Étouffée par le manque de concurrence, la vitesse Internet en Israël rame
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Étouffée par le manque de concurrence, la vitesse Internet en Israël rame

Alors que le duopole de la télécommunication est en retard sur la fibre optique, Israel est 70e sur 200 en matière de vitesse de téléchargement

Image illustrative d'une connexion par fibre optique (alphaspirit; iStock by Getty Images)
Image illustrative d'une connexion par fibre optique (alphaspirit; iStock by Getty Images)

La Startup Nation fonctionne avec un Internet lent.

En fait, non seulement le débit Internet en Israël est lent, mais il augmente aussi plus lentement que dans les autres pays. L’absence de concurrence sur le marché n’incite guère les deux seuls grands fournisseurs à investir dans des infrastructures coûteuses, ce qui fait que les Israéliens n’ont pas la vitesse dont ils ont besoin dans un monde de plus en plus numérisé.

Selon un rapport publié le mois dernier par M-Lab qui s’est penché sur les vitesses de l’Internet entre juin 2017 et mai 2018, Israël se classe 70e sur 200 pays analysés, et perd du terrain par rapport aux autres nations.

Le pays a une vitesse de téléchargement moyenne de 7,64 mégabits par seconde, bien en dessous de la moyenne mondiale de 9,10 Mbps, pour la période étudiée. Au cours de la même période un an plus tôt, Israël se classait 60e sur les 189 pays étudiés, avec une vitesse de téléchargement moyenne de 7,2 Mbps.

La vitesse d’Internet en Israël est l’une des plus faibles des États européens, juste au-dessus de la Bosnie-Herzégovine, classée 71e.

Le Monténégro (74), la Géorgie (77), l’Albanie (86), la Turquie (91) et l’Arménie (107) étaient les seuls pays européens à se situer derrière Israël et la Bosnie-Herzégovine.

Les données du rapport ont été recueillies par M-Lab – un partenariat entre le New America’s Open Technology Institute, Google Open Source Research, le Planet Lab de l’Université de Princeton et d’autres – et fournies par Cable.

« Il y a un manque d’investissement dans l’infrastructure », a déclaré Lavi Shiffman, membre du conseil d’administration de l’Israel Internet Association, une organisation à but non lucratif qui se consacre à la promotion de l’utilisation de l’Internet pour la recherche et la collaboration.

« Si tu n’avances pas, tu recules. »

Lavi Shiffman, membre de l’Israel Internet Association (Autorisation)

Il faut 1 heure, 29 minutes et 21 secondes pour télécharger un film HD typique en Israël contre 11 minutes et 18 secondes à Singapour, selon le rapport.

Pour la période juin 2017-mai 2018 – Singapour est en tête du classement, inchangé par rapport à la même période de l’année précédente, avec une vitesse moyenne de téléchargement de 60,39 Mbps.

Le Yémen était en bas de la liste pour les deux périodes, avec une vitesse de téléchargement moyenne de 0,31 Mbps.

« Il est difficile de classer les vitesses de l’Internet, a dit Shiffman. Il existe de nombreuses méthodes de calcul, a-t-il ajouté, chacune donnant des moyennes différentes. « Il est clair que nous ne sommes pas bien classés, beaucoup moins bien que ce qu’on attend d’une Start-up Nation » – avec toutes ses prouesses en matière de haute technologie, de cybersécurité et d’intelligence artificielle. « Nous ne sommes pas là où nous devrions être. »

Le besoin de vitesse

Au fur et à mesure que les besoins de connections à Internet augmentent – des voitures intelligentes aux maisons et aux réfrigérateurs et téléviseurs intelligents – des débits Internet plus rapides sont nécessaires pour rendre efficace leur utilisation. Et les recherches ont montré qu’une augmentation de la vitesse de l’Internet, grâce à la pénétration haut débit fixe, contribue à stimuler la croissance économique.

Selon une étude de la Banque mondiale de 2009, une augmentation de 10 points de pourcentage de la pénétration de haut débit fixe augmenterait la croissance du PIB de 1,21 % dans les économies développées et de 1,38 % dans les économies en développement.

