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Analyse

Liban: après le revers infligé au Hezbollah, une paralysie politique est à craindre

L'élection du président du Parlement, la formation d'un gouvernement et la présidentielle prévue en novembre pourraient conduire à des crises et blocages prolongés

Des affiches exprimant le soutien au chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah sont accrochées sur une route principale de la capitale Beyrouth, le 14 mai 2022, à la veille des élections législatives. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)
Des affiches exprimant le soutien au chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah sont accrochées sur une route principale de la capitale Beyrouth, le 14 mai 2022, à la veille des élections législatives. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Après le revers infligé au Hezbollah et ses alliés aux législatives, des experts craignent une paralysie politique au Liban à l’approche d’échéances critiques, dans un pays miné par une profonde crise socio-économique largement imputée à la corruption et l’inertie de la classe dirigeante.

D’après les résultats annoncés mardi, le Hezbollah chiite et ses alliés politiques n’ont pas obtenu les 65 sièges nécessaires pour conserver leur majorité à l’Assemblée, qui compte 128 députés.

Parmi les grands gagnants du scrutin de dimanche, figurent notamment les Forces Libanaises (FL), parti chrétien de l’opposition qui a axé sa campagne contre le Hezbollah, ainsi que des indépendants issus du mouvement de contestation anti-système déclenché en 2019 qui font leur entrée au Parlement.

Le premier face-à-face entre les différentes forces de la nouvelle Assemblée aura lieu à l’occasion de l’élection du président du Parlement, pour succéder à Nabih Berri – chef du mouvement Amal et allié du Hezbollah qui détient le poste depuis 1992.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, prend la parole lors d’une session parlementaire à Beyrouth, la capitale, le 31 octobre 2016. (AFP Photo/Pool/Joseph Eid)

Dans un pays multiconfessionnel régi par un système politique basé sur un partage communautaire du pouvoir, le président doit être un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement un musulman chiite.

A l’approche d’échéances critiques, les partis traditionnels « chercheront à affirmer leur domination face aux indépendants qui entrent au Parlement pour la première fois », souligne Lina Khatib, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au think tank Chatham House.

L’élection du président du Parlement, la formation d’un gouvernement et la présidentielle prévue en novembre pourraient conduire à des crises et blocages prolongés, en raison des divergences entre les différentes forces politiques.

A compter du 22 mai, les députés auront selon la Constitution 15 jours pour élire le président du Parlement, dont le chef actuel est une figure clivante surtout pour l’opposition et les indépendants.

Vers un blocage ?

« Si le président du Parlement n’est pas élu faute de majorité, je pense qu’on se dirige vers un vide institutionnel », souligne l’ancien ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud.

Mais les députés indépendants « pourront faire basculer les votes dans les deux sens », explique-t-il à l’AFP.

Peu après les résultats préliminaires des élections, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, avait lancé une mise en garde aux adversaires de la formation chiite en réponse aux FL qui ont promis de ne pas voter pour M. Berri.

Les FL ont également affirmé qu’ils ne rejoindraient pas un gouvernement d’union nationale avec leurs adversaires. Quant aux députés indépendants issus de la contestation, on ignore s’ils sont disposés ou non à intégrer un tel gouvernement.

En attendant la formation du gouvernement, les députés devront, après l’élection du président du Parlement, entamer des consultations avec le chef de l’Etat pour la désignation d’un nouveau Premier ministre.

« Le blocage pourrait être tous azimuts », et ce ne serait pas une première au Liban, prévient Daniel Meier, docteur en sociologie politique et chercheur.

Car la formation d’un gouvernement dans ce pays nécessite souvent des semaines, voir des mois. Le gouvernement sortant de Najib Mikati n’est en place que depuis septembre 2021 après un vide institutionnel de 13 mois.

Le président libanais Michel Aoun, à gauche, rencontre l’ancien Premier ministre libanais Najib Mikati au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 26 juillet 2021. (Crédit : Dalati Nohra/Lebanese Official Government via AP)

Malgré un nouvel équilibre des pouvoirs, il y a au final peu de chances d’un véritable changement de programme pour le prochain gouvernement, souligne à l’AFP l’analyste Sami Nader, « car malgré tout le Hezbollah garde son droit de veto ».

Par ailleurs, les résultats des législatives pourraient surtout avoir un impact sur l’élection présidentielle prévue fin 2022.

Gebran Bassil – chef du Courant patriotique libre, parti chrétien allié au Hezbollah – était depuis longtemps pressenti pour succéder à son beau-père Michel Aoun, mais la montée en puissance des FL lui a porté un coup.

« L’élection présidentielle ne se déroulera pas facilement » en raison de l’absence d’un bloc majoritaire, a estimé Joseph Bahout, professeur à l’Université américaine de Beyrouth lors d’un séminaire.

Selon lui, un vide institutionnel pourrait s’installer jusqu’au printemps 2023 et retarder les réformes ambitieuses requises par le Fonds monétaire international pour sauver le Liban de la faillite et lui fournir l’aide dont il a cruellement besoin.

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