Les Juifs britanniques jettent les bases pour l’accueil de réfugiés syriens
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Les Juifs britanniques jettent les bases pour l’accueil de réfugiés syriens

Nonobstant la politique de leur gouvernement, les courants réformé, libéral et Massorti du judaïsme local s'impliquent ensemble dans un projet de parrainage privé

Des réfugiés syriens faisant la queue pour obtenir de la nourriture à Edirne près de la frontière entre la Turquie et la Grèce, le 17 septembre 2015. Illustration. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)
Des réfugiés syriens faisant la queue pour obtenir de la nourriture à Edirne près de la frontière entre la Turquie et la Grèce, le 17 septembre 2015. Illustration. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)

La communauté juive britannique promet de ne pas rester les bras croisés alors que la politique d’asile restrictive de leur gouvernement ne permet actuellement qu’à un petit nombre de réfugiés d’atteindre légalement les rives du Royaume-Uni.

Il y a quelques semaines, lors de la fête de Hanoukka, trois mouvements religieux juifs de Grande-Bretagne ont publié une vidéo annonçant le lancement d’une campagne pour rétablir le parrainage privé de réfugiés, un mécanisme qui a disparu après la Seconde Guerre mondiale.

Comme le parrainage privé des réfugiés qui est actuellement pratiqué par les Juifs canadiens, le modèle anglais impliquerait des synagogues, des organismes communautaires et des personnes qui prennent la responsabilité de la réinstallation des familles syriennes qui fuient la guerre civile sevissant dans leur pays depuis 4 ans.

« Une des choses qui unit les communautés juives ici est la crise des réfugiés. Les chefs religieux et laïcs s’expriment. Rien n’a une telle résonance pour nous », a déclaré Laura Janner-Klausner, une femme-rabbin réformée britannique.

‘Une des choses qui unit les communautés juives ici est la crise des réfugiés’

Cependant, contrairement au Canada, le parrainage privé n’a pas de cadre légal au Royaume-Uni. En attendant un changement de politique, les Juifs britanniques ne peuvent que s’enregistrer comme parrains potentiels et faire une promesse de dons.

La semaine dernière, les courants réformé, libéral et Massorti du judaïsme (mais pas le courant orthodoxe) se sont enregistrés sur le registre de parrainage privé mis en place par Citizens UK, le plus grand organisme de bienfaisance communautaire de Grande-Bretagne.

Les trois mouvements, qui jusqu’à présent ont conjointement promis 15 000 livres sterling pour la réinstallation des réfugiés, se joignent aux Méthodistes, à l’évêque de Barking, au Conseil musulman britannique, à Sir Bob Geldof et à d’autres sur le registre.

A ce jour, la seule façon dont les réfugiés syriens peuvent entrer légalement au Royaume-Uni est à travers le Syrian Vulnerable Person Resettlement Scheme, un programme qui privilégie les femmes et les enfants à risque, des gens ayant de graves besoins de soins médicaux et des survivants de la torture et de la violence.

En vertu de cette politique, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés doit évaluer chaque réfugié avant de le recommander au Bureau de l’Intérieur britannique, qui à son tour doit effectuer des contrôles de visas et trouver un endroit pour les réinstaller au sein d’une collectivité locale.

Seulement environ 200 des plus de 4 millions de Syriens déplacés sont entrés au Royaume-Uni de cette manière jusqu’à ce jour, bien qu’en septembre, le gouvernement du Premier ministre David Cameron ait annoncé que le Royaume-Uni s’engageait à accueillir 20 000 réfugiés syriens dans les cinq prochaines années. Par comparaison, le Canada s’est engagé à réinstaller 25 000 réfugiés d’ici fin février 2016, avec 10 000 arrivant d’ici fin déembre 2015.

