Les musulmans de France fustigent le manifeste « contre le nouvel antisémitisme »
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Les musulmans de France fustigent le manifeste « contre le nouvel antisémitisme »

"Des hommes politiques sur le déclin et en mal de reconnaissance médiatique ont trouvé dans l'Islam et les musulmans de France leur nouveau bouc émissaire", a jugé Abdallah Zekri

Capture d’écran 2014 Dalil Boubaker (Crédit : YouTube)
Capture d’écran 2014 Dalil Boubaker (Crédit : YouTube)

Un manifeste publié en France dénonçant « un nouvel antisémitisme » et appelant à expurger certains passages du Coran a provoqué l’indignation de responsables musulmans, qui ont dénoncé lundi un « procès injuste et délirant » instruit contre leur religion.

« Le procès injuste et délirant d’antisémitisme fait aux citoyens français de confession musulmane et à l’islam de France à travers cette tribune présente le risque patent de dresser les communautés religieuses entre elles », a réagi le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, dans un communiqué.

Publié dimanche dans le journal Le Parisien, le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » pointe du doigt la « radicalisation islamiste » et sonne l’alarme contre une « épuration ethnique à bas bruit » dont serait victime la communauté juive en région parisienne.

Les 300 signataires, dont l’ancien Premier ministre Manuel Valls, l’ex-président Nicolas Sarkozy, le chanteur Charles Aznavour et l’acteur Gérard Depardieu, pressent également les autorités musulmanes de « frapper d’obsolescence » les versets du Coran qui appelleraient « au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants ».

« Les citoyens français de confession musulmane majoritairement attachés aux valeurs républicaines n’ont pas attendu (cette) tribune (…) pour dénoncer et combattre depuis des décennies l’antisémitisme et le racisme antimusulman sous toutes ses formes », a affirmé M. Boubakeur.

Le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, Abdallah Zekri, a condamné un débat « nauséabond et funeste ».

« Des hommes politiques sur le déclin et en mal de reconnaissance médiatique ont trouvé dans l’Islam et les musulmans de France leur nouveau bouc émissaire », a-t-il déclaré.

Les responsables musulmans joints par l’AFP n’ont pas contesté la réalité de l’antisémitisme en France mais ont tous rejeté la virulence des termes du manifeste et l’opprobre jeté, selon eux, sur l’islam.

« Cette tribune est un non sens, un hors-sujet. La seule chose à laquelle on adhère, c’est qu’on doit tous être ensemble contre l’antisémitisme », a déclaré à l’AFP Ahmet Ogras, le président du Conseil du culte musulman (CFCM).

« Dire que le Coran appelle au meurtre, c’est très violent et c’est une ineptie ! », a estimé Tareq Oubrou, imam de la Grande Mosquée de Bordeaux (sud-ouest). « Le Coran est, à l’origine, en arabe. Je pense que ceux qui ont signé la tribune ont lu une traduction, une interprétation. Ca montre un manque de culture religieuse. N’importe quel texte sacré est violent, même l’Évangile ! », a assuré le dignitaire religieux.

Les actes antisémites ont reculé de 7 % en 2017, pour la troisième année consécutive en France, selon les données du ministère de l’Intérieur. Mais cette baisse globale masque l’augmentation des faits les plus graves (+26 % des violences, incendies, dégradations, tentatives d’homicide…).

La communauté juive française, qui représente environ 0,7 % de la population, est la cible d’un tiers des faits de haine recensés.

Dans son dernier rapport, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) notait une « persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les juifs à l’argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme ».

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