Les Juifs belges inquiets face au nouveau gouvernement
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Les Juifs belges inquiets face au nouveau gouvernement

La nouvelle coalition de sept partis "va essayer de mettre fin au peu de dialogue qui reste entre les deux pays", prévient une habitante de Bruxelles

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre belge de la Coopération au développement et des Finances, Alexander De Croo, (à droite), et le président du Parti socialiste belge francophone, Paul Magnette, participent à une conférence de presse au Palais d'Egmont à Bruxelles, le mercredi 30 septembre 2020. Près de 500 jours après les élections législatives belges, sept partis des deux côtés de la frontière linguistique ont convenu de former un gouvernement majoritaire pleinement opérationnel qui se concentrera sur la lutte contre la pandémie et son impact économique dévastateur. (AP Photo/Virginia Mayo)
Le ministre belge de la Coopération au développement et des Finances, Alexander De Croo, (à droite), et le président du Parti socialiste belge francophone, Paul Magnette, participent à une conférence de presse au Palais d'Egmont à Bruxelles, le mercredi 30 septembre 2020. Près de 500 jours après les élections législatives belges, sept partis des deux côtés de la frontière linguistique ont convenu de former un gouvernement majoritaire pleinement opérationnel qui se concentrera sur la lutte contre la pandémie et son impact économique dévastateur. (AP Photo/Virginia Mayo)

Les membres de la communauté juive de Belgique ont exprimé cette semaine leur grande inquiétude face au nouveau gouvernement de leur pays, déclarant que certains de ses membres sont connus pour être extrêmement critiques envers Israël.

Avant même que la composition finale du cabinet ne soit annoncée mercredi soir, des amis d’Israël connaissant bien la scène politique belge ont prédit une augmentation des tensions avec Jérusalem et la communauté juive locale, indiquant qu’il s’agissait selon eux de plusieurs critiques sévères d’Israël susceptibles d’être nommés à des postes clés au sein du gouvernement.

« Israël va constater que ce gouvernement va essayer de mettre fin au peu de dialogue qui reste entre les deux pays », a déclaré Jenny Aharon, basée à Bruxelles, qui conseille les responsables israéliens et les organisations juives sur les questions liées aux relations UE-Israël.

Toutefois, a-t-elle ajouté, le nouveau gouvernement, qui sera investi par le roi Philippe jeudi matin, « ne représente pas une majorité flamande. Il serait donc inexact de considérer ses politiques anti-Israël adoptées comme un sentiment partagé par l’ensemble du peuple belge ».

La Belgique est considérée comme l’un des plus durs détracteurs d’Israël en Europe, avec des divergences entre Jérusalem et Bruxelles sur la question palestinienne.

En février, l’ambassadeur de Belgique à Tel Aviv a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour une mise au pas concernant ce que les responsables israéliens ont appelé « une campagne systématique visant à diaboliser l’État juif » après l’invitation faite par l’ambassade du pays aux Nations unies à un militant pro-palestinien de prendre la parole devant le Conseil de sécurité.

En juin, le Parlement belge a adopté à une écrasante majorité une résolution exhortant le gouvernement à agir pour empêcher Israël d’annexer unilatéralement des parties de la Cisjordanie et à plaider activement en faveur de mesures punitives à l’échelle européenne contre Jérusalem s’il poursuit son plan controversé.

Des membres du Parlement fédéral belge assistent à une session plénière, le 26 octobre 2017. (Crédit : AP / Geert Vanden Wijngaert)

Mercredi, près de 500 jours après les dernières élections, les députés belges sont parvenus à un accord qui permettra à une coalition de sept partis de prendre le pouvoir. Le nouveau gouvernement sera dirigé par Alexander De Croo, du parti de centre-droit Open Vlaamse Liberalen en Democraten, ou Open Vld.

Certains des autres partis de la coalition, tels que les socialistes et les Verts, ont introduit des résolutions anti-Israël.

Oui, je suis inquiet pour les relations futures de la Belgique avec Israël quand je vois quels partis composent ce gouvernement

Le nouvel accord de coalition, présenté mercredi, affirme de façon inquiétante que la Belgique « prendra de nouvelles mesures » concernant sa politique vis-à-vis des implantations israéliennes. Le nouveau gouvernement s’engage à travailler avec d’autres pays pour créer une liste de « contre-mesures efficaces et proportionnelles » au cas où Israël annexerait des parties de la Cisjordanie. Il envisagerait également la reconnaissance d’un État palestinien, selon l’accord de coalition.

« Oui, je m’inquiète des futures relations de la Belgique avec Israël quand je vois quels partis composent ce gouvernement », a déclaré Michael Freilich, député du parti Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA), le plus grand parti d’opposition belge.

« Le parti de gauche Ecolo compte dans ses rangs un député, Simon Moutquin, qui a dirigé pendant des années le mouvement belge du BDS qui promeut le boycott d’Israël. De même, le Parti socialiste a récemment proposé une loi pour reconnaître l’État de Palestine sans condition, quittant ainsi la voie internationalement acceptée d’un règlement négocié », a-t-il déclaré au Times of Israel.

Le député belge Michael Freilich. (Autorisation)

« Enfin, le parti CD&V [Christen-Democratisch en Vlaams] a plaidé pour que la Belgique prenne l’initiative de mettre en place des sanctions internationales contre Israël en cas d’annexion, formulation qui est reprise dans l’accord de coalition ».

Freilich, qui est juif, a déclaré que son parti, connu en flamand sous le nom de N-VA, a toujours voté contre ces propositions. « Nous souhaitons une paix juste avec deux Etats pour deux peuples, dans le respect des besoins de sécurité d’Israël et des aspirations palestiniennes », a-t-il déclaré. « Nous pensons également que le meilleur moyen d’y parvenir est que les deux parties négocient. »

Bruxelles et Anvers ont d’importantes communautés juives, mais les partis du nouveau gouvernement ont indiqué qu’ils voulaient supprimer la protection des écoles et des synagogues juives par les soldats, a-t-il déploré.

Le probable nouveau ministre de la Justice et vice-Premier ministre belge, Vincent Van Quickenborne, du parti Open Vld, a été décrit par plusieurs sources comme un opposant radical à Israël. En 2003, il a rendu visite au cheikh Ahmed Yassine, fondateur du Hamas, à Gaza, et au début de cette année, il a qualifié les ministres israéliens de « lobby juif ».

« Des organisations juives belges lui ont demandé de retirer le tweet, ce qu’il n’a jamais fait », selon Freilich.

La Première ministre intérimaire sortante, Sophie Wilmès, qui est d’origine juive et considérée comme pro-Israël, devrait devenir ministre des Affaires étrangères.

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