Les résultats montrent que les Israéliens n’ont pas peur de l’après-Netanyahu
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Les résultats montrent que les Israéliens n’ont pas peur de l’après-Netanyahu

Le chef du Likud a plusieurs options, mais aucune de vraiment bonne ; l'électorat n'a pas spécialement appuyé Gantz, mais n'a pas non plus écouté le cri de désespoir de Netanyahu

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

(COMBO) Cette image composite créée le 18 septembre 2019 montre Benny Gantz (à droite), leader et candidat de Kahol Lavan, saluant ses partisans à Tel Aviv tôt le 18 septembre 2019, et Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, s'adressant à ses partisans au siège électoral du Likud à Tel Aviv tôt le 18 septembre 2019. (Emmanuel DUNAND, Menahem KAHANA / AFP)
(COMBO) Cette image composite créée le 18 septembre 2019 montre Benny Gantz (à droite), leader et candidat de Kahol Lavan, saluant ses partisans à Tel Aviv tôt le 18 septembre 2019, et Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, s'adressant à ses partisans au siège électoral du Likud à Tel Aviv tôt le 18 septembre 2019. (Emmanuel DUNAND, Menahem KAHANA / AFP)

Tôt le matin du 10 avril, quelques heures avant l’aube au lendemain de la fermeture des bureaux de vote, Benjamin Netanyahu et Benny Gantz avaient chacun prononcé des discours de victoire devant leurs partisans en extase. Il s’est avéré que les deux s’étaient un peu trop avancé. Les électeurs israéliens, comme les résultats définitifs n’allaient pas tarder à le montrer, n’ont pas donné à Gantz une chance réaliste de former une coalition. Et Netanyahu, qui, pendant des semaines après le jour du scrutin, croyait de façon plausible qu’il réunirait une majorité, s’est retrouvé démuni quand Avigdor Liberman, son ancien allié devenu ennemi, l’a abandonné.

Tôt le matin du 18 septembre, quelques heures avant l’aube au lendemain de la fermeture des bureaux de vote d’élections bis repetita, Netanyahu et Gantz ont tous deux prononcé des discours devant leurs partisans, mais cette fois, ni l’un ni l’autre ne s’est prévalu d’une victoire. De toute évidence, les leçons ont été tirées. En effet, un examen minutieux des résultats électoraux estimés n’a donné à aucun des deux dirigeants une raison particulière de se réjouir. Le Likud et Kakhol lavan ont tous deux perdu un peu de leur poids à la Knesset.

Pourtant, alors qu’un Netanyahu enroué, épuisé et manifestement extrêmement déçu prononçait tant bien que mal son discours – luttant, entre autres, contre un bruyant militant, qui interrompait continuellement ses remarques avec des professions d’amour pour le Premier ministre, son épouse et leurs efforts pour l’Etat d’Israël – Gantz, ses codirigeants et leurs sympathisants étaient de bonne humeur. Tandis que Netanyahu s’efforçait de rassurer son public qu’il resterait bien là, qu’il continuerait à protéger Israël et qu’il était déterminé à bloquer un gouvernement anti-sioniste dépendant du soutien des partis arabes, Gantz tournait prudemment le regard vers le poste de Premier ministre.

Que voulait le peuple ?

En votant pour neuf partis aux priorités extrêmement diverses à la Knesset qui compte 120 membres, l’électorat israélien – qui s’est avéré tout sauf indifférent à notre deuxième tour des élections en cinq mois – a laissé à ses responsables politiques un éventail de possibilités stupéfiant et un chemin potentiellement simple vers notre nouveau gouvernement. Netanyahu et Gantz ont parlé d’unité, et un partenariat dominé par leurs deux partis obtiendrait facilement une majorité à la Knesset, mais aucun des deux ne mentionne l’autre par son nom. Dans la période précédant le jour du scrutin, Gantz a clairement indiqué qu’il ne ferait pas équipe avec un gouvernement Likud dirigé par l’actuel Premier ministre, qui risque d’être bientôt mis en examen pour corruption. Et le chef du Likud dénigrait sans relâche son rival comme étant un faible gauchiste sous la direction duquel Israël serait nécessairement en péril.

