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Liberman : le gouvernement donne « l’immunité » aux terroristes à Gaza

Le ministre de la Défense sortant a expliqué que le Hamas risque de devenir une armée terroriste similaire au puissant Hezbollah libanais

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre sortant de la Défense Avigdor Liberman lors d'une tournée d'adieu aux soldats dans la région de la frontière avec Gaza, le 16 novembre 2018 (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)
Le ministre sortant de la Défense Avigdor Liberman lors d'une tournée d'adieu aux soldats dans la région de la frontière avec Gaza, le 16 novembre 2018 (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Avigdor Liberman, le ministre de la Défense sortant, a fustigé ses anciens collègues du cabinet de sécurité en disant qu’ils ont « effectivement » accordé aux leaders du groupe terroriste du Hamas « l’immunité » après la série de violences intenses qui a eu lieu cette semaine.

« Cela n’a simplement aucun sens qu’après que le Hamas a lancé 500 roquettes en direction des communautés israéliennes des abords de Gaza, dans le sud du pays, les chefs du Hamas obtiennent effectivement l’immunité de la part du cabinet de sécurité », a-t-il déclaré au cours d’une tournée d’adieu dans le sud.

Liberman, qui a remis sa démission mercredi, a également averti que les politiques israéliennes envers Gaza risquaient de permettre au groupe terroriste du Hamas – qui est considéré par les militaires israéliens comme une menace comparativement faible en termes de puissance militaire brute – de devenir aussi puissant que l’armée terroriste du Hezbollah, au Liban, qui est vu comme le principal rival de l’Etat juif dans la région, doté d’un arsenal de plus de 100 000 obus de mortier, roquettes et missiles.

« Nous sommes actuellement en train de nourrir un monstre et si nous n’arrêtons pas son réarmement et la construction de ses forces – dans un an, nous aurons un clone du Hezbollah – avec tout ce que ça implique », a-t-il estimé.

Des responsables évaluent les dégâts causés à une maison après qu’elle a été frappée par une roquette tirée par des terroristes palestiniens depuis la bande de Gaza, dans la ville d’Ashkelon, au sud d’Israël, le 13 novembre 2018. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Liberman a tenu ces propos dans l’après-midi de vendredi, quelques heures avant la fin de son mandat de ministre de la Défense, suite à des rencontres avec des officiers et des soldats issus de la division de Gaza de l’armée israélienne et avec des responsables civils des communautés proches de l’enclave.

Mercredi, Liberman a annoncé qu’il démissionnait de son poste de ministre de la Défense – qu’il occupait depuis le mois de mai 2016 – en citant spécifiquement les politiques gouvernementales envers Gaza et ses gouvernants du Hamas pour expliquer son geste.

Le ministre de la Défense a répété que le problème a été la politique du cabinet et pas les actions ou les capacités des militaires.

« Il est impossible de blâmer l’armée israélienne. La responsabilité repose sur les dirigeants politiques. L’armée est soumise aux décisions prises par les dirigeants politiques », a-t-il insisté.

La démission de Liberman a eu lieu au lendemain de la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu venu mettre un terme à une flambée de violence de 25 heures ayant consisté en des tirs de roquettes et d’obus de mortier vers le sud d’Israël qui ont fait un mort et des dizaines de blessés.

« Au cours des deux dernières années, je me suis mordu la langue. J’ai tenté de changer les choses de l’intérieur mais les deux dernières décisions qui ont été prises – sur le transfert des 90 millions de dollars au Hamas au cours des six prochains mois et la décision sur le cessez-le-feu – c’est allé beaucoup trop loin », a-t-il expliqué.

Liberman se référait là à une décision d’autoriser le Qatar d’envoyer des fonds à Gaza, une somme allouée au paiement des salaires des fonctionnaires palestiniens dans la bande après que l’Autorité palestinienne a décidé de ne plus procéder à ses versements à l’enclave côtière pour punir son adversaire du Hamas.

Au début du mois, la première livraison de fonds qataris – d’un montant de 15 millions de dollars – a eu lieu à Gaza, considérée comme embarrassante pour le gouvernement israélien à cause des photos de liquidités transportées dans des valises qui ont été transmises aux médias.

Vendredi, Liberman a déclaré qu’au « moment où l’argent entre dans la bande, il n’y plus de moyen de le contrôler ».

Il a ajouté que « ces 15 millions sont exclusivement un financement du terrorisme ».

Le ministre de la Défense sortant a également noté que les premiers à avoir reçu un paiement des fonds qataris avaient été les familles de Palestiniens tués pendant les affrontements avec les soldats israéliens sur la frontière et nullement les fonctionnaires.

Dans les mois qui ont précédé la flambée de violence, Liberman a réclamé, publiquement et à plusieurs reprises, une action militaire contre le Hamas dans la bande de Gaza, clamant que c’était le seul moyen de faire revenir le calme dans les communautés du sud d’Israël, régulièrement frappées par des roquettes et des obus de mortier.

Le ministre de la Défense a répété ce positionnement vendredi, disant que l’Etat juif aurait dû lancer une campagne militaire cet été avec la fin de l’année scolaire.

« Ce n’est pas un secret, j’ai pensé que tout de suite après les examens, tout de suite après les examens du bac au mois de juillet, nous aurions dû porter un coup fort au Hamas – mais nous ne l’avons pas fait », a-t-il noté.

Dans sa démission, Liberman a rejeté la décision d’accepter un cessez-le-feu du Hamas mardi, favorisant pour sa part une contre-attaque d’ampleur, et ajoutant qu’il s’agissait d’une « capitulation devant le terrorisme ».

Il a écarté les arguments soumis par certains analystes de la Défense qui ont estimé que le gouvernement s’était retenu de mener une campagne contre le Hamas à Gaza parce qu’il préférait se focaliser sur les intentions militaires contre les menaces en Iran, en Syrie et au Liban.

« Ce sont des excuses », a-t-il affirmé.

Selon les militaires, plus de 460 roquettes et obus de mortier ont été lancés vers le sud d’Israël lundi et mardi. Le système de défense antiaérienne du Dôme de fer en a interceptés plus de cent. Les autres projectiles ont atterri dans des champs mais des douzaines se sont abattus dans des villes et municipalités israéliennes, tuant une personne, faisant des douzaines de blessés et entraînant des dégâts significatifs.

Incendie et fumée après des attaques aériennes israéliennes visant Rafah dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière avec l’Égypte, le 12 novembre 2018. (Crédit : Saïd KHATIB / AFP)

En réponse aux roquettes et aux tirs de mortier, les militaires israéliens ont fait savoir qu’ils avaient pris pour cible environ 160 sites, dans la bande de Gaza, liés au Hamas et au Jihad islamique palestinien et notamment quatre structures qualifiées par l’armée « d’atouts stratégiques majeurs ».

Le cessez-le-feu négocié par l’Egypte, qui a été annoncé mardi soir par le Hamas mais pas officiellement confirmé par Israël, semblait se maintenir vendredi matin. Toutefois, l’armée israélienne a conservé ses renforts sur place et a ordonné aux soldats de rester en état d’alerte élevé, inquiète que des violences puissent avoir lieu encore une fois à la frontière.

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