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L’incendiaire du Habad de Boston de 2019 était déjà connu du FBI au moment des faits

Le FBI et la police locale ont mis plusieurs mois à relier le défunt frère d'Alexander Giannakakis aux incendies du Habad de Boston en 2019, date à laquelle il était dans le coma

Julie Flaherty, la chef de la police d'Arlington, s'exprime lors d'une conférence de presse dans le commissariat de police de la ville, en présence du rabbin Avi Bukiet, deuxième à gauche, le 17 mai 2019. 
(Penny Schwartz)
Julie Flaherty, la chef de la police d'Arlington, s'exprime lors d'une conférence de presse dans le commissariat de police de la ville, en présence du rabbin Avi Bukiet, deuxième à gauche, le 17 mai 2019. (Penny Schwartz)

JTA — Une série d’incendies criminels contre des institutions juives dans le Massachusetts en 2019 a probablement été perpétrée par un homme qui a un jour écrit : « Nous devons tuer tous les Juifs ».

Mais alors que l’homme faisait l’objet d’une enquête pour terrorisme domestique au moment des faits et que la police avait recueilli des preuves qui le liaient aux incendies criminels très rapidement, il n’a été identifié comme suspect que des mois plus tard. À ce moment-là, il était dans un coma dont il ne s’est jamais remis.

Les procureurs fédéraux ont révélé ces détails mercredi avec l’annonce de l’inculpation du frère de l’incendiaire présumé, qui est accusé d’avoir entravé l’enquête en ayant emporté des preuves des actes antisémites de son frère en Suède, là où il vivait.

Alexander Giannakakis a été arrêté mercredi près de Stockholm par les forces de l’ordre suédoises et risque d’être extradé vers les États-Unis. Il avait travaillé comme agent de sécurité pour l’ambassade des États-Unis en Suède.

Le FBI pense que le frère de Giannakakis était l’incendiaire à l’origine de trois incendies dans deux centres juifs Habad et d’un quatrième incendie criminel visant une entreprise affiliée à un Juif en mai 2019. Le nom de l’incendiaire présumé n’est pas divulgué car il est décédé.

Le rabbin de l’un des centres Habad a déclaré qu’il était reconnaissant envers les forces de l’ordre et a remercié Dieu d’être sorti indemne de l’incendie criminel.

« Nous avons considéré l’incident comme une impulsion pour grandir parce que nous pensons que la meilleure façon de combattre l’antisémitisme est d’en faire encore plus, de répandre plus de lumière et d’amour dans le monde », a déclaré le rabbin Mendy Krinsky du centre juif Habad à Needham, dans le Massachusetts, à la Jewish Telegraphic Agency.

« C’est la meilleure façon. Un peu de lumière dissipe beaucoup d’obscurité. »

Le rabbin Mendy Krinsky et sa femme, Chanie, du Centre juif Habad de Needham, MA, posent à côté de l’endroit où quelqu’un a tenté de mettre le feu à leur maison Habad en mai 2019. (Jessica Rinaldi/The Boston Globe/Getty Images via JTA)

Les procureurs retenu le caractère antisémite des incendies criminels, qui a  été qualifié de terrorisme intérieur. Selon l’acte d’accusation, Giannakakis, 35 ans, a menti aux enquêteurs et a dissimulé des preuves qui pourraient lier son frère au crime, notamment un T-shirt orné d’une croix gammée, un carnet avec une croix gammée dessinée à l’intérieur et une bouteille de cyanure.