Si un partenariat Kakhol lavan-Likud est numériquement simple, ce serait une erreur d’affirmer que c’était la volonté du peuple. Au contraire, l’électorat israélien s’est exprimé par ses nombreuses voix, reflétant ses priorités et préoccupations larges et souvent contradictoires.

Le garçon et l’homme qui criaient au loup

Les partis arabes, quatre factions très différentes qui forment la Liste arabe unie, semblent s’être remarquablement bien débrouillés. Les tentatives de Netanyahu ces dernières années pour dénoncer l’électorat arabe et ses dirigeants, et pour inhiber le vote en déployant des observateurs partisans avec des caméras dans leurs bureaux de vote, semblent avoir eu un effet inverse spectaculaire.

Son fils Yaïr avait tant l’intention de faire craindre, de façon malhonnête, une forte participation arabe mardi qu’il a publié sur Twitter une photo montrant de longues files d’électeurs arabes… en Turquie. De toute évidence, le fils du Premier ministre n’a pas pensé qu’il pourrait y avoir de longues files d’électeurs arabes, de vraies longues files, de vrais électeurs arabes qui se forment dans les bureaux de vote en Israël. En ce qui concerne le secteur arabe, Yaïr et Benjamin Netanyahu, avec leur diatribe constante contre les « hordes » d’Arabes se rendant aux urnes, sont visiblement le garçon et l’homme qui criaient au loup.

La politique israélienne a horreur du vide

Le secteur ultra-orthodoxe – directement visé par Liberman – semble lui aussi s’en être bien tiré. Apparemment, être ciblé fait des merveilles.

Et pour Liberman lui-même, le pari de priver Netanyahu d’une coalition la dernière fois semble avoir porté ses fruits. Briseur de roi au mois d’avril avec 5 sièges, il est une force beaucoup plus forte cette fois.

Les ultra-orthodoxes avaient l’habitude de maintenir l’équilibre du pouvoir entre la gauche et la droite, mais le Shas et Yahadout HaTorah ont récemment lié leur sort tout entier à celui de Netanyahu. La politique israélienne a manifestement horreur du vide ; Liberman l’a comblé.

Insensible au désespoir du Premier ministre

Le plus frappant, bien sûr, est le déclin de la popularité du Likud, en baisse de plusieurs sièges par rapport aux 35 plus 4 (Koulanou) qu’il avait remportés la dernière fois.

Netanyahu a mené une campagne de désespoir, affirmant à plusieurs reprises qu’il se dirigeait vers la défaite. Mais il affirme toujours qu’il se dirige vers la défaite, et le cri du « gevalt » cette fois-ci n’était manifestement pas assez convaincant, ou pas assez touchant, pour que suffisamment d’électeurs se rallient à sa cause.

Netanyahu a réquisitionné un média indulgent alors même qu’il le dénonçait, gagnant un temps d’antenne extrêmement disproportionné, même sur des chaînes soi-disant indépendantes, suppliant les téléspectateurs et les auditeurs de « voter Likud ». Un nombre insuffisant d’entre eux l’a fait

Il a promis la lune au mouvement des implantations – ou, plutôt, une annexion de 25 % de la Cisjordanie dans la vallée du Jourdain, toutes les implantations et autres « zones vitales » non précisées par ailleurs. Pourtant, le soutien au Likud s’est effondré, et l’alliance pro-implantations Yamina ne s’est guère envolée.

Il a réquisitionné un média indulgent alors même qu’il le dénonçait, gagnant un temps d’antenne extrêmement disproportionné, même sur des chaînes soi-disant indépendantes comme la Douzième chaine et la radio de l’armée, suppliant les téléspectateurs et auditeurs de « voter Likud ». Un nombre insuffisant d’entre eux l’a fait.

