Les opérateurs de téléphonie mobile israéliens seront-ils en retard pour la 5G ?
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Les opérateurs de téléphonie mobile israéliens seront-ils en retard pour la 5G ?

Selon le ministère des Communications, la baisse continue des revenus des entreprises, due à la vive concurrence, pourrait entraver le déploiement des mises à niveau du réseau

Image illustrative d'une connexion par fibre optique (alphaspirit; iStock by Getty Images)
Image illustrative d'une connexion par fibre optique (alphaspirit; iStock by Getty Images)

Un rapport du ministère des Communications a averti que la baisse continue des revenus des entreprises de téléphonie mobile israéliennes suscite « une inquiétude réelle » car elles pourraient cesser d’améliorer leurs réseaux sans fil, une étape pourtant nécessaire pour que les vitesses de bande passante d’Israël restent compétitives par rapport aux développements mondiaux.

« Nous estimons qu’il faudra trouver un nouvel équilibre entre concurrence technologique et compétitivité des prix dans les années à venir », ont déclaré les auteurs du rapport de juin 2019 du département économique du ministère. Cette mesure vise à garantir « que les entreprises de téléphonie mobile soient incitées à réaliser les investissements importants qui leur sont demandés pour améliorer les réseaux sans fil de quatrième génération et assurer la transition vers la cinquième génération ».

Des pays du monde entier se préparent à mettre en place des réseaux sans fil de 5e génération, qui offrent la promesse d’une vitesse Internet considérablement accrue ainsi que d’une meilleure couverture et d’une réactivité accrue des réseaux sans fil. En avril de cette année, la Corée du Sud a prétendu battre les États-Unis et devenir le premier pays à déployer un réseau mobile 5G ultra-rapide, qui permet aux utilisateurs de télécharger des films entiers presque instantanément. Le service 5G de Verizon a été lancé dans certaines régions de Chicago et de Minneapolis ce mois-ci.

Selon un rapport de la Global Mobile Suppliers Association daté du 3 juillet, 280 opérateurs dans 94 pays investissent dans les réseaux 5G sous forme de tests, d’essais, de projets pilotes et de déploiements planifiés et réels.

Un téléphone Android. Illustration. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En Israël, surnommée la « start-up nation », la vitesse Internet augmente plus lentement que dans d’autres pays. Le déploiement de réseaux 5G est l’un des moyens d’aider à augmenter les vitesses, qui ont été freinées en Israël par le manque de concurrence sur le marché des infrastructures Internet.

En 2011, le ministère des Communications a lancé une réforme du marché de la téléphonie mobile, qui était dominé par trois acteurs principaux : Pelephone, l’opérateur de téléphonie mobile de Bezeq Israel Telecom ; Cellcom Israel Ltd. ; et Partner Communications Co. La réforme a permis aux clients de passer plus facilement d’un fournisseur à l’autre en conservant leurs numéros de téléphone et surtout, à autoriser de nouveaux acteurs sur le marché.

Cela a généré une concurrence féroce entre les entreprises et permis de réduire les prix des appels téléphoniques pour les Israéliens de 90 %. Les fournisseurs de services cellulaires, cependant, ont vu leurs revenus et leurs bénéfices plonger dans le processus.

Les revenus des entreprises israéliennes de téléphonie mobile ont diminué de 5,6 % en 2018, a précisé le rapport, après une baisse de 4,5 % en 2017. La baisse est due à la concurrence accrue en matière de prix entre les entreprises, a indiqué le rapport. Le revenu moyen par nouvel abonné a chuté de manière spectaculaire pour atteindre 70 shekels par mois, contre une moyenne de 170 shekels par mois pour les années 2006 à 2010, avant le début de la réforme.

« Ces changements sont révélateurs des changements radicaux que le secteur de la téléphonie mobile a connu au cours de la dernière décennie, à la suite de la réforme », indique le rapport publié par le ministère en juin 2019.

Les entreprises de téléphonie cellulaire israéliennes atteignent leurs objectifs en ce qui concerne le déploiement de réseaux de quatrième génération, a indiqué le rapport, mais la baisse continue des revenus fait craindre qu’elles ne s’abstiennent d’investir dans les réseaux.

Le ministère devrait lancer un appel d’offres pour déployer les réseaux de cinquième génération dans les prochains jours, a annoncé Calcalist plus tôt cette semaine.

Les revenus de l’industrie des télécommunications en Israël ont diminué de 4 % en 2018 pour atteindre 18,4 milliards de shekels, contre 19,2 milliards en 2017. Le rapport inclut les revenus des services cellulaires, Internet, de ligne fixe et de télévision. Quarante-deux pourcent des revenus de l’industrie proviennent des services cellulaires, la plus grande partie de l’industrie; 18 % des services de télévision ; 17 % des services de téléphonie fixe ; et 12 % des services d’infrastructure Internet, indique le rapport.

Et les citoyens israéliens pourraient enfin bénéficier, quoique lentement, d’une accélération tant attendue des vitesses d’Internet, indique le rapport.

Seulement 20 % des ménages ont accès à l’Internet à haut-débit

Entre le début de l’année 2018 et le milieu de l’année 2019, 2 % supplémentaires des ménages ont eu accès à des câbles à fibres optiques haut débit – soit directement chez eux, soit via à un boîtier de communication à proximité de leur domicile, ce qui porte le nombre de personnes ayant accès à l’Internet à haut-débit à 20 %, indique le rapport.

Les données montrent que pour la première fois depuis les années 80 et le début des années 90, lorsque les entreprises de télécommunications ont commencé à déployer leurs réseaux câblés pour fournir des services Internet aux ménages, Israël « assiste maintenant au déploiement de nouveaux réseaux, à grande échelle, par de nouveaux concurrents », explique le rapport.

« Ce changement est révélateur d’un saut (qui en est encore à ses balbutiements) de la concurrence des infrastructures Internet, ce qui conduira également à un progrès de la qualité des infrastructures de télécommunications dans le pays », indique le rapport.

Ce déploiement de câbles à fibres optiques haut débit a été rendu possible par la mise en œuvre d’une réforme du marché de gros entamée en mai 2015, permettant aux concurrents de déployer leurs propres câbles à fibres optiques dans les gaines d’infrastructure de Bezeq, qui dominent le marché.

Cette réforme aurait toutefois été bloquée par le directeur général du ministère, Shlomo Filber, soupçonné d’avoir agi au nom du ministre des Communications de l’époque, Benjamin Netanyahu, dans ce qui fait aujourd’hui partie de l’affaire 4000, considérée comme la plus grave des trois affaires de corruption dans laquelle le Premier ministre Netanyahu risque d’être poursuivi.

La police a recommandé l’inculpation de Netanyahu pour corruption. Le Premier ministre est accusé d’avoir pris des décisions favorables à Shaul Elovitch, propriétaire de Bezeq, en échange de quoi le site Walla, qui appartient également à Elovitch, assurerait une couverture médiatique positive à Netanyahu et à sa femme Sara.

Au cours des deux dernières années, le ministère des Communications s’est efforcé d’éliminer les obstacles au déploiement des câbles à fibres optiques, notamment en autorisant des entreprises concurrentes telles que Cellcom et Partner à faire appel aux sous-traitants, et pas uniquement aux travailleurs de Bezeq, pour déployer les fibres, et menaçant Bezeq de payer des amendes pour avoir tardé à permettre aux concurrents d’accéder à son infrastructure, a indiqué le rapport.

A lire : Étouffée par le manque de concurrence, la vitesse Internet en Israël rame

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