Rechercher

L’Iran gagne du terrain en Amérique latine, prévient Ivan Duque, en visite en Israël

Selon l'ex-président colombien, les dirigeants du Venezuela et du Nicaragua se rapprochent de Téhéran, ce qui fait courir le risque d'une activité du Hezbollah dans la région

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ex-président colombien Ivan Duque, le 23 mai 2023. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
L'ex-président colombien Ivan Duque, le 23 mai 2023. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

« L’Iran bénéficie d’un environnement de plus en plus amical dans certaines régions d’Amérique latine », a déclaré l’ancien président colombien, Ivan Duque, de passage à Jérusalem cette semaine.

« C’est le cas de Nicolas Maduro, devenu un grand ami de l’Iran », a déclaré Duque mardi à propos du président socialiste du Venezuela.

« C’est aussi le cas de Daniel Ortega au Nicaragua », a-t-il poursuivi, évoquant le président du Nicaragua.

Maduro a en effet reçu le ministre iranien des Affaires étrangères à Caracas, en février dernier, et signé un accord de coopération d’une durée de 20 ans en matière pétrolière, militaire et économique à l’occasion d’un déplacement à Téhéran en juin dernier.

Maduro et son prédécesseur, Hugo Chávez, sont considérés comme antisémites, en raison de leurs relations étroites avec l’Iran, de leurs critiques virulentes d’Israël et du traitement brutal imposé aux communautés juives du Venezuela.

Ortega a accueilli le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, en février dernier, au moment où le président nicaraguayen défendait le droit de Téhéran à se doter de l’arme nucléaire.

Duque, qui a perdu les élections face à l’ex-rebelle de gauche Gustavo Petro en 2022, s’est entretenu, mardi, avec le Times of Israel à son hôtel de Jérusalem.

Il se trouve en Israël pour s’entretenir avec des dirigeants et entrepreneurs israéliens, dans le cadre d’une délégation du Woodrow Wilson Center de Washington, dont il est un membre éminent.

Il a visité un tunnel creusé par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à la frontière nord d’Israël.

Duque a contribué à l’amélioration des relations avec Israël durant ses quatre années à la présidence. Il s’y était d’ailleurs rendu en 2021 pour inaugurer un bureau de commerce et d’innovation à Jérusalem, signe d’approfondissement des relations déjà étroites entre Israël et un de ses alliés clés en Amérique du Sud.

Il a accusé son successeur, premier président de gauche du pays, « de renforcer les liens avec l’Iran ».

« De mon point de vue, c’est inquiétant », a-t-il déclaré.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, troisième à gauche, passe en revue une garde d’honneur, aux côtés de son homologue iranien Ebrahim Raisi, à gauche, lors d’une cérémonie officielle au palais Saadabad à Téhéran, en Iran, le 11 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Une délégation iranienne conduite par le vice-ministre des Affaires étrangères avait effectué le déplacement à Bogota, en février dernier.

Petro est un virulent critique d’Israël, qui n’hésite pas à comparer le traitement réservé aux Palestiniens aux « discriminations » imposées aux Juifs par les nazis.

En 2017, il s’était opposé à la décision américaine de reconnaître Jérusalem capitale d’Israël et avait accusé l’armée israélienne d’avoir perpétré un « massacre » contre les Gazaouis en mai 2018, lors de violentes manifestations, à la frontière, contre le transfert de l’ambassade américaine.

Un diplomate israélien a expliqué que Jérusalem connait Petro depuis ses années à la tête de la mairie de Bogota entre 2014 et 2015.

Le nouveau Président colombien Gustavo Petro (au centre) célèbre sa victoire au second tour des élections présidentielles aux côtés de son épouse Veronica Alcocer et de sa coéquipière Francia Marquez à l’Aréna Movistar de Bogota, le 19 juin 2022. (Crédit : Daniel MUNOZ / AFP)

Selon lui, Israël « ne s’attend à aucun changement » dans les relations entre les deux pays.

« Les intérêts communs et le fait de considérer Israël comme un partenaire précieux sont ce qui maintient les liens, même en cas de changement de gouvernement », a précisé le diplomate.

« Il ne fait aucun doute que l’actuel président est plus critique et davantage pro-palestinien », a-t-il ajouté.

Duque a également mis en garde contre la présence dans la région du Hezbollah, allié de l’Iran basé au Liban.

En 2020, son administration l’avait désigné comme groupe terroriste.

