Liberman aux médias russes : Israël « n’a pas participé » à l’action contre Moscou
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Liberman aux médias russes : Israël « n’a pas participé » à l’action contre Moscou

Dans un entretien avec le journal Kommersant, le Ministre de la Défense répète qu’Israël détruirait le système de défense de missile S-300 en Syrie s’il était utilisé contre lui

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman salue le président russe Vladimir à l'aéroport Ben-Gurion, lundi  (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman salue le président russe Vladimir à l'aéroport Ben-Gurion, lundi (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Dans un entretien avec un journal russe, le Ministre de Défense Avidgor Liberman a insisté jeudi sur l’opposition d’Israël facela pression occidentale pour sanctionner Moscou, tout en avertissant qu’Israël ne tolérerait pas l’utilisation, contre ses avions, de systèmes d’armes de défense fournis par la Russie en Syrie.

Liberman a déclaré au quotidien Kommersant qu’Israël maintenait une relation franche et ouverte avec Moscou et ne cherchait pas une confrontation avec la Russie en Syrie.

« Nous apprécions beaucoup nos relations avec la Russie », a déclaré Liberman, ancien ministre des Affaires étrangères. « Même quand nos proches alliés nous mettent la pression, comme dans le cas de sanctions contre la Russie, nous n’y participons pas ».

Le Ministre de la Défense a offert le récent exemple d’une décision des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux d’expulser des dizaines de diplomates en réponse à la tentative d’assassinat d’un double agent russe à Salisbury, en Angleterre, plus tôt cette année.

« Israël n’a pas participé à cette action », a-t-il déclaré.

Israël a été très prudent dans ses relations avec la Russie afin de préserver ses intérêts sécuritaires dans la Syrie voisine. Le gouvernement de Vladimir Poutine est devenu un acteur majeur des affaires régionales, avec des hommes au sol – et des avions dans les airs – seulement à quelques kilomètres des frontières israéliennes dans un pays déchiré par la guerre. Ces dernières années, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré Poutine plus souvent que tout autre dirigeant mondial, et a fait de nombreux efforts pour ne pas froisser la Russie.

Liberman a aussi rappelé qu’Israël ciblerait les batteries de défense aérienne S-300 fournies par la Russie si le dictateur syrien Bashar el-Assad essayait de les utiliser contre des avions israéliens.

« Si les systèmes S-300 ne sont pas utilisés contre nous, c’est une chose. Mais s’il ouvrent le feu contre nos avions, nous riposterons « , a déclaré Liberman.

L’entretien s’est principalement focalisé sur l’Iran – à la fois sur les activités du pays en Syrie, où Israël craint que Téhéran ne soit en train d’établir une présence militaire avec laquelle il pourrait menacer l’état juif, et sur le programme nucléaire de la République islamique, dont Liberman a dit qu’Israël avait prouvé qu’il était bien militaire avec la révélation de cette semaine d’un grand nombre de documents volés à Téhéran par le service de renseignement du Mossad.

« Ces documents qui ont été publiés prouvent inconstestablement que l’Iran travaillait activement non seulement pour enrichir de l’uranium, mais pour créer une arme atomique », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait un discours sur les dossiers obtenus par Israël qui, selon lui, prouvent les mensonges iraniens sur son programme nucléaire au ministère de la Défense de Tel Aviv, le 30 avril 2018 (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)

Au cours des récentes semaines, des officiels russes ont indiqué que Moscou se préparait à livrer le puissant système de missile de défense S-300 à la Syrie, quelque chose que Moscou avait refusé de faire depuis longtemps du fait de l’opposition israélienne.

Le mois dernier, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a déclaré aux médias russes que « l’obligation morale » de Moscou à ne pas vendre le système de défense aérienne à la Syrie était finie.

Ce renversement, a indiqué Lavrov, n’était pas dû aux actions israéliennes en Syrie, mais à une attaque commune des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France sur des sites du régime Assad le mois dernier à la suite d’une possible attaque chimique par le dictateur syrien dans la ville de Douma.