L’Internet à haut débit pourrait avoir un effet positif sur l’économie, y compris la création de nouveaux emplois et de nouvelles petites et moyennes entreprises, selon un document du département de recherche de la Knesset de juin 2017.

« Internet aujourd’hui n’est pas un luxe, mais un service public. Nous en avons besoin tout comme nous avons besoin d’électricité, de gaz et d’eau », a déclaré Shiffman.

« La vitesse est synonyme d’opportunités », a déclaré Oleg Brodt, directeur de l’unité de cyber-sécurité de l’Université Ben Gourion du Néguev (Cyber@BGU) et directeur de la R&D de Deutsche Telecom Innovation Labs Israël. Les utilisateurs se déplacent vers le cloud pour effectuer leurs calculs et stocker leurs données, et pour ce faire, ils ont besoin de vitesses Internet élevées. »

Oleg Brodt, directeur de la Recherche et du Développement chez Deutsche Telekom Innovation Labs Israel. (Autorisation)

« Sans les vitesses nécessaires, c’est toute l’économie du cloud qui est touchée », comme pour la révolution automobile, car ces voitures ont besoin de l’Internet à haut débit pour la transmission constante de données aux opérateurs automobiles, explique-t-il.

« En tant que pays, nous ne pouvons pas être dans une situation où nous ne sommes pas prêts pour ces révolutions. »

En outre, en raison de la lenteur de l’Internet, l’industrie israélienne n’a pas été en mesure de sauter dans le train de l’Internet streaming – comme ce fut le cas pour la technologie suédoise Spotify, le fournisseur américain de services médias Netflix et le site Web de partage de vidéos YouTube.

« Nous sommes une Start-up Nation mais nous avons très peu de start-ups de services basées sur la vitesse de l’Internet, » dit-il.

Quel retard ?

Les faibles vitesses et l’absence de progrès rapides peuvent être attribués à l’absence de concurrence sur le marché et à l’incapacité des entreprises concernées à investir de l’argent pour déployer l’infrastructure nécessaire à une mise à niveau.

L’étude 2017 de la Knesset 2017 mentionnée ci-dessus a montré qu’en 2002-2015, les investissements dans les infrastructures de communication en Israël ont diminué de 36 %, tandis que les investissements dans les infrastructures de transport, d’énergie et d’eau ont augmenté respectivement de 81 %, 57 % et 165 %.

L’industrie israélienne de l’Internet est contrôlée par deux sociétés – le géant des télécommunications Bezeq et Hot Telecommunication Systems Ltd, un fournisseur de télévision par câble et de télécommunications. Ces deux sociétés contrôlent environ 95 % du marché de l’Internet, selon l’Association israélienne de l’Internet. Elles ont également obtenu des licences pour le déploiement de réseaux à fibre optique.

Les réseaux à fibres optiques utilisent des signaux lumineux le long de câbles plutôt que de l’électricité le long de fils de cuivre, comme c’est le cas des systèmes actuels. La fibre optique peut offrir des vitesses de téléchargement de plusieurs gigabits par seconde, comparativement aux vitesses actuelles, qui sont mesurées en dizaines de mégabits par seconde.

Les travailleurs de Bezeq installent des câbles à fibres optiques. (Autorisation)

En 2009, Bezeq a lancé son projet Next Generation Network (NGN), qui consiste à poser des câbles à fibres optiques aussi près que possible des habitations et des bureaux, mais le « dernier kilomètre » – la partie du réseau qui pénètre dans les habitations des consommateurs – est toujours constituée de câbles en cuivre. Ces câbles en cuivre ralentissent le réseau, et plus les câbles à fibre optique sont éloignés des habitations, plus les vitesses sont lentes.

Aujourd’hui, tous les clients de Bezeq ont été connectés au réseau NGN, qui fournit des débits de 40 à 100 Mbps, selon les données de l’entreprise. De plus, l’entreprise a déployé des câbles à fibre optique sur les réseaux domestiques de 60 % de ses clients, mais n’a pas activé le réseau et n’a pas effectué le travail manuel intensif pour le connecter aux foyers et aux bureaux.

