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Netanyahu défend la décision d’un cessez-le-feu face aux critiques

Avigdor Liberman a annoncé qu'il ferait une déclaration, provoquant des spéculations sur sa démission

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en réunion d'urgence à Tel Aviv, le 12 novembre 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en réunion d'urgence à Tel Aviv, le 12 novembre 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Dans les périodes d’urgence, le public ne peut pas toujours être mis dans la confidence de décisions essentielles pour la sécurité du pays et de considérations qui doivent rester secrètes pour l’ennemi », a-t-il dit. « Nos ennemis nous ont suppliés d’accepter ce cessez-le-feu et ils savent très bien pourquoi ils l’ont fait ».

« J’entends la voix des habitants du sud », a-t-il dit, « mais moi et les chefs des services de sécurité voyons une image plus large de la réalité des choses, que je ne peux pas partager avec l’opinion publique ».

M. Netanyahu s’exprimait à Sde Boker (sud) lors d’une cérémonie à la mémoire de David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs de l’Etat d’Israël.

Le cessez-le-feu tient, au moins provisoirement, entre Israël et les groupes palestiniens de Gaza après la plus sévère confrontation depuis la guerre de 2014, mais il sème la discorde dans la coalition fragilisée du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les services du ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui avait exprimé la veille son désaccord avec l’arrêt des frappes israéliennes, ont annoncé qu’il ferait une déclaration à 13H00 locales (11H00 GMT), provoquant des spéculations sur sa démission.

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a fait retentir mardi une sirène d’alerte à la roquette en prélude au débat sur Gaza au Conseil de Sécurité des Nations unies. « Chaque fois que le Hamas tire une roquette, les enfants à l’école, les adultes au travail, les familles à travers tout Israël entendent cela », a-t-il dit, avant de faire entendre l’enregistrement de la sirène.

Entre-temps, les écoliers du sud d’Israël et de la bande de Gaza ont repris la classe mercredi, trois jours après le début d’une escalade qui a vu les groupes armés palestiniens tirer des centaines de roquettes et d’obus de mortier sur Israël, et l’armée israélienne bombarder des dizaines de positions dans l’enclave.

Le groupe terroriste palestinien du Hamas et ses alliés se sont employés à véhiculer un message de succès. Après l’annonce du cessez-le-feu, des milliers de Gazaouis ont participé à des manifestations de joie pour proclamer la « victoire sur Israël ».

Des membres du Hamas lors d’un défilé à Jabalya à Gaza « en soutien à la résistance », à la suite d’un cessez-le-feu avec Israël après deux jours de violences, le 13 novembre 2018. (Crédit : capture d’écran Twitter)

Un contraste frappant avec la situation de l’autre côté de la frontière.

Nombre d’Israéliens soumis aux tirs de roquettes des Palestiniens ont exprimé dans la rue et sur les réseaux sociaux leur ressentiment contre un gouvernement qui devrait à leurs yeux frapper plus fort les groupes terroristes palestiniens. Et les divisions causées depuis des mois au sein du gouvernement par la stratégie à adopter face au Hamas ont éclaté encore davantage au grand jour.

Des centaines d’Israéliens ont manifesté mardi soir à Sdérot, commune riveraine de Gaza particulièrement concernée et surnommé la capitale des abris anti-bombes, contre le fait que le gouvernement les laisserait à la merci de nouvelles attaques au lieu de s’occuper du Hamas.

« Réveillez-vous, le sud est en train de brûler » proclamait une banderole auprès de feux de rue.

Malgré des mois de tensions persistantes le long de la frontière avec Gaza, le Premier ministre israélien a fait le choix du cessez-le-feu plutôt que de l’escalade militaire, faute d’options, s’accordent les commentateurs.

M. Netanyahu préfèrerait contenir le Hamas plutôt que de tenter de l’éliminer, inquiet soit du vide que laisserait le mouvement islamiste, soit de l’impossibilité pour Israël d’assumer la sécurité d’un territoire d’où il s’est retiré en 2005.

Lors d’une réunion du cabinet de sécurité, forum restreint chargé des questions les plus sensibles autour du Premier ministre, les responsables de l’armée et de tous les services de sécurité ont plaidé pour le cessez-le-feu, a rapporté la presse, et M. Netanyahu les a suivis, sans soumettre la question à un vote.

Le ministre de la Défense, qui a déjà dit par le passé qu’un arrangement avec le Hamas était impossible et préconisé de lui porter un « coup sévère », a immédiatement pris ses distances en publiant un communiqué pour démentir avoir soutenu un arrêt des opérations israéliennes.

Un autre pilier de la coalition et partisan de la manière forte, le ministre de l’Education et chef du parti nationaliste religieux HaBayi HaYehudi, Naftali Bennett, a fait de même. L’opposition d’Avi Gabbay a également attaqué M. Netanyahu sur le fait qu’il ne saisit pas l’occasion d’un règlement diplomatique.

La députée Shelly Yachimovich, l’un des principaux membres de l’Union sioniste, s’est quant à elle félicitée de la déclaration du cabinet. « La déclaration révèle que les efforts pour calmer la situation vont se poursuivre et que c’est une bonne chose, surtout face aux appels irresponsables à lancer une opération terrestre », a déclaré Yachimovich.

« Personne ne comprend mieux que le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] à quel point il est facile de faire des déclarations absurdes et dénuées de sens sur le fait de contenir et de renverser le Hamas, et combien le coût en sang d’une opération terrestre majeure [à Gaza] laissera les choses inchangées. »

Yachimovich faisait référence à une séquence largement diffusée mardi sur les médias sociaux israéliens montrant le dirigeant de l’opposition à l’époque, Netanyahu, critiquant le gouvernement Olmert pour sa recherche du calme à Gaza au milieu de tirs de roquettes.

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