Depuis lors, Liberman a déclaré a plusieurs reprises qu’Israël ne s’opposerait pas à une telle décision à condition que le système ne soit pas utilisé contre les avions israéliens.

Liberman a déclaré que Jérusalem espérait que la Russie et Israël pourrait parvenir à un accord sur leurs objectifs et intérêts respectifs en Syrie – où Moscou soutient très fortement le régime Assad – afin d’éviter une confrontation inutile.

Le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot (à gauche) rencontre le chef d’état-major de l’armée russe Valery Grasimov à Moscou, en Russie, le 21 septembre 2015 (Crédit : Porte-parole de l’armée israélienne)

« Nous ne cherchons pas de conflit avec la Russie. C’est tout le contraire – au cours de récentes années, nous avons entretenu un dialogue ouvert, clair et transparent avec la Russie, quand nos opinions convergent et aussi quand elles divergent », a déclaré Liberman au journal russe.

« Nous entretenons un dialogue transparent, sans rien cacher », a-t-il déclaré.

Le ministre de la Défense a répété la politique de Jérusalem en ce qui concerne la Syrie : Israël n’interviendra pas dans la guerre civile du pays, à moins que l’une de ses « lignes rouges » ne soit franchie, notamment le transfert de systèmes d’armes avancées à des groupes terroristes, l’enracinement militaire iranien en Syrie ou une attaque sur le territoire israélien, même s’il s’agit d’un tir perdu.

« De mon point de vue, Assad est un criminel de guerre qui est responsable de la mort de plus d’un demi million de citoyens de son pays, mais nous ne prévoyons pas de nous impliquer dans les affaires internes de la Syrie », a déclaré Liberman.

« Pourtant, nous ne tolérerons pas les tentatives par l’Iran de transformer la Syrie en base avancée d’opération contre Israël. Toute tentative par l’Iran de s’installer en Syrie sera contrecarrée », a-t-il dit.

Le Ministre de la Défense a déclaré qu’il serait « très sage » pour Assad de ne pas intervenir dans les tentatives d’Israël d’empêcher l’enracinement iranien dans son pays.

« Si ses forces, ses défense aériennes nous tirent dessus, nous leur tirerons dessus », a déclaré Liberman

Le ministère de la Défense a été interrogé quand à savoir si les récentes révélations du Premier ministre Benjamin Netanyahu que le Mossad avait dérobé plus de 100 000 documents à Téhéran, qui détaillaient les efforts iraniens pour construire des armes nucléaires et les placer sur des missiles ballistiques, a offert la preuve que l’Iran avait violé l’accord de 2015 sur le nucléaire.

L’accord, aussi connu comme le Plan d’Action Global Commun, se trouve maintenant remis en question alors que le président américain Donald Trump doit décider si l’Amérique restera toujours dedans.

Liberman a refusé de commenter quant à savoir si les dossiers prouvaient que l’Iran avait violé l’accord.

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin d’enrichir de l’uranium, pourquoi a-t-il besoin d’un programme nucléaire quand ils ont d’énormes champs de gaz naturel et de pétrole ?

« Nous parlons du programme nucléaire iranien en général, pas de deux ans, de douze ans ou de vingt ans », a-t-il déclaré. « Nous nous demandons pourquoi l’Iran a-t-il besoin d’enrichir de l’uranium, pourquoi a-t-il besoin d’un programme nucléaire quand ils ont d’énormes champs de gaz naturel et de pétrole ? »

Le Ministre de la Défense a accusé l’Iran d’avoir gelé son programme d’armes nucléaires « afin de profiter au maximum de l’accord pour ensuite pouvoir y revenir ».

Le Ministre de la Défense a répété une comparaison souvent formulée par Israël entre l’accord sur le nucléaire de 2015 et l’accord de Munich en 1938, qui devait apaiser l’Allemagne nazie, mais qui a fini par conduire à la Deuxième Guerre mondiale.

« C’est exactement comme quand ils ont essayé avec Hitler, et au final, ils ont pays le prix fort. Au final, nous allons nous retrouver avec un Iran en possession de missiles nucléaires, et afin de les arrêter, nous allons devoir payer un prix encore plus fort », a déclaré Liberman.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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