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Analyse

Les tensions avec Gantz menacent-elles encore une coalition en quête de stabilité ?

Le chef de Kakhol lavan dit œuvrer pour maintenir en place le gouvernement mais ses querelles avec les autres dirigeants amènent aussi la coalition au bord du gouffre

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, à côté du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, au centre, et du ministre de la Défense, Benny Gantz, à droite, le 2 septembre 2021. (Crédit :    Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, à côté du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, au centre, et du ministre de la Défense, Benny Gantz, à droite, le 2 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le Premier ministre Naftali Bennett pense avoir repris le contrôle de son parti Yamina après que l’une de ses députées a annoncé quitter la coalition en raison de querelles avec ses collègues sur des questions liées à la religion et à l’État, a déclaré un responsable de la faction du Premier ministre au Times of Israel, mercredi dans la soirée.

« Nous sommes parvenus à stopper l’hémorragie pour le moment », déclare le responsable, qui note que Bennett a eu des rencontres sous forme de marathon, pendant toute la journée, avec chaque chef des sept partis qui forment la coalition ainsi qu’avec chaque membre de sa propre formation – à l’exception d’Idit Silman. Quelques heures auparavant, Silman avait entraîné une onde de choc au sein de l’alliance au pouvoir en annonçant qu’elle démissionnait de la coalition, la laissant sans majorité parlementaire.

Silman et le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu espèrent convaincre d’autres députés de Yamina de quitter la coalition – Abir Kara, Nir Orbach et Yomtob Kalfon étant considérés comme des cibles de ces entreprises de séduction particulièrement vulnérables.

Concernant Ayelet Shaked, la numéro deux de Yamina, cette dernière a insisté qu’elle partageait le même point de vue de Bennett et qu’elle ne voterait le renversement de la coalition que si son sort était par ailleurs d’ores et déjà scellé.

Toutefois, une source proche de l’alliance au pouvoir, qui s’exprime elle aussi sous couvert d’anonymat, indique que d’éventuels déserteurs pourraient aussi provenir de la formation de droite Tikva Hadasha et du parti centriste Kakhol lavan.

Si la perte de la majorité place la coalition, déjà fragmentée, sur un terrain glissant, elle a encore un avantage sur le bloc d’opposition de droite dirigé par Netanyahu qui ne compte que 54 législateurs à la Knesset – y compris Silman la rebelle et Amichai Chikli, qui avait fait défection quand la coalition avait été formée, ne restant membre de Yamina que par le nom. Les six membres de la Liste arabe unie qui n’appartiennent pas à la coalition sont, eux aussi, opposés à Netanyahu.

« Le plus probable est que nous continuerons avec une coalition de 60 députés pendant encore au moins un an », commente le responsable de Yamina.

Pendant ce temps, l’alliance au pouvoir se focalisera sur la nécessité de « jouer le défensif plutôt que l’offensif » à la Knesset, où l’activité parlementaire va être très largement paralysée, continue l’officiel.

La coalition peut continuer à avancer cahin-caha jusqu’en 2023 mais viendra le moment où elle devra faire adopter un nouveau budget, ce qui nécessite l’approbation de 61 députés et non la majorité simple. L’incapacité à adopter un budget entraînerait de nouvelles élections.

Une affiche montrant la députée Yamina, Idit Silman, lors d’un rassemblement de droite à Jérusalem, le 6 avril 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)

La démission de Silman, en signe de protestation contre des initiatives gouvernementales qui, a-t-elle estimé, porteraient préjudice à l’identité juive de l’État, a fortement dynamisé Netanyahu dans sa tentative de reprendre les rênes du bureau du Premier ministre moins de dix mois après son départ de la rue Balfour.

Il aurait persuadé la députée de quitter la coalition qu’elle dirigeait en échange d’une place réservée sur la liste du Likud et de la promesse d’obtenir le portefeuille du ministère de la Santé si le parti devait être chargé de former le prochain gouvernement.

L’opposition a profité de l’élan donné par le coup de théâtre de l’annonce de Silman lors d’une audience organisée en urgence à la Knesset sur la récente vague d’attentats terroristes. Le bloc de députés de l’opposition, des législateurs majoritairement issus de la droite dure, a passé au grill les représentants de la coalition sur sa prise en charge de la série d’attaques qui a fait onze morts à la fin du mois de mars. Netanyahu a terminé la journée par un rassemblement auquel ont assisté des milliers de partisans de la droite israélienne qui ont appelé les parlementaires de leur famille politique qui se trouvent actuellement au sein de la coalition à suivre l’exemple de Silman.

Néanmoins, selon deux sources de l’alliance au pouvoir, l’instabilité au sein du gouvernement va bien au-delà de Silman – et elles pointent du doigt Benny Gantz, leader de la formation de Kakhol lavan.

Les sources affirment que Gantz, qui est ministre de la Défense, se refuse à adhérer à une série d’accords et de promesses écrites, en particulier en ce qui concerne les questions relatives à la Cisjordanie et aux implantations. Le manque de passage à l’acte a eu un rôle dans la décision prise par Silman, et pose également des problèmes à d’autres députés.