Le président colombien Ivan Duque porte un toast avec le président Isaac Herzog, à Jérusalem, le 9 novembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Je m’inquiète de la réouverture totale de la frontière entre le Vénézuéla et la Colombie, car cela peut permettre aux membres du Hezbollah d’entrer en Colombie », a-t-il déclaré, tout en ajoutant que la police et les services de renseignement de son pays luttaient contre la présence du Hezbollah, quelles que soient les forces au pouvoir. « Il est clair que la Colombie ne tolérera pas la présence de terroristes internationaux sur son sol. »

Duque a également souligné une tendance « croissante à l’antisémitisme de la part des dirigeants autocratiques de la région » et fait valoir que le soutien à Israël et à la communauté juive n’était pas une question de droite ou de gauche, mais bien plutôt de démocratie contre autoritarisme.

« À mon sens, Israël est une démocratie forte, qui repose sur les libertés fondamentales et fondée sur l’innovation, le capital humain », a-t-il poursuivi.

« Je pense donc qu’aujourd’hui, les régimes qui sont opposés à ces principes, sont ceux qui sont antisémites. »

Une femme et des enfants passent devant une fresque murale représentant le président du Nicaragua, Daniel Ortega, à Managua, le 10 janvier 2022, premier jour de son quatrième mandat. (Crédit : Oswaldo RIVAS / AFP)

« Je pense que c’est plus une question d’autocraties et de régimes opposés aux démocraties, et aux libertés religieuses. »

Le diplomate israélien a expliqué que la victoire des dirigeants de gauche en Amérique latine, ces derniers temps, avait peu de choses à voir avec Israël, mais traduisait un mécontentement de la population envers les élites au pouvoir.

« Or, les relations se font avec les nations, pas seulement avec les gouvernements », a-t-il souligné, ajoutant que des pays comme l’Équateur ou l’Uruguay avaient viré à droite au cours de la même période.

Indépendance judiciaire

En ce qui concerne le débat qui fait rage en Israël à propos du projet de réforme du système judiciaire du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Duque estime que cela fait partie « d’un mouvement général, dans le monde entier, de réforme de la justice ».

Le gouvernement de Duque a lui-même institué une réforme judiciaire controversée, afin de modifier le mode de sélection des juges et les pouvoirs dont ils jouissent.

Des manifestants allumant des fusées éclairantes lors d’une manifestation contre le projet de réforme du système judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 20 mai 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Il a souligné l’importance de l’indépendance des juges qui, selon les opposants au projet de réforme en Israël, serait compromise.

« Je peux vous dire d’expérience que les réformes judiciaires sont nécessaires », a-t-il déclaré.

« Elles doivent être progressives et régulières, et garantir une chose : l’indépendance du système judiciaire. »

Duque fait valoir que sa réforme « a permis, non seulement, d’améliorer la qualité de la justice rendue, mais aussi celle de la sélection des juges, débarrassée de ses influences politiciennes, adossée à une véritable évaluation des professionnels du droit ».

« Nous avons également mis en place en Colombie un système de surveillance du comportement de ceux qui exercent le pouvoir judiciaire. Et ce mécanisme disciplinaire est garanti par des juges indépendants », a-t-il ajouté.

Selon lui, deux principes devraient guider toute réforme : l’indépendance judiciaire et l’existence d’un « pont » entre les camps qui s’opposent.

Les partisans des efforts de réforme judiciaire du gouvernement rassemblés, à Jérusalem, le 27 avril 2023. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Duque ne pense pas que le projet de réforme nuise à la réputation d’Israël vis-à-vis de ses alliés occidentaux.

« Je crois que la réputation d’Israël s’affranchit de toute considération politicienne, parce que le pays est réputé pour la vigueur de sa démocratie », a-t-il dit. « C’est un pays respectueux de la séparation des pouvoirs et des décisions prises par des organes indépendants. »

Il a en revanche ajouté qu’avec ce projet de réforme, Netanyahu, avec lequel il a signé un accord de libre-échange en 2020, se mettait en difficulté vis-à-vis des puissances occidentales et ses partenaires de coalition de droite.

« Pour moi, Netanyahu est crédible : il a su établir une relation durable avec les membres des partis Républicain et Démocrate », a-t-il déclaré.

« Je crois que c’est une erreur de faire qu’aux États-Unis, et peut-être même au sein des partis politiques, se développe un clivage autour d’Israël. »

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : [email protected]
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à [email protected].
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.