Les polices européennes arrêtent des suspects d’escroqueries liées à Israël
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Les polices européennes arrêtent des suspects d’escroqueries liées à Israël

La télévision allemande a décrit l'opération comme l'une des plus importantes en matière de lutte contre les escroqueries en ligne

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Un centre d'appel (iStock)
Un centre d'appel (iStock)

Les polices d’Allemagne et d’Autriche ont mené l’une des plus importantes opérations en date contre des présumés escrocs en ligne, a annoncé la télévision publique allemande dans un reportage diffusé plus tôt ce mois-ci. Au cours des derniers mois, une équipe conjointe allemande et autrichienne a mené 35 perquisitions dans cinq pays et enquêté sur dix suspects en lien avec cinq sites Internet frauduleux de trading, a annoncé le reportage.

Les cinq sites en ligne de trading qui sont visés par une enquête des polices allemandes et autrichiennes sont Option888, TradeInvest90, XMarkets, ZoomTrader et TradoVest, selon un reportage du 3 juillet par le programme d’information allemand “Tagesschau”

La plupart de ces sites sont ou étaient associés avec Tradologic, une plateforme de trading en ligne fondée en Israël et dirigée depuis la Bulgarie.

Lors d’une arrestation en lien avec l’affaire, l’Israélien Gal Barak a été appréhendé en Bulgarie en février à la demande des procureurs autrichiens. A l’époque, des procureurs autrichiens avaient affirmé avoir perquisitionné les bureaux de six autres sites Internet de Tradologic : XTraderFX, Optionstars, OptionstarsGlobal, Goldenmarkets, SafeMarkets et Cryptopoint.

Selon le reportage du 3 juillet, un des suspects placés en garde à vue était le citoyen allemand Karsten Uwe Lenhoff, un vétéran des paris sportifs et de l’industrie du jeu âgé de 55 ans qui partage son temps entre un hôtel tyrolien cinq étoiles et la ville française de St-Tropez. Le reportage n’a pas mentionné d’autres suspects.

Des journalistes de « Tagesschau » ont rapporté avoir pu consulter des listes de clients de ces sites Internet de trading. Ils ont affirmé qu’elles contenaient les noms de plus de 200 000 Allemands.

Pour la seule ville allemande de Sarrebruck, des plaintes ont été déposées contre ces plateformes de trading au nom de 223 victimes présumées, a expliqué le reportage. En moyenne, chaque victime a perdu plus de 40 000 euros.

Des employés du centre d’appel E&G Finances en Bulgarie, qui gèrent les sites de trading en ligne. (Capture d’écran : YouTube)

Le reportage a également expliqué que les groupes de criminels suspectés, qui gérait les cinq sites Internet, pourraient être responsables de plus de 400 ou plus autres sites internet frauduleux, et que ce nombre leur a été confirmé par le procureur public de Sarrebruck.

Selon le reportage, la police a mené des perquisitions dans des centres d’appels, des bureaux et des appartements au Kosovo, en Allemagne, en Autriche et en République Tchèque.

Le reportage a souligné que les fraudeurs présumés employaient des méthodes identiques à celles de l’industrie des options binaires d’Israël, qui a été interdite par la Knesset en octobre 2017 mais dont les acteurs continuent à opérer depuis Israël et dans d’autres pays via des sites du Forex, de crypto-monnaies et autres.

Selon le reportage de la télévision allemande, les escrocs présumés téléphonaient à des investisseurs afin de les encourager à placer de l’argent dans des comptes sur des sites Internet de trading, où ils devaient pouvoir faire des profits rapides en jouant sur les valeurs des actions, les fluctuations de devises et d’autres mouvements financiers. Certains sites Internet offraient la possibilité de faire du trading en Bitcoin et dans d’autres crypto-devises.

Selon le reportage, les victimes étaient ciblées à travers les réseaux sociaux. Après avoir fait un premier virement, l’investisseur était dirigé vers un conseiller en investissement qui allait l’encourager à déposer de plus en plus d’argent pour pouvoir profiter d’opportunités de trading supposément lucratives.

Selon le reportage, les victimes ont déclaré que, quand elles ont essayé de récupérer leur argent investi dans les comptes de trading, on leur a dit qu’un pépin informatique leur empêchait de retirer l’argent, ou que leur conseiller en investissement était parti en congés et qu’il ne pouvait pas les aider. Presque toutes les victimes ont perdu l’intégralité de l’argent déposé.

Les procureurs allemands et autrichiens suspectent que l’argent des victimes n’a jamais fait l’objet d’activités de trading, et que les utilisateurs de ces sites ont interagi sur une interface virtuelle avec aucune transaction financière réelle derrière tout cela. L’argent déposé par les investisseurs avait en réalité été siphonné vers les comptes en banque des escrocs présumés.

Le reportage a ensuite affirmé que les fraudeurs suspectés avaient utilisé des banques en Europe de l’ouest pour déposer leurs gains mal acquis. Parmi elles notamment les banques allemandes Postbank, Sparkasse Koblenz et Fidor, une banque en ligne basée à Munich, ING en Belgique, Barclays Bank et HSBC au Royaume-Uni.

Sparkasse Koblenz a affirmé à « Tagesschau » qu’elle avait mis un terme à sa relation avec les escrocs présumés « parce que nos systèmes de contrôle avaient détecté des procédés de transactions suspectes ». La banque a dit regretter qu’un « compte client de notre banque ait été utilisé pour mener des activités frauduleuses ».

