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"PERSONNE N'AURAIT FAIT CE QUE NOUS AVONS FAIT"

Les rédacteurs sportifs de « Qui est juif » jettent l’éponge après 25 ans d’existence

Depuis 1997, Ephraim Moxson et Shel Wallman ont produit la Jewish Sports Review, un magazine qui recensait les athlètes juifs, de l'université aux professionnels

La Jewish Sports Review. (Crédit : Ephraim Moxson/Mollie Suss/JTA)
La Jewish Sports Review. (Crédit : Ephraim Moxson/Mollie Suss/JTA)

JTA – Tous les amateurs juifs de sport, quel que soit le sport ou l’équipe qu’ils soutiennent, partagent un même besoin universel : découvrir de nouveaux joueurs et se demander immédiatement « s’ils sont Juifs ».

Pendant plus de deux décennies, deux hommes ont apporté la réponse à cette question.

Depuis 1997, Ephraim Moxson et Shel Wallman ont produit la Jewish Sports Review, un magazine bimestriel qui identifiait les athlètes juifs de l’université au sport professionnel. Ils écrivaient rarement des profils détaillés et n’utilisaient que peu de photos. La marque de fabrique du magazine était ses listes complètes et précises de sportifs juifs, accompagnées de statistiques clés et d’informations biographiques de base.

Le mois dernier, le binôme d’octogénaires a décidé de mettre un terme à leur collaboration.

Jusque-là, la revue avait survécu à de multiples itérations. Wallman en avait publié une première version de 1972 à 1974, puis, pendant 20 ans, elle avait pris la forme d’une chronique hebdomadaire dans un journal juif d’Indianapolis. Wallman et Moxson sont entrés en contact lorsque Wallman, aujourd’hui âgé de 85 ans, a passé une annonce dans le magazine The Sporting News. Moxson, aujourd’hui âgé de 80 ans, a commencé à travailler comme pigiste pour Wallman, et les deux hommes se sont finalement associés pour relancer la Jewish Sports Review en tant que magazine indépendant géré par une équipe de seulement deux personnes, devenues de bons amis au fils des années.

Moxson, un agent de probation californien à la retraite, et Wallman, un administrateur de collège et professeur d’études sociales de la ville de New York à la retraite, consacraient quatre heures par jour à leur travail, dont la majeure partie après avoir pris leur retraite. Pour Ephraim Moxson, le magazine était « incontestablement un travail d’amour ».

Ephraim Moxson avec le Mensch on the Bench, la mascotte de l’équipe d’Israël pendant le World Baseball Classic. (Autorisation)

« C’était important pour moi parce que j’ai une identité juive très, très forte, tout comme Shel », a déclaré Moxson à la Jewish Telegraphic Agency.

Wallman n’a pas répondu aux demandes de commentaires et Moxson n’a fourni qu’une seule photo à partager. Au lieu de cela, ils ont préféré laisser leur travail parler de lui-même – ce travail qui a été très méticuleux.

Pour les athlètes universitaires, ils ont extrait toutes les listes de six sports différents, à savoir le baseball, le basketball, le football, le hockey, le crosse et le rugby – dans toutes les divisions. Ils ont scruté les listes à la recherche de noms ou de villes d’origine qui pourraient faire allusion à une éventuelle judéité, et ont entrepris de les contacter. Ils ont envoyé un courriel au directeur de l’information sportive et au directeur sportif de l’équipe avant de contacter la famille des athlètes.

Ils ont mis en avant tout le monde, des athlètes du lycée aux stars professionnelles actuelles comme le lanceur, Max Fried, des Atlanta Braves ou l’attaquant israélien, Deni Avdija, des Washington Wizards.

La Jewish Sports Review s’est appuyée sur trois critères : le joueur devait avoir au moins un parent juif, ne pouvait pas pratiquer une autre religion et devait accepter d’être identifié comme Juif dans le magazine.

« La vérification des faits était la partie la plus amusante du projet », a déclaré Moxson. « Personne n’aurait fait ce que nous avons fait. »

Contrairement aux traditionalistes qui tiennent à la descendance matrilinéaire – selon laquelle la judéité est transmise par la mère – ils ne se souciaient pas de savoir quel parent était Juif. Ils ne se souciaient pas non plus du degré de religiosité de la famille. Si les athlètes acquiesçaient, ils étaient acceptés, et s’ils refusaient, cela se faisait sans rancune, ni avoir à s’expliquer.

