Les Palestiniens furieux après l’initiative manquée de condamner Israël à l’ONU
Rechercher

Les Palestiniens furieux après l’initiative manquée de condamner Israël à l’ONU

Selon un responsable de l'AP, Londres et Washington sont les "complices d'un massacre horrible" commis par l'armée israélienne contre "notre population sans défense"

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

L'envoyé palestinien à l'ONU, Riyad Mansour, au Conseil de sécurité de l'ONU, 8 décembre 2017 (Crédit : Nations unies)
L'envoyé palestinien à l'ONU, Riyad Mansour, au Conseil de sécurité de l'ONU, 8 décembre 2017 (Crédit : Nations unies)

Les Palestiniens ont exprimé samedi leur indignation et leur déception suite à l’incapacité du Conseil de sécurité des Nations unies à émettre une résolution condamnant Israël pour les morts et les blessés qui ont marqué les manifestations massives organisées vendredi le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël.

L’Autorité palestinienne a blâmé les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour avoir entravé une initiative palestinienne et arabe visant à persuader le Conseil de sécurité d’émettre une résolution mettant en cause l’Etat juif pour les 15 morts du côté palestinien.

Yusef al Mahmoud, porte-parole du gouvernement de l’AP à Ramallah, a déclaré que l’opposition de Washington et de Londres à une résolution condamnant Israël « les rend complices du massacre horrible commis par l’armée de l’occupation israélienne contre notre population sans défense ».

Mahmoud a accusé les Etats-Unis et le Royaume-Uni d’afficher « une partialité en faveur de l’oppression et de la suppression ». Il a clamé que les manifestations de vendredi étaient des « marches et manifestations pacifiques » marquant le 42ème anniversaire de la journée de la Terre.

Le gouvernement israélien seul, a-t-il accusé, est « directement responsable de ce massacre qui a résulté en 16 martyrs et en des centaines de blessés. » (Le bilan initial faisait état de 16 morts mais il est ultérieurement descendu à 15).

Les victimes des violences du 30 mars sur la frontière entre Israël et Gaza identifiées par l’armée israélienne comme étant des membres de groupes terroristes (Crédit : Armée israélienne)

L’armée israélienne a identifié dans la nuit de samedi 10 des 16 personnes qui auraient été tuées pendant des manifestations violentes le long de la barrière de sécurité avec Gaza comme étant des membres des groupes terroristes palestiniens et elle a publié une liste de leurs noms et des postes qu’ils occupaient au sein de leurs organisations.

Le Conseil de sécurité a organisé une réunion vendredi à huis-clos pour débattre des affrontements à la frontière entre Israël et Gaza, malgré une requête déposée par les Etats-Unis et Israël de reporter les délibérations au samedi en raison de la veille de la fête de Pessah.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas avait annoncé vendredi qu’il avait donné des instructions à son envoyé à l’ONU, Riyad Mansour, pour qu’il demande au Conseil de sécurité d’accorder une « protection internationale » aux Palestiniens.

Les fidèles musulmans font la prière du vendredi, à midi, près d’une ville en tentes aux abords de la frontière avec Israël, à l’est de Jabalia, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP/Mohammed Abed)

Samedi, le secrétaire-général de l’ONU Antonio Guterres a appelé « les parties concernées à se retenir de toute action susceptible d’entraîner des morts supplémentaires ». Il a également réclamé une enquête indépendante et transparentes sur les personnes décédées et blessées aux cours des émeutes de vendredi.

Nabil Abu Rudeineh, porte-parole du président de l’AP, Mahmoud Abbas, a accusé l’administration américaine de « donner une couverture à Israël pour que le pays puisse continuer ses agressions contre le peuple palestinien ».

Le positionnement adopté par les Etats-Unis au Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, « encourage Israël à défier les résolutions de l’ONU visant à l’obliger à mettre un terme à son occupation ».

Des enfants de la bande de Gaza agitent un drapeau palestinien et brûle un drapeau à l’effigie de Donald Trump, le 30 mars 2018 (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le groupe terroriste du Hamas, pour sa part, a exprimé son « regret » face à l’incapacité du Conseil de sécurité à émettre une résolution condamnant Israël.

Le groupe a condamné les Etats-Unis qui auraient déjoué cette initiative devant l’instance internationale et il a accusé Washington d’être « partial et ce de manière flagrante » en faveur d’Israël, encourageant l’Etat juif à « commettre davantage de violences et de terrorisme contre les civils palestiniens ».

Les dirigeants du groupe terroriste du Hamas ont diffusé les images des membres de son aile militaire qui, ont-ils reconnu, figurent parmi les 16 Gazaouis tués par des tirs israéliens durant des affrontements le long de la barrière de sécurité, le 30 mars 2018.

Dans la matinée de samedi, le Hamas a officiellement reconnu que cinq membres de son aile militaire, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, figuraient parmi les morts.

Vendredi, ce sont environ 30 000 manifestants qui ont participé à un mouvement de protestation le long de la frontière avec Gaza, durant lequel des émeutiers ont jeté des pierres et des grenades incendiaires de l’autre côté de la frontière, ont fait brûler des pneus et du bois, ont cherché à ouvrir des brèches et à endommager la barrière de sécurité et, dans un cas, ont ouvert le feu sur des soldats israéliens.

L’armée a fait savoir que ses tireurs n’ont pris pour cible que ceux qui menaient des actions violentes explicites contre les soldats israéliens ou qui tentaient d’ouvrir ou de créer des dégâts sur la barrière de sécurité. Une séquence filmée montre qu’à un moment de la journée, un émeutier – que l’armée a placé dans sa liste des membres du Hamas – semble avoir été tué alors qu’il fuyait la frontière. Les militaires ont, en réponse, accusé le Hamas d’avoir manipulé les images ou d’avoir fait un montage.

La marche des Palestiniens vers la frontière de Gaza avec Israël, vendredi, a été l’une des plus importantes manifestations de mémoire récente, appelant à ce que les Palestiniens puissent retourner sur les terres que leurs ancêtres avaient fui pendant la guerre d’Indépendance de 1948. Elle a été intitulée « la marche du retour ».

L’armée est restée en état d’alerte élevé alors même que les violences semblaient disparaître vendredi dans la soirée dans un contexte de crainte d’attaques persistantes, notamment de tentatives d’infiltration sur le territoire israélien ou de tirs de roquette.

Les organisateurs du mouvement de protestation ont fait savoir que les manifestations massives continueraient jusqu’au 15 mai, date du 70ème anniversaire de l’établissement de l’Etat d’Israël. Les Palestiniens marquent cette date comme étant leur « Nakba » – ou catastrophe – lorsque des centaines de milliers de personnes avaient fui, volontairement ou non, le territoire israélien au cours de la guerre d’Indépendance de 1948. La vaste majorité des deux millions d’habitants de Gaza est constituée de leurs descendants.

Lors des pourparlers de paix antérieurs, les Palestiniens ont toujours demandé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les Palestiniens qui avaient quitté ou avaient été dans l’obligation de quitter l’Etat juif lors de sa fondation. Les Palestiniens ne demandent pas seulement l’exercice de ce droit pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre qui atteindrait des dizaines de milliers de personnes – mais également pour leurs descendants, qui sont des millions.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait probablement accepter cette demande puisqu’elle signerait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. Le positionnement israélien est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants pourraient devenir les citoyens d’un Etat palestinien à l’apogée du processus de paix, comme cela avait été le cas des Juifs contraints à fuir les pays du Moyen-Orient en raison de gouvernements hostiles qui sont devenus par la suite des ressortissants israéliens.

Judah Ari Gross et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...