Le pyromane présumé avait rédigé des diatribes antisémites, griffonné des slogans nazis et les déclarations : « Un monde sans juif, est un monde sans racaille. Quelque chose que nous devrions espérer » et « Nous devons tuer, nous devons tuer tous les Juifs. C’est tout simplement primordial. »

Pour Robert Trestan, le directeur régional de la Nouvelle-Angleterre au sein de l’Anti-Defamation League, les révélations sur la motivation probable des attentats valident les craintes des Juifs concernant la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

« L’acte d’accusation est une fois de plus un autre rappel que l’antisémitisme est plus qu’un concept », a déclaré Trestan à JTA. « Cela motive les gens à commettre des actes de violence qui mettent la vie des Juifs en danger dans tout le pays. S’ils prennent la menace posée par l’antisémitisme très au sérieux, nous devrions en faire de même, en accordant la priorité à la sécurité, en sensibilisant à la menace que représente l’antisémitisme et en combattant sans relâche toutes les formes d’antisémitisme. »

Au moment des incendies criminels, le défunt frère d’Alexander Giannakakis faisait l’objet d’une enquête du groupe de travail conjoint sur le terrorisme du FBI dans le cadre d’une enquête sur un groupe soupçonné de « planifier des activités criminelles à l’appui de leur idéologie extrémiste violente à motivation raciale », selon l’acte d’accusation.

Des images de caméras de sécurité montrent qu’un policier souhaite interroger un individu à propos d’un incendie au domicile d’un rabbin, qui sert de centre communautaire Habad, à Arlington, MA, le 11 mai 2019. (Capture d’écran)

Mais le FBI et la police locale n’ont lié l’homme aux incendies criminels que bien plus tard, apparemment parce que les forces de l’ordre de l’État n’avaient pas fini d’analyser les empreintes digitales trouvées sur les lieux de l’un des incendies criminels durant les neuf mois d’enquête.

Le premier incendie avait eu lieu au centre juif Habad à Arlington, dans le Massachusetts, le 11 mai 2019. Cinq jours plus tard, le 16 mai, un autre incendie s’y est déclaré, suivi d’un troisième incendie au centre juif Habad à Needham.

La police locale et le FBI avaient lancé une enquête, et les incendies avaient fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pendant des mois, l’enquête n’a fourni que très peu d’indices, sans témoin, ni empreinte digitale, ni image de vidéosurveillance.

Mais à l’insu des enquêteurs, les forces de l’ordre avaient déjà la clef de l’affaire.

Le 26 mai, un autre incendie criminel s’est produit, cette fois dans une entreprise. Un témoin oculaire a vu un suspect qui s’est ensuite enfui des lieux tout en jetant une boite d’acétone, un liquide hautement inflammable. La police a saisi la boite d’acétone et l’a soumise pour analyse d’empreintes digitales. Personne dans les forces de l’ordre n’a lié ce quatrième incendie criminel aux trois précédents, selon l’acte d’accusation.

Il a fallu attendre février 2020, environ neuf mois plus tard, pour que la police d’État analyse les empreintes digitales et les identifie. Une fois que cette personne a été identifiée et que le FBI s’est rendu compte qu’il était visé par une enquête distincte pour terrorisme domestique ciblant un groupe soupçonné de planifier des attentats terroristes, il est devenu le principal suspect dans les trois incendies criminels de Habad.

Mais à ce moment-là, le suspect était dans le coma. Il avait été hospitalisé en novembre 2019 pour des raisons que l’acte d’accusation ne précise pas. Il est décédé en septembre 2020.

Les enquêteurs ont interrogé Giannakakis et ont appris plus tard qu’il leur avait menti et caché des objets appartenant à son frère qui montraient qu’il nourrissait une haine des Juifs, rapporte l’acte d’accusation. L’accusation la plus grave à laquelle Giannakakis fait face est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans.

« Les enquêteurs ont suivi toutes les pistes dans cette affaire, suivant littéralement l’affaire dans le monde entier », a déclaré la chef de la police d’Arlington, Julie Flaherty, dans un communiqué. « Ces crimes ont profondément ébranlé notre communauté, et j’espère sincèrement que le travail d’équipe international des autorités américaines et suédoises qui a résolu cette série de crimes haineux apportera un certain réconfort aux victimes. »

Penny Schwartz a contribué à cet article.

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