Les Juifs d’Italie font face aux réalités du confinement lié au coronavirus
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Les Juifs d’Italie font face aux réalités du confinement lié au coronavirus

Une femme a dû choisir entre s'occuper de ses parents âgés à Milan, ou être avec ses 3 enfants en Israël, en raison des règles de quarantaine très strictes dans les deux pays

Des policiers et des soldats contrôlent les passagers au départ de la gare centrale de Milan, Italie, le 9 mars 2020. (Crédit : Claudio Furlan/LaPresse via AP)
Des policiers et des soldats contrôlent les passagers au départ de la gare centrale de Milan, Italie, le 9 mars 2020. (Crédit : Claudio Furlan/LaPresse via AP)

JTA – L’apparition du coronavirus dans le nord de l’Italie a obligé Claudia Bagnarelli à faire un choix douloureux.

« Pour continuer à rendre visite à ma mère de 94 ans, il fallait que j’arrête de voir toutes les autres personnes dans ma vie », a déclaré lundi cette professeure juive de danse classique de Milan.

Pour éviter le risque de transmettre le virus à sa mère, Claudia Bagnarelli s’est mise en auto-quarantaine pour une durée indéterminée. Lundi, le gouvernement italien a ordonné le verrouillage du pays – qui interdit tout voyage et toute manifestation publique – afin de circonscrire la propagation de la maladie qui a déjà tué plus de 460 personnes dans le pays. Le nombre total de cas confirmés en Italie s’élève à près de 10 000.

« Désormais, je reste dans mon appartement toute la journée, je ne vois personne physiquement et je ne sors que pour aller voir ma mère », relate Claudia Bagnarelli. « Le plus dur, c’est de ne pas pouvoir voir ma fille et ma petite-fille, que je vois normalement tous les jours ».

« C’est très difficile. Je suis une mère juive italienne, tout de même ».

La situation en Italie, qui compte une population d’environ 60 millions d’habitants, a perturbé la vie d’innombrables Italiens, dont beaucoup ont été coupés de leurs amis et de leurs proches. Mais les Juifs d’Italie semblent être particulièrement touchés, car beaucoup d’entre eux ont des enfants en Israël et dans d’autres pays.

Vue d’une synagogue à Milan, Italie, le 15 mars 2012. (AP Photo/Antonio Calanni)

L’Italie compte environ 30 000 Juifs, dont environ 8 000 vivent à Milan. Israël accueille environ 10 000 émigrants italiens, selon le Musée du peuple Juif Beit Hatfutsot de Tel Aviv.

« À Milan, beaucoup de Juifs ne peuvent pas voir leurs enfants », a déclaré l’une de ces mères juives locales, Sara Modena, qui a trois enfants. « C’est la séparation des familles ».

Sa fille est arrivée en Israël à la suite de l’épidémie de coronavirus en Italie et a dû être mise en quarantaine pendant deux semaines. (Lundi, Israël a déclaré qu’il obligerait tous les voyageurs entrants, quel que soit leur lieu d’origine, à subir une quarantaine de deux semaines, et mardi, il a annoncé qu’il obligerait tous les touristes à partir).

« J’ai dû choisir entre rester et m’occuper de mes parents, qui ont plus de 80 ans, ou rester avec mes trois enfants en Israël », explique Sara Modena, une avocate de 53 ans, à propos de la période précédant la quarantaine.

Elle a choisi ses parents malgré le fait qu’un de ses enfants se soit cassé la jambe.

« Au moins, ils sont tous ensemble là-bas », se réjouit-elle au sujet de sa progéniture restée en Israël.

Dans le cadre de leur action pour arrêter la propagation du virus, les autorités italiennes ont ordonné la fermeture de toutes les écoles – y compris l’école juive de Milan, La Scuola Ebraica, qui compte 500 élèves – ainsi que des églises, des centres communautaires et des bureaux non essentiels. La ville, un important centre industriel et de la mode avec l’une des vies nocturnes les plus animées d’Europe, « ressemble à une ville fantôme », commente Alon Schachter, un informaticien de 37 ans qui a quitté Israël pour s’y installer en 2018.

« Cet endroit m’a toujours rappelé Tel Aviv », indique-t-il. « C’est un peu triste de le voir désert en ce moment ».

Un homme porte un masque alors qu’il entre dans la galerie Vittorio Emanuele II, dans le centre de Milan, Italie, le 8 mars 2020. (AP Photo/Antonio Calanni)

Lundi, le président de la Communauté juive de Milan, Milo Hasbani, a déclaré aux fidèles que les synagogues ne seront pas ouvertes pour les activités liées à la fête juive de Pourim, qui a commencé lundi soir.

Mme Bagnarelli, la professeure de danse classique et fondatrice de l’école juive de Milan, fournit à ses élèves de courtes vidéos d’exercices, « afin qu’ils puissent au moins rester en forme pour quand nous pourrons reprendre les cours ».

Les décrets relatifs à l’isolement du nord de l’Italie seront en vigueur jusqu’au 3 avril au moins et pourraient bien être prolongés.

Le rabbin Moshe Lazar, l’émissaire du mouvement Habad-Loubavitch de Milan, a déclaré à la JTA que des enterrements juifs avaient lieu malgré l’annonce par les autorités locales de la suspension générale des funérailles.

« Les funérailles devront avoir lieu en petit comité, mais elles se dérouleront comme d’habitude », a-t-il assuré.

Le judaïsme exige un enterrement rapide.

Le premier enterrement juif en vertu des nouvelles dispositions à Milan a du avoir lieu mardi au cimetière juif local. Seule une poignée de proches parents y ont assisté, a fait savoir à la JTA un ami de la famille de la défunte, une femme d’une trentaine d’années décédée de complications médicales sans rapport avec le coronavirus.

M. Schachter doit se rendre en Israël pour la fête de Pessah, qui tombe cette année le 8 avril.

« Mais je ne vois pas comment il me sera possible de me rendre en Israël », reconnaît-il.

Il y a un côté positif : les supermarchés de Milan sont encore bien approvisionnés, ont rapporté plusieurs habitants de la ville à la JTA. Le rabbin Lazar affirme que Milan et d’autres villes ont des réserves pour Pessah, et qu’en tout état de cause, l’épidémie ne semble pas devoir affecter la capacité de la communauté à effectuer la « Shehita », l’abattage rituel des animaux qui est nécessaire pour rendre la viande casher.

« Pour les personnes qui vivent dans des endroits qui ne sont pas touchés actuellement, je pense que c’est une bonne idée de faire des stocks de nourriture et de fournitures médicales et de mettre de l’ordre dans toutes sortes de choses, des choses qu’il faut régler avec les autorités ou au sein de la famille, avant que cela ne devienne beaucoup plus difficile », estime Sara Modena. « Je pense qu’il y a un risque que ce qui se passe à Milan aujourd’hui se produise ailleurs très bientôt ».

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