Bezeq affirme qu’il est coûteux d’activer le système et hésite toujours sur la technologie à utiliser. La société annonce également qu’elle attend que l’organisme de réglementation établisse les conditions de service pour l’exploitation du réseau.

Pendant ce temps, Hot se vante de pouvoir fournir à ses clients l’Internet le plus rapide d’Israël avec des vitesses de 200 Mbps, mais, selon un reportage télévisé de la Dixième chaîne, ce ne sont pas des câbles à fibre optique, et donc les vitesses dont bénéficient ses 700 000 clients sont bien en dessous de ce qu’elles pourraient être.

Une porte-parole de Hot n’a pas répondu aux appels téléphoniques et aux messages écrits pour obtenir des commentaires sur la question.

Pas d’incitation à investir

Il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles Israël n’a pas d’Internet rapide, a expliqué un ancien fonctionnaire du ministère des Communications.

Premièrement, le déploiement et l’activation des réseaux est beaucoup plus coûteux et moins rentable qu’on ne le pensait à l’origine, en partie à cause de la population relativement petite d’Israël. Pour des villes comme Londres et New York, avec parfois des milliers de clients par immeuble, l’effort et les dépenses en valent la peine.

En outre, a dit le fonctionnaire, le duopole contrôlant le marché des télécommunications fixes n’a pas de concurrence et aucune raison réelle à dépenser des sommes importantes pour déployer les nouveaux systèmes.

En outre, les actionnaires de contrôle des deux sociétés endettées, a-t-il dit, ont moins envie d’investir dans l’infrastructure que de récolter les dividendes.

L’actionnaire majoritaire de Bezeq et son ancien président, le magnat des affaires Shaul Elovitch, qui serait également un ami du Premier ministre Benjamin Netanyahu, est impliqué dans une enquête de fraude menée par l’organisme de surveillance et la police pour des allégations de transactions frauduleuses avec le ministère des Communications et un traitement favorable par son directeur général, qui dirigeait également le ministère à l’époque, et nommé par Netanyahu.

D’autres fonctionnaires de Bezeq, y compris son directeur général, ont également participé à l’enquête et ont depuis lors démissionné, y compris Elovitch lui-même, qui aurait une dette de près d’un milliard de shekels envers les banques.

Toutes les personnes impliquées dans l’enquête, y compris Netanyahu, ont nié tout acte répréhensible ou inconvenant.

Une image composite du Premier ministre Benjamin Netanyahu (R) et de l’actionnaire majoritaire Bezeq Shaul Elovitch. (Flash90; Ohad Zwigenberg / POOL)

Pendant ce temps, le milliardaire franco-israélien à la tête de Hot Telecommunication, Patrick Drahi, qui a également fait une série d’acquisitions dans le monde entier qui l’ont endetté, voit son fournisseur mondial de télécommunications Altice NV lutter contre l’endettement.

Certes, les classements varient selon les agences qui les ont établis. Selon un rapport d’Akamai Technologies sur les débits Internet, pour le premier trimestre 2017, Israël s’est classé 33e sur 148 nations mondiales, avec une vitesse de connexion moyenne de 13,7 Mbps contre 28,6 Mbps pour la Corée du Sud, qui arrive en tête du classement, suivie par la Norvège, avec une vitesse de 23,5 Mbps.

Dans une déclaration envoyée par courriel au Times of Israël, Bezeq a dit : « Bezeq est la seule entité qui peut accélérer les débits via les fibres optiques pour chaque foyer en Israël, de Kiryat Gat à Eilat, par opposition à d’autres entreprises de télécommunications qui ne relient que les tours et les foyers les plus riches de Tel Aviv et les zones high-tech du centre du pays.

Bezeq a mis en place son infrastructure initiale de câbles à fibres optiques dans tout le pays « avec un investissement de centaines de millions de shekels », selon le communiqué. « Nous continuerons d’investir et l’activerons dès que possible » et dès que l’organisme de réglementation déterminera les modalités du service.

« Bezeq connectera la périphérie et le centre du pays au réseau de fibre optique, dès que possible », a déclaré le communiqué.

