L’investissement chinois en Israël nuira-t-il aux échanges avec Washington ?
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L’investissement chinois en Israël nuira-t-il aux échanges avec Washington ?

En visite en Israël, le ministre responsable de l’Energie a déclaré que Washington voulait que Jérusalem contrôle mieux les investissements étrangers

Le vice-président chinois Wang Qishan (à droite) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sommet israélien de l'Innovation, à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : Ariel Schalit / POOL / AFP)
Le vice-président chinois Wang Qishan (à droite) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sommet israélien de l'Innovation, à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : Ariel Schalit / POOL / AFP)

Mardi, un haut responsable américain dans le domaine de l’énergie a déclaré que si Israël ne mettait pas en place des procédures de contrôle plus strictes en matière de surveillance des investissements chinois, l’échange de renseignement entre les deux alliés pourrait être menacé.

Dan Brouillette, le ministre américain de l’Energie, était en visite en Israël pour mener des rencontres, dont des discussions avec Yuval Steinitz, ministre de l’Energie et chef du directoire virtuel d’Israël, a annoncé Bloomberg.

La Chine et Israël ont renforcé leurs liens commerciaux au cours des dernières années et ont lancé des négociations en vue d’un traité de libre échange.

Tout en appelant à surveiller tous les investissements étrangers, Brouillette a clairement expliqué que la Chine était la principale source de préoccupations.

La semaine dernière, le chef de l’agence de sécurité israélienne du Shin Bet aurait soulevé des préoccupations similaires au sujet de l’implication de la Chine dans l’infrastructure nationale du pays.

Brouillette a encouragé Israël à prendre des « mesures agressives » pour surveiller les investissements étrangers afin de se protéger contre toute faiblesse dans l’infrastructure israélienne qui pourrait compromettre l’échange de renseignements avec les Etats-Unis.

« Nous savons que la menace grandit de jour en jour, a déclaré Brouillette aux journalistes. Nous allons partager nos expériences avec la Chine et faire savoir à tout le monde que nous avons des inquiétudes quant à certaines activités que nous voyons venir de Chine, spécifiquement de certaines entreprises ».

Le vice-président chinois Wang Qishan (à droite) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sommet israélien de l’Innovation, à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : Ariel Schalit / POOL / AFP)

Brouillette a dit que les Etats-Unis aideraient Israël à mettre en place un système similaire à celui du Comité des investissements étrangers aux Etats-Unis. Il s’agit d’un groupe inter-agence qui examine les implications et l’influence des investissements étrangers sur l’infrastructure nationale américaine.

« Nous évaluons les investissements étrangers aux Etats-Unis de très, très près, a-t-il noté. Nous espérerions qu’Israël adopte une démarche similaire ».

Il est probable que d’autres officiels américains viennent en Israël pour aider à mettre en place une procédure de filtrage, tout particulièrement de la part du ministère des Finances américain, a ajouté Brouillette.

Après une rencontre entre Steinitz et Brouillette, le ministère de l’Infrastructure nationale et de l’Energie a déclaré dans un communiqué que le ministre américain « avait soulevé des préoccupations sur les investissements étrangers en Israël, et qu’il avait exprimé un espoir pour continuer à dialoguer sur des meilleures pratiques ».

Ils ont aussi discuté du développement de l’exploitation des réserves de gaz naturel offshore d’Israël et de la coopération énergétique avec l’Egypte, a précisé le communiqué.

La semaine dernière, la Dixième chaîne a annoncé que le chef du service de sécurité du Shin Bet, Nadav Argaman, avait prévenu que des investissements massifs chinois en Israël pouvaient constituer un danger à la sécurité nationale.

« L’influence chinoise en Israël est particulièrement dangereuse en termes d’infrastructure stratégique et des investissements dans des grandes entreprises, a déclaré Nadav Argaman lors d’un discours prononcé à huis clos à l’université de Tel Aviv lundi.

Argaman – qui dans son discours a également prévenu de l’implication étrangère dans les prochaines élections israéliennes – a noté que des entreprises chinoises allaient prendre le contrôle du port de Haifa et de la construction du tramway de Tel Aviv. Des entreprises chinoises cherchent activement à acheter des entreprises israéliennes majeures.

Le poste de pilotage de l’USS George H.W. Bush, au large de Haïfa, le 1er juillet 2017. (Crédit : Momi Gabay/Haifa Port Authority)

Argaman a conseillé la Knesset de passer une loi pour encadrer les investissements étrangers en Israël.

Des entreprises chinoises ont fait des incursions importantes en Israël, y compris en prenant le contrôle du géant alimentaire Tnuva en 2014 et avec des accords pour gérer les ports clefs de Haïfa et d’Ashdod.

Lors de sa visite en Israël plus tôt ce mois, le Conseiller à la sécurité nationale John Bolton a encouragé des officiels israéliens à adopter une position plus dure contre les fabricants électroniques chinois ZTE et Huawei, a déclaré un officiel américain mercredi dernier.

« Nous sommes tous préoccupés par le vol de propriété intellectuelle et des entreprises chinoises de télécommunication qui sont utilisées par la Chine afin de collecter des renseignements, a déclaré le responsable de l’administration qui a été mis au courant des discussions, selon Reuters.

A en croire le rapport, l’administration ne veut pas qu’il y ait d’obstacles pour bloquer le partage d’informations sensibles avec les Israéliens. L’officiel a notamment souligné les craintes sur les investissements et la technologie chinoise dans le port de Haifa.

A LIRE : Israël a-t-il fait une erreur en donnant la gestion du port de Haïfa à la Chine?

« Nous avons particulièrement mis cette question à l’ordre du jour », a dit l’officiel.

Au cours des récentes semaines, plusieurs analystes et officiels ont exprimé des préoccupations importantes au sujet de l’accord qui placerait le groupe international Shanghai à la tête du terminal de containers du port de Haifa à partir de début 2021.

Autoriser Pékin à mettre un pied dans un endroit aussi important stratégiquement, à proximité d’une base navale israélienne, craignent-ils, pourrait compromettre des atouts israéliens en matière de renseignements et même conduire les navires américains à éviter de se mettre à quai à Haifa.

En octobre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le vice-président de Chine Wang Qishan ont co-accueilli une conférence d’innovation et de commerce de haut rang à Jérusalem. A l’époque, Netanyahu avait annoncé que les deux pays mettraient en place un accord de libre échange en 2019, et que la Chine prévoyait d’investir massivement dans l’infrastructure israélienne, y compris dans de nouveaux ports et le tramway.

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