Barclays a informé la rédaction de « Tagesschau » qu’elle avait fermé un compte ouvert par des escrocs présumés. Les autres banques n’ont pas commenté l’affaire, a précisé le reportage, citant le secret bancaire, mais en insistant sur le fait qu’elles avaient totalement respecté la loi.

Des sources au sein des banques ont affirmé au programme télé que des hommes de Lituanie et Roumanie avaient ouvert des comptes en banque au nom des escrocs présumés et avaient indiqué pour activités des « ventes de logiciels » ou des « services de consulting ».

Publier des informations sur une industrie de l’ombre

Le site internet Fintelegram.com a donné des informations très détaillées sur certains des individus, entreprises et procédures de paiements impliqués dans ce réseau, et d’autres sites de trading en ligne.

Le site a mentionné les noms de suspects présumés avant que des agences de presse classiques ne puissent confirmer leurs identités. Fintelegram a été fondé par l’entrepreneur du net autrichien Werner Boehm. Son associée d’affaires Elfriede Sixt a lancé une entreprise sœur nommée l’Initiative européenne de récupération des Fonds (EFRI), qui cherche à aider les victimes d’escroqueries de trading en ligne à récupérer leur argent.

Boehm, un ancien responsable de marketing à IBM, a fondé une start-up informatique appelée Yline Internet Business Services AG en 1999, dont les actions ont été échangées sur le marché boursier autrichien. Il a travaillé étroitement avec IBM Europe. Boehm s’est aussi vu proposer le poste de ministre des Infrastructures autrichien par un vice-chancelier du mouvement politique de droite, le Parti Liberté. L’entreprise de Boehm a fait faillite en 2001 et selon Boehm, après que Yline a fermé, « IBM et Boehm se sont rejetés la faute pour les problèmes de l’entreprise ». Des plaintes civiles et criminelles ont été déposées.

Selon des reportage en langue allemande, plusieurs cadres d’Yline, y compris Boehm, ont été inculpés pour des charges, notamment de fraude et trading interne, mais Boehm et les autres ont été blanchis de toutes les accusations par un tribunal autrichien en 2015.

Une capture d’écran d’un programme de la télévision publique allemande diffusé le 3 juillet 2019. Elle montre l’un des sites de trading dont les bureaux ont fait l’objet d’une perquisition par la police allemande et autrichienne.

Dans un message (en allemand) sur son site, Boehm a expliqué la raison derrière Fintelegram, qui est apparu en ligne au début 2018. Il a affirmé qu’en tant qu’entrepreneur du secteur des paiements en crypto-devises, il avait été approché par des gens qui voulaient qu’il procède à des versements pour des sites d’options binaires, et qu’après avoir mené des recherches sur ces entreprises, il avait refusé.

« J’ai travaillé dans le secteur des crypto devises depuis 2013 en tant qu’entrepreneur. En conséquence, j’ai presque inévitablement été en contact avec des escrocs et des criminels actifs. Ma motivation pour co-fonder FinTelegram était de rendre le public conscient des multiples fraudes dans les crypto-devises », a-t-il dit dans le message.

« Nous avons observé pendant des années à quel point le journalisme à l’international à ce sujet se saisit de projets internationaux et se transforme parfois en partisan rémunéré du secteur, a-t-il ajouté. Il n’y a pas de domaine où il est aussi difficile de trouver des informations équilibrées que dans le crypto. Il faut trouver un contre-poids. Alors, nous voyons aussi Fintelegram comme un centre de recherches qui fournit des résultats bruts aux médias, aux avocats et aux agences gouvernementales. »

Elfriede Sixt, une comptable basée à Vienne et associée d’affaires de Boehm, a déclaré au Times of Israël que son organisation fournissait des informations à la police autrichienne et allemande, pas seulement sur les escroqueries crypto mais aussi sur les escroqueries de trading en ligne, dont beaucoup ont des liens proches avec Israël, ciblant des Européens. Elle a ajouté que Fintelegram était capable d’obtenir des informations très détaillées sur les opérations en ligne d’entreprises de trading grâce à plusieurs lanceurs d’alerte de haut niveau et des employés qui ont partagé des informations, y compris des documents internes aux entreprises et des relevés de banque.

Dr. Silvia Thaller du bureau du procureur public autrichien (Ministère autrichien de la Constitution, des Réformes, de la Dérégulation et de la Justice).

Silvia, Thaller, une porte-parole du Bureau central du procureur d’Autriche pour les Questions criminelles économiques et la Corruption, a confirmé au Times of Israël que son bureau supervisait une enquête internationale sur « des fraudes de trading informatique et des options binaires ». Elle a déclaré que des criminels suspectés sont « actifs internationalement et impliqués dans des fraudes professionnelles et graves et dans du blanchiment d’argent ».

Thaller a dit que les procureurs enquêtent sur dix suspects soupçonnés d’avoir volé et blanchi des millions d’euros, mais elle n’a pas dévoilé leurs identités.

« Pour des raisons de protection de la vie privée et des données, les noms des individus ne peuvent ni être cités ni confirmés. Puisqu’il s’agit d’une enquête préliminaire ouverte et que les enquêtes en cours ne doivent pas être perturbées, je dois vous demander de comprendre qu’actuellement aucune autre information ne peut être donnée sur des enquêtes individuelles ou sur des mesures coercitives. »

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