Les efforts de l’organisme de réglementation pour créer de la concurrence sur le marché ont échoué, même si le gouvernement a versé quelque 150 millions de NIS dans une entreprise de fibre optique avec pour but d’amener la Start-up Nation à la révolution de l’Internet rapide.

Une image illustrative d’un routeur avec une console série (GrashAlex; iStock by Getty Images)

Dimanche, les ministres du Cabinet ont approuvé une mesure visant à revitaliser l’Israel Broadband Company (IBC), également connue sous son nom de Unlimited – une entreprise de fibres optiques en difficulté qui avait initialement été qualifiée de « révolutionnaire ».

Dans leur décision, les ministres ont convenu d’assouplir les conditions de la licence accordée au consortium, qui avait été mise en place en 2013 par Israel Electric Corporation et Via Europa en Suède, pour lui permettre de déployer un réseau à seulement 40 % des ménages en Israël, situés dans les grandes villes, plutôt que dans l’ensemble du pays, comme prévu à l’origine.

Cette réduction constituait une demande clé de la société de communication Cellcom, qui a accepté d’acheter une participation de 70 % dans IBC afin de maintenir à flot l’entreprise en difficulté financière.

Le plan initial prévoyait l’installation de fibres optiques le long des câbles électriques existants de l’entreprise, ce qui permettrait d’économiser l’énorme coût de la création d’une infrastructure séparée et de connecter chaque utilisateur en Israël. Cependant, parce que les coûts d’aménagement ont largement dépassé les attentes, IBC est parvenu à connecter qu’environ 150 000 ménages au système modernisé.

L’IBC a déclaré que la décision prise dimanche par le gouvernement « assure l’avenir de l’entreprise » et sa tâche de répandre les câbles à fibres optiques en Israël.

« Le processus approuvé par le gouvernement permettra de surfer à grande vitesse pour les citoyens du pays…. et positionnera le pays à l’avant-garde des pays bénéficiant d’un réseau de fibres optiques », a déclaré le ministre des Communications Ayoub Kara dans un communiqué, à la suite de la décision sur l’IBC.

La décision du cabinet a ouvert la voie à Cellcom mercredi en tant que partenaire dans l’entreprise. Cellcom et Israel Electric ont déclaré que le fournisseur de communications cellulaires injectera 100 millions de shekels dans IBC pour une participation de 70 %, une décision qui donnera un nouveau souffle au projet, espèrent les nouveaux partenaires.

« C’est une bonne nouvelle pour Israël, car le partenariat aidera l’IBC à sortir du chemin dans lequel il est enlisé », a déclaré Shiffman, de l’Israel Internet Association, au Times of Israël. « Il est dommage que pour que l’accord se réalise, le gouvernement a dû renoncer à 60 % des ménages », qui n’auront pas accès au réseau de l’IBC.

Le ministère prévoit également d’obliger Bezeq à partager son infrastructure Internet avec les fournisseurs de téléphonie cellulaire israéliens Cellcom Israel Ltd. et Partner Communications Co. afin d’accroître la concurrence, a rapporté Globes mercredi, dans le cadre d’une réforme du marché qui a été adoptée en 2014 mais jamais appliquée.

Autres chemins pour la vitesse

Outre la mise à niveau de l’infrastructure actuelle, les vitesses de l’Internet pourraient être augmentées par l’utilisation d’autres technologies, comme le déploiement de réseaux sans fil de cinquième génération, qui promettent d’augmenter considérablement la vitesse, le degré de couverture et la réactivité des réseaux sans fil, a déclaré Brodt de l’Université Ben-Gurion.

« Mais même dans ce domaine, nous sommes à la traîne », a-t-il dit. La Corée du Sud prévoit déjà de lancer le service 5G en mars, tandis qu’aux Etats-Unis et dans les pays européens, il devrait démarrer en 2020.

« En Israël, nous ne parlons que de 5G, a-t-il dit.

Une concurrence accrue sur le marché de l’Internet conduira à de meilleurs services, a déclaré M. Brodt.

« Si cela n’arrive pas, ce sera très malheureux « , a-t-il dit. « Nous nous retrouverons de plus en plus en retard. »

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