Apparemment, après tous les calculs possibles réalisés, il n’y a pas eu assez d’électeurs persuadés qu’après 10 années consécutives au pouvoir, et trois autres dans les années 1990, Israël serait perdu sans Netanyahu à sa tête.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (au centre), en train d’être éloigné de la scène de la campagne électorale entouré par des agents de sécurité alors que des roquettes sont tirées sur Ashdod, le 10 septembre 2019. (capture d’écran : Twitter)

Apparemment, lorsque toutes les alliances et alliances potentielles sont prises en considération, un nombre insuffisant d’Israéliens étaient persuadés qu’Israël pourrait être plus vulnérable face à ses ennemis extérieurs sous une direction comprenant les anciens chefs d’état-major de Tsahal, Gantz, Moshe Yaalon et Gabi Ashkenazi. On peut se demander si les images de Netanyahu, mardi dernier, lors de son propre rassemblement électoral à Ashdod, sous les tirs de roquettes des terroristes de Gaza – le « monsieur Sécurité » contraint de se mettre à couvert – n’y ont pas contribué.

Apparemment, la réticence de Gantz à se battre dans la campagne électorale, son attitude plutôt démodée devant un micro, son hésitation et son inconfort dans les studios et ses lapsus occasionnels n’ont pas été fatals à sa cause politique. (Un échange télévisé a ainsi commencé par : Intervieweur : « Comment allez-vous ? »; Gantz : « Mon nom est bon. »)

Capture d’écran de la vidéo du chef du parti Kakhol lavan, le député Benny Gantz, lors d’une interview avec la Douzième chaîne d’information, le 14 septembre 2019. (Douzième chaîne)

Apparemment, lorsque toutes les permutations sont prises en compte, suffisamment d’Israéliens ont cherché une plus grande harmonie interne et moins d’attaques dirigées par Netanyahu contre la gauche, les Arabes, les médias, les policiers, le ministère public, les juges.

Les élections de mardi n’ont pas révélé un soutien écrasant à un Gantz Premier ministre. Mais, en fin de compte, ils ont indiqué que suffisamment d’Israéliens sont indifférents à la perspective d’une vie politique après Netanyahu.

Beaucoup d’options, aucune d’entre elles n’est bonne

L’allocution de Netanyahu aux petites heures du matin mercredi n’était ni un discours de victoire ni un discours de défaite. Il a fait preuve de retenue, dans l’attente des résultats finaux et des prochaines étapes.

Devrait-il chercher à contester les résultats en prétendant que la fraude électorale arabe contre laquelle il avait mis en garde s’est produite et que, comme il l’avait prévenu, les élections lui ont été volées ?

Devrait-il chercher à contester les résultats en prétendant que la fraude électorale arabe contre laquelle il avait mis en garde s’est produite et que, comme il l’avait prévenu, les élections lui ont été volées ? Devrait-il annoncer un temps d’arrêt, comme Gantz le demande depuis longtemps, pour affronter les démêlés judiciaires dans lesquels il est empêtré afin de prouver son innocence et même de faire un éventuel retour ? Devrait-il chercher à faire plier ces résultats électoraux insatisfaisants à sa formidable volonté ?

Le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, au siège du parti le soir des élections à Tel Aviv, dans les premières heures du 18 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Netanyahu aura 70 ans le mois prochain. L’une des conséquences les plus évidentes de ces élections complexes est qu’il semble avoir manqué de temps pour se construire un bouclier d’immunité contre les poursuites judiciaires imminentes qui le menacent.

Il n’a pas encore été abandonné par son propre parti, contrairement à Margaret Thatcher, Première ministre de l’époque, qui avait également cherché à continuer encore et encore. Il reste une force puissante au cœur de la politique israélienne, et il pourrait immensément compliquer notre réalité politique pendant des semaines, voire des mois. Il dispose encore d’options politiques.

Mais, en fin de compte, aucune d’entre elles n’est vraiment bonne. Même si désespérément Netanyahu avait voulu proclamer sa victoire tôt mercredi matin, se montrer triomphant, chasser ce chahuteur exaspérant et se faire entendre en criant victoire, il ne le pouvait tout simplement pas.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse aux partisans du Likud à Tel Aviv, tôt le matin du 18 septembre 2019, après les élections de la veille. (Miriam Alster/Flash90)
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