Les sources évoquent l’engagement pris par le gouvernement de légaliser l’avant-poste d’Evyatar après qu’il s’est avéré qu’il avait largement été érigé sur des terres qu’Israël considère comme appartenant à l’État, des terres publiques, dans le nord de la Cisjordanie ; la légalisation de l’avant-poste de Homesh qui avait été le théâtre d’un attentat terroriste au début de l’année et l’avancée des constructions dans les implantations – l’instance du ministère de la Défense chargée d’approuver ces constructions ne s’étant pas réunie depuis cinq mois. Les députés imputent à Gantz la responsabilité de l’échec du gouvernement à honorer ces trois engagements.

Le ministre de la Défense Benny Gantz visite un poste d’observation en Cisjordanie, le 1er avril 2022. (Crédit : Ariel Hermoni/Defense Ministry)

La coalition est constituée de huit partis provenant de tout le spectre politique, notamment de formations qui soutiennent avec véhémence les constructions dans les implantations et d’autres formations qui s’y opposent avec vigueur.

Le centriste Gantz n’était pas considéré comme un adversaire particulier par le mouvement pro-implantations dans le passé. Alors qu’il s’opposait initialement aux constructions faites dans les profondeurs de la Cisjordanie, il avait déclaré plus récemment que toutes les communautés juives, dans ces territoires, avaient « le droit d’exister ».

Mais il fait aussi partie des personnalités au gouvernement qui sont les plus sensibles aux inquiétudes exprimées par l’administration Biden, qui avait dénoncé avec vigueur l’avancée par l’État juif de la construction d’approximativement 2000 habitations en Cisjordanie au mois d’octobre dernier. Gantz déclare considérer le soutien des Américains comme essentiel dans la défense des intérêts sécuritaires d’Israël, et il cherche à préserver cet appui dans ses propres initiatives et dans ses propres agissements.

L’année dernière, il avait évoqué l’importance de faire avancer les constructions dans les implantations « de manière responsable ». Il a répété ce positionnement dimanche dans un contexte d’appels croissants lancés en faveur d’une convocation de sa part de la Sous-commission de haute planification de l’Administration civile, chargée de faire progresser les plans de constructions dans les implantations.

Alors que les membres de la coalition de droite font face à la colère de leurs électeurs qui déplorent un manque d’initiatives gouvernementales favorables à des politiques de droite, ils ont redirigé cette colère sur Gantz, faisant de lui une cible prioritaire.

« La raison pour laquelle nous ne voulions pas siéger avec Bibi, c’était qu’il ne respectait pas les accords qu’il concluait mais aujourd’hui, c’est la même chose avec Gantz », confie une source de la coalition, se référant à Netanyahu par son surnom.

Gantz et ses législateurs de Kakhol lavan se sont aussi disputés avec le ministre des Finances Avigdor Liberman, en particulier lors des efforts livrés par le ministre de la Défense pour s’assurer d’une augmentation de la retraite des soldats israéliens.

Et des liens effilochés avec son partenaire d’antan, Yair Lapid, ministre des Affaires étrangères et qui doit devenir Premier ministre de la coalition en 2023, commencent à devenir visibles. Gantz aurait conservé beaucoup d’amertume suite à son partenariat avec Netanyahu, qui s’était refusé à honorer sa promesse de céder le fauteuil de Premier ministre au chef de Kakhol lavan dans le cadre d’un accord de rotation – ce qui avait entraîné de nouvelles élections et la mise en place d’un nouvel accord de rotation entre Bennett et Lapid – le même Lapid qui, à une époque, n’avait été qu’un partenaire subalterne de Gantz.

Ses relations avec Bennett sont également difficiles – des difficultés qui ont refait surface récemment lors d’une prise de bec portant sur le calendrier des déplacements respectifs des deux hauts-responsables en Inde.

« Le maillon faible n’a jamais été le président de Raam, Mansour Abbas, ou qui que ce soit d’autre. C’est Gantz », fait remarquer la source issue de la coalition.

Gantz a tenté de donner le change, faisant comme si de rien n’était et apparaissant aux côtés de Lapid pour une réunion conjointe avec les ambassadeurs étrangers stationnés en Israël, mercredi. Il a également émis un communiqué affirmant qu’il s’efforçait de stabiliser la coalition actuelle après le départ de Silman.

« J’ai parlé avec le Premier ministre aujourd’hui et nous faisons en sorte de préserver le gouvernement », a déclaré Gantz suite à une rencontre avec sa faction. « Kakhol lavan a été et continuera à être la faction la plus disciplinée de la coalition, une faction centrale ». Il a insisté sur le fait que son parti voulait que le gouvernement reste en place « et dans ce sens, rien n’a changé depuis hier ».

Un porte-parole de Kakhol lavan n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

L’une des sources note que la coalition s’efforce de débaucher son propre député rebelle du Likud, l’ex-président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui a ouvertement dénoncé Netanyahu.

La source de la coalition établit clairement que malgré les obstacles qui subsistent, la situation s’est stabilisée.

« Personne n’émet d’ultimatum », remarque-t-il. « Il y a encore du travail mais aucune initiative majeure ne doit être prise pour le moment. »

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