Charlotte Fischer, la coordinatrice de Citizens UK pour les communautés juives britanniques  (Autorisation)
Charlotte Fischer, la coordinatrice de Citizens UK pour les communautés juives britanniques (Autorisation)

« Nous nous comportons de façon honteuse par rapport au Canada », a dit Charlotte Fischer, la coordinatrice de Citizens UK pour les communautés juives britanniques

« Nous faisons pression pour que le gouvernement augmente le nombre de 20 000 à 50 000, » a-t-elle ajouté.

Dans l’intervalle, Fischer et ses collègues de Citizens UK s’acharnent à préparer le terrain pour une réinsertion réussie des réfugiés lorsqu’ils arriveront. Depuis deux ans, ils encouragent activement les autorités locales à accepter des réfugiés et à mettre en place 600 comités d’accueil des réfugiés à travers le pays.

Selon Fischer, le gouvernement national a débloqué des fonds pour la réinstallation. Maintenant, c’est au tour des conseils locaux de se mettre d’accord pour l’accueil et soutenir leur intégration.

« Le conseil local de Barnet est prêt », a déclaré Fischer, en référence à la communauté de la region de Londres avec la plus grande population juive dans le pays.

Le rabbin Danny Rich, président du judaïsme libéral du Royaume-Uni (deuxième à partir de la droite) dans la soucca  "Season of Sanctuary" à Redbridge, en octobre 2014 (Autorisation: Citizens UK)
Le rabbin Danny Rich, président du judaïsme libéral du Royaume-Uni (deuxième à partir de la droite) dans la soucca « Season of Sanctuary » à Redbridge, en octobre 2014 (Autorisation: Citizens UK)

Parallèlement à son travail consistant à trouver des parrains privés potentiels, Janner-Klausner a effectué des visites dans le camp de fortune de migrants à Calais, sur la côte française de l’autre côté de la Manche. Elle y est allée pour soutenir le travail des organisations qui travaillent sur place avec les 5 000 réfugiés essentiellement syriens, et pour simplement écouter les gens qui lui racontent leurs histoires traumatisantes.

Citizens UK a également envoyé des équipes au camp de Calais pour déterminer s’il y a là-bas des gens qui auraient des liens familiaux au Royaume-Uni, ce qui pourrait éventuellement les qualifier pour un traitement rapide de leur demande d’asile.

Matt Plen, le directeur général du judaïsme Massorti au Royaume-Uni (Photo: Peter Strauss)
Matt Plen, le directeur général du judaïsme Massorti au Royaume-Uni (Photo: Peter Strauss)

Les jeunes de Marom, le mouvement de jeunesse Massorti ont passé trois jours au camp de refugiés de Calais pendant la dernière fête de Souccot à construire des abris et à distribuer des fournitures de première necéssité.

« Être là-bas à Souccot, c’est très symbolique pour moi. Mais alors je me suis dit : ‘Pourquoi n’y a-t-il pas plus de gens venus aider ici ?' » a déclaré Harry Kelly, 19 ans, au Jewish Chronicle.

Selon Janner-Klausner, il y a eu une hausse de sympathie pour les réfugiés syriens après la publication début septembre des photos du corps noyé du petit Aylan Kurdi échoué sur une plage turque. Cependant, la pendule a balancé dans l’autre sens après les attentats terroristes islamistes à Paris du 13 novembre.

L’identification de ‘nos communautés’ aux réfugiés est une caractéristique de longue date et bien avant la crise en Syrie », a déclaré Matt Plen, le directeur général du judaïsme Massorti au Royaume-Uni.

Il reconnaît que l’actuelle situation sécuritaire donne une raison d’inquiétude aux Juifs britanniques, mais qu’elle ne les empêche de vaquer à leurs occupations habituelles, y compris le dialogue interreligieux et les activités avec les Musulmans locaux.

« Nous vivons dans une société multiculturelle et nous voulons avoir de bonnes relations avec nos voisins musulmans. Nous sommes confrontés souvent aux mêmes questions qu’eux. Notre travail inter-religieux est plus important que jamais, et c’est une raison supplémentaire pour s’impliquer en essayant d’atténuer la crise des réfugiés syriens », a ajouté Plen.

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