« Vous découvrirez que tous les Schwartz, Cone, Levy, Ginsburg, Feldman, Goldberg ne sont pas Juifs », a déclaré Moxson. « Il est surprenant de voir combien d’entre eux ne le sont pas. Si vous trouvez un athlète du nom de Schwartz, et qu’il vient de Fargo, dans le Dakota du Nord, il ne faut même pas s’en soucier, il est Allemand. »

Le débat sur qui est considéré comme Juif, et comment identifier les Juifs, peut souvent être un sujet délicat dans le monde juif. D’une part, la communauté juive américaine, de plus en plus diversifiée, comprend un nombre croissant de personnes qui ne portent pas de nom juif ou ne vivent pas dans des communautés juives, ce qui signifie que les critères de la Jewish Sports Review pouvaient facilement passer à côté d’athlètes juifs. D’un autre côté, certains pensent que le magazine a été trop inclusif. Lors d’une présentation au National Baseball Hall of Fame, il y a quelques années, un homme portant une kippa avait contesté les critères de la Jewish Sports Review, disant à Moxson et Wallman qu’un joueur n’est pas Juif, à moins que sa mère ne le soit.

« Ouvrez votre propre magazine ! », lui répondit Wallman.

« Nous les listons comme Juifs parce qu’ils s’identifient comme Juifs, qu’ils soient pratiquants ou non », a déclaré Moxson, dont les parents ont immigré dans ce qui était alors la Palestine mandataire dans les premières années du XXe siècle. « Je suis très, très Juif. Je suis le fils d’Israéliens palestiniens de la troisième alyah. Mes parents étaient de la troisième alyah, mon père était un collecteur de fonds sioniste, Golda Meir est venue chez moi. Personne ne peut remettre en question mon identité juive. Je ne suis simplement pas religieux. »

L’étude historique de 2020 de Pew Research sur les Juifs américains s’est appuyée sur une définition presque identique de la judéité, comme l’a expliqué Moxson. « Ce sont, presque mot pour mot, nos critères. Je suppose que l’imitation est la forme la plus sincère de la flatterie », a-t-il déclaré.

Au fil des ans, la Jewish Sports Review s’est constituée un lectorat fidèle, qui a atteint un pic d’environ 1 200 abonnés, dont certains suivaient le magazine depuis ses débuts, en 1972. Moxson a déclaré que leurs lecteurs étaient principalement des hommes d’âge mûr, mais qu’en dehors des centres de population juive de la Nouvelle-Angleterre, de New York et de la Floride, ils avaient des lecteurs de presque tous les États des États-Unis, y compris du Wyoming, de l’Idaho et de l’Arkansas.

« Je crois que ces États du Sud, l’ont reçu parce que les communautés y sont plus petites et qu’ils veulent simplement savoir qui est Juif », a déclaré Moxson. « On ne pourrait pas envoyer le Jewish Journal [de Greater Los Angeles] à Tuscaloosa, en Alabama. »

Le magazine ne vendait pas de publicité, et son prix de 36 dollars par an n’a jamais augmenté. Ce qui a augmenté au fil des ans, dit Moxson, c’est le nombre d’athlètes juifs au niveau professionnel.

« Les gens me demandent pourquoi, et je réponds que c’est parce qu’il y a de l’argent à gagner maintenant », a déclaré Moxson. « Un enfant n’a plus besoin d’être médecin ou avocat. Vous pouvez être un joueur de hockey, un joueur de baseball et espérer gagner beaucoup d’argent. »

En fin de compte, après 25 ans d’identification d’athlètes juifs, de l’université aux professionnels en passant par les Jeux olympiques, Moxson a déclaré que leur mission, et il espère que leur héritage, était simple : prouver que les Juifs peuvent être des athlètes comme les autres.

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En d’autres termes, Moxson et Wallman ont entrepris de discréditer la célèbre scène de la comédie « Airplane ! » de 1980. Lorsqu’une passagère demande une lecture légère, l’hôtesse de l’air lui répond : « Que diriez-vous de ce prospectus des légendes sportives juives célèbres ? ».

« C’était une chose que nous devions contredire », a déclaré Moxson.

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