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Les vins du 6e siècle avant l’ère commune avaient un arrière goût de vanille

Une nouvelle recherche menée sur des poteries de la Cité de David confirme que le royaume de Judée s'adonnait bien, à l'époque du Premier Temple, au commerce international

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune après leur restauration. (Crédit :Dafna Gazit/Israel Antiquities Authority)
    Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune après leur restauration. (Crédit :Dafna Gazit/Israel Antiquities Authority)
  • Photo d'illustration : Des gousses de vanille. (Crédit : (joannawnuk; iStock by Getty Images)
    Photo d'illustration : Des gousses de vanille. (Crédit : (joannawnuk; iStock by Getty Images)
  • Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune restaurées dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des antiquités sous la direction de Joseph Bocangolz, spécialiste en restauration. (Crédit :Ortal Chalaf/IAA)
    Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune restaurées dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des antiquités sous la direction de Joseph Bocangolz, spécialiste en restauration. (Crédit :Ortal Chalaf/IAA)
  • Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune en cours de restauration dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des antiquités sous la direction de Joseph Bocangolz, spécialiste en restauration. (Crédit :Ortal Chalaf/IAA)
    Des jarres du 6e siècle avant l'ère commune en cours de restauration dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des antiquités sous la direction de Joseph Bocangolz, spécialiste en restauration. (Crédit :Ortal Chalaf/IAA)
  • Une anse de jarre du 6è siècle avant l'ère commune avec une impression de rosace, un sceau associé à l'économie royale du royaume de Juda. (Crédit :Eliyahu Yanai/City of David)
    Une anse de jarre du 6è siècle avant l'ère commune avec une impression de rosace, un sceau associé à l'économie royale du royaume de Juda. (Crédit :Eliyahu Yanai/City of David)
  • Des morceaux de jarre du 6e siècle avant l'ère commune retrouvés dans la Cité de David. (Crédit : Eliyahu Yanai/City of David)
    Des morceaux de jarre du 6e siècle avant l'ère commune retrouvés dans la Cité de David. (Crédit : Eliyahu Yanai/City of David)

L’analyse technologique de morceaux de tessons de jarre datant du 6e siècle avant l’ère commune révèle que l’élite antique, à Jérusalem, importait de la vanille depuis l’Asie du sud-est pour aromatiser le vin. Ces conclusions, publiées aujourd’hui dans le prestigieux journal à comité de lecture PLOS ONE, confirme la théorie de la connexion du royaume de Judée à des routes commerciales internationales à la fin de l’époque du Premier temple.

Des fouilles en cours au parc national de la Cité de David ont permis de trouver des dizaines de morceaux de poteries – qui faisaient initialement 30 litres – qui avaient été brisées lors de la destruction de Jérusalem qui a eu lieu pendant la conquête babylonienne en l’an 586 avant l’ère commune.

Les huit jarres qui ont été examinées dans le cadre de la recherche actuelle proviennent de deux emplacements distincts. Certaines anses portent un sceau en forme de rosace, ce qui indique que les jarres appartenaient à l’administration royale du royaume de Judée.

C’est Ayala Amir, étudiante en doctorat au département d’archéologie et des cultures antiques du Proche-Orient à l’université de Tel Aviv, qui a dirigé la recherche d’analyse de résidus dans les laboratoires de l’Institut Weizmann et de l’université Bar-Ilan. Son domaine d’expertise combine chimie et archéologie.

« Quand je suis arrivée sur le site des fouilles et que j’ai vu les morceaux de céramique, j’ai su que ce serait une opportunité formidable de découvrir quel était le contenu des jarres », raconte Amir. Elle explique que jusqu’à une date récente, « nous ne disposions pas de la technologie nécessaire pour percer le mystère de ces résidus ».

« Nous n’avions aucune idée de ce que nous découvririons » avant la fin de l’analyse moléculaire des tessons, a-t-elle dit au Times of Israel, mardi. « C’était une énigme ».

Après avoir procédé à la recherche chimique, Amir est parvenue à identifier une série de molécules – certaines indiquant la présence de vin, d’autres d’huile d’olive, ainsi que de trois molécules qui se trouvent dans la vanille et notamment de la vanilline.

A cette époque, note Amir, la vanille était considérée comme « un très grand luxe, un arôme de l’élite ».

Cette épice exotique avait été découverte dans une tombe cananéenne « royale » datant dans la dernière période de l’Age de bronze moyen, aux environs de l’an 1700 à 1600 avant l’ère commune – une sépulture qui était également remplie de joaillerie en or – trouvée lors de fouilles récentes réalisées à Megiddo, dans le nord d’Israël. La recherche indique aussi que la vanille était probablement collectée en Asie du sud, ce qui démontre que le commerce entre des zones très éloignées les unes par rapport aux autres existait à l’Age de bronze.

Sur la base des fouilles de Megiddo, signale Amir, il a été plus facile d’identifier les molécules de vanilline dans la recherche actuelle.

Ayala Amir, doctorante à l’université de Tel Aviv. (Capture d’écran)

« Ces marqueurs de vanille sont une découverte inhabituelle, en particulier au vu des incendies qui avaient ravagé les bâtiments dans lesquels les jarres ont été trouvées. Les résultats de l’analyse des résidus organiques me permettent d’affirmer avec confiance que les jarres contenaient du vin et que ce dernier était aromatisé à la vanille », dit Amir dans un communiqué de presse.

Datant d’environ mille ans après la vanille trouvée à Megiddo, le contexte archéologique de la Cité de David indique aussi une utilisation de l’épice par l’élite, continue Amir. Plus de 15 larges jarres de stockage ont été trouvées dans un cellier à vin au cours de fouilles menées sous un bâtiment administratif de deux étages situé au parking Givati contemporain – des excavations placées sous la direction de l’Autorité israélienne des antiquités et de l’université de Tel Aviv, qui sont supervisées par le professeur Yuval Gadot et par le docteur Yiftah Shalev.

« Jérusalem, à la fin de l’Age du fer, à la fin de la période du Premier Temple était un centre local majeur – pas seulement administratif et religieux mais aussi économique », explique Shalev dans une vidéo.

Des jarres du 6e siècle avant l’ère commune restaurées dans les laboratoires de l’Autorité israélienne des antiquités sous la direction de Joseph Bocangolz, spécialiste en restauration. (Crédit :Ortal Chalaf/IAA)

D’autres jarres ont été retrouvées dans des salles de stockage sur les versants Est de la Cité de David pendant des fouilles menées par Ortal Chalaf et le docteur Joe Uziel de l’Autorité israélienne des antiquités.

« Cette opportunité donnée de combiner des études scientifiques innovantes à l’examen du contenu des jarres a ouvert une nouvelle fenêtre pour nous, une fenêtre qui nous permet de découvrir ce que les gens mangeaient – ou dans le cas qui nous intéresse, ce que les gens buvaient – à Jérusalem, à la veille de la destruction de la ville », ont commenté Uziel et Chalaf dans un communiqué.

Des morceaux de jarre du 6e siècle avant l’ère commune retrouvés dans la Cité de David. (Crédit : Eliyahu Yanai/City of David)

Amir a noté que le vin à la vanille ou aromatisé à autres épices sont célèbres dans d’autres contextes archéologiques, et qu’ils peut encore être trouvé aujourd’hui.

Et dans la mesure où cette recherche est rendue publique avant Pessah – une fête où les Juifs boivent quatre verres de vin traditionnellement – le Times of Israel demande à Amir si le vin à la vanille trônera, cette année, sur sa table du seder.

« Je ne suis pas une grande amatrice de vin mais peut-être ! », s’est-elle esclaffée.

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