigration (United States Citizenship and Immigration Services – USCIS) ont déclaré au Times of Israel qu’ils ne disposaient pas de données sur les personnes sans papiers, et les consulats israéliens de Los Angeles et de San Francisco ont fourni des réponses similaires. Le Bureau du recensement américain estime cependant que plus de 11 700 Israéliens en Californie ne sont pas des citoyens.

En attendant, la demande pour ce programme d’aide indique le fort besoin financier des communautés de sans-papiers. Cependant, avec des ressources limitées, seuls quelque 7 % de la population sans papiers de Californie pourront bénéficier d’une aide.

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