Rechercher

Les révélations de Barlev font la lumière sur la mort de Barak Sharabi

L'armée s'était contentée de dire que le soldat était mort lors d'un incident ; de nouveaux détails ont été révélés sur cette action top secrète en territoire syrien

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le sergent-chef Barak Sharabi, un soldat de Sayeret Matkal qui a été tué en Syrie en 1984, pendant son service (Crédit: Avec l'aimable autorisation du site Web du mémorial de Barak Sharabi)
Le sergent-chef Barak Sharabi, un soldat de Sayeret Matkal qui a été tué en Syrie en 1984, pendant son service (Crédit: Avec l'aimable autorisation du site Web du mémorial de Barak Sharabi)

À l’occasion d’une interview télévisée mardi, le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a révélé des détails classifiés sur la mort d’un soldat, en 1984, mettant les censeurs militaires en difficulté avant qu’il ne soit décidé de lever l’embargo sur cette information.

Ces révélations ont suscité un regain d’intérêt pour les circonstances de ce mystérieux incident.

Pendant 37 ans, la censure militaire avait interdit tout détail sur la mort du sergent-chef Barak Sharabi alors qu’il servait dans l’unité de reconnaissance d’élite de l’état-major, connue en hébreu sous le nom de Sayeret Matkal. L’armée a seulement confirmé qu’il avait été tué dans un accident opérationnel.

Mais Barlev a déclaré à Kan news mardi que la mort de Sharabi, « sous mon commandement, au plus profond du territoire syrien », lui pesait encore lourdement, ouvrant la porte à la censure permettant la publication de nouveaux détails sur l’incident.

Sharabi a été tué lors d’une opération de routine mais complexe menée derrière les lignes ennemies le 18 décembre 1984, dont les détails restent caviardés.

Plusieurs kilomètres après la frontière, alors que le commando se dirigeait vers sa destination, l’un de ses véhicules a pris un virage à grande vitesse et s’est renversé, tuant Sharabi et blessant huit autres personnes.

L’opération a été immédiatement interrompue et d’autres véhicules ont aidé à évacuer le corps de Sharabi et les blessés vers le territoire israélien.

Le sergent-chef Barak Sharabi, un soldat de Sayeret Matkal tué en Syrie en 1984 (Crédit: avec l’aimable autorisation du site Web du mémorial de Barak Sharabi).

Barlev avait pris le commandement de l’unité Sayeret Matkal en mars de cette année-là. Zman Yisrael, le site jumeau en hébreu du Times of Israel, rapporte que l’opération, la première opération majeure de Barlev en tant que commandant, a été l’une des plus grandes bévues opérationnelles de l’histoire de l’unité et a causé des dommages durables aux opérations de renseignement d’Israël.

« Nous avons été ramenés des années en arrière », a déclaré un ancien officier supérieur de l’unité. « Nous avons du tout revoir. Tout le monde a été lésé : l’unité, le Mossad, le Shin Bet, les Yamam [forces spéciales de la police]. Des secrets et des méthodes opérationnelles ont été révélés. Nous avons dû retarder [les actions] et changer de méthodes. Tout le monde a été sous le choc pendant des années ».

Mardi, un ancien officier de Sayeret Matkal a déclaré que Barlev était à blâmer pour l’incident, car un accident similaire à celui qui s’est produit pendant l’opération s’est produit pendant les mois d’entraînement qui l’ont précédé.

« Deux ou trois semaines avant l’opération, des officiers, sont venus voir Barlev et lui l’ont prévenu que l’équipe risquait de vivre une catastrophe », a déclaré l’officier, parlant sous couvert d’anonymat. « Nous ne passons jamais à l’action s’il y a des doutes, mais Barlev ne voulait pas l’entendre. Il manquait assez d’expérience à ce moment-là. »

L’opération a été approuvée par le chef d’état-major de Tsahal ainsi que par le premier ministre de l’époque, Shimon Peres, et le ministre de la défense, Yitzhak Rabin.

Omer Barlev, commandant de Sayeret Matkal à l’époque, pendant son service militaire (Crédit: Courtesy)

« Vous ne pouvez pas ignorer autant d’avertissements préalables et vous lancer dans une opération aussi sensible et complexe », a déclaré un autre ancien officier. « Vous ne pouvez pas faire de compromis sur une telle question. Il s’agissait de conduire de manière opérationnelle en territoire ennemi. Dès que vous vous mettez au volant, toute erreur est critique et peut conduire au désastre. »

Mais le commandant de l’opération, Shahar Argaman, qui allait plus tard diriger lui-même Sayeret Matkal, a rejeté les affirmations selon lesquelles Barlev était à blâmer.

« Je ne le pense pas », a déclaré Argaman à Zman Yisrael. « C’était une opération très compliquée. Il y a toujours des dérapages. Avec cette opération, nous avons fait un bond en avant de deux pas, et quand on marche sur le fil, parfois on tombe. »

Shahar Argaman (Crédit: capture d’écran de Kan)

Argaman a ajouté que l’opération « comportait de nombreux aspects audacieux. Nous avons fait des choses bien plus complexes depuis lors. »

Il a également salué la conduite de Barlev après l’accident mortel, affirmant qu’il a supervisé l’extraction des forces de son poste de commandement avec calme et professionnalisme.

Cependant, l’ancien commandant a critiqué Barlev pour avoir révélé l’information maintenant. « Barlev a eu tort » de le faire, a-t-il déclaré. « Il n’était pas correct de dire ce qu’il a dit. Il y a encore des secrets derrière tout cela qui ne doivent pas être révélés. »

Le Ministre de la Sécurité Publique Omer Barlev assiste à une cérémonie de la police israélienne pour le Nouvel An juif au Quartier Général de la police israélienne, à Jerusalem le 5 septembre 2021. (Crédit : Photo Olivier Fitoussi/Flash90)

Quant à Sharabi, il a été décrit comme un des soldats discrets mais très efficaces de l’unité, qui a été tué après avoir signé au-delà de son service obligatoire.

« Barak était un excellent soldat », se souvient Argaman. « Il faisait partie de la force qui s’est lancée dans l’opération en raison de capacités spéciales qu’il avait, que je ne peux pas révéler. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...