L’ONU confirme l’existence d’un tunnel en Israël près de la frontière libanaise
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L’ONU confirme l’existence d’un tunnel en Israël près de la frontière libanaise

Qualifiant cet incident de "grave", la FINUL annonce qu'elle s'entretiendra avec les autorités libanaises au sujet du tunnel d'attaque présumé du Hezbollah

Des soldats israéliens montrent au commandant de la FINUL, le général de division Stefano Del Col, un tunnel du Hezbollah qui a pénétré en territoire israélien depuis le sud du Liban le 6 décembre 2018. (Armée israélienne)
Des soldats israéliens montrent au commandant de la FINUL, le général de division Stefano Del Col, un tunnel du Hezbollah qui a pénétré en territoire israélien depuis le sud du Liban le 6 décembre 2018. (Armée israélienne)

L’ONU a confirmé jeudi l’existence d’un tunnel en Israël près de la frontière du Liban, parlant d’une découverte « grave ».

La Force intérimaire de l’ONU (Finul) a fait cette annonce dans un communiqué après une visite dans un secteur près de la ville frontalière de Metula dans le nord d’Israël.

Le tunnel, ainsi que deux autres que l’armée israélienne a déclaré chercher dans la partie occidentale de la Galilée, a été découvert dans le cadre de l’opération militaire récemment lancée pour trouver et détruire les tunnels du Hezbollah, baptisée l’opération Bouclier du Nord.

La force de l’ONU ne mentionne pas l’organisation terroriste chiite libanaise du Hezbollah, ennemi juré d’Israël qui n’a toujours pas réagi aux accusations israéliennes.

Le général Stefano Del Col, le commandant de la Finul, accompagné d’une équipe technique, s’est rendu jeudi dans un secteur « où Israël avait dit avoir découvert un tunnel proche de la ligne bleue », fixant la frontière libano-israélienne, selon le communiqué.

« Après inspection du site, la Finul peut confirmer l’existence d’un tunnel dans cette zone », a ajouté le texte. La Finul est « engagée avec les parties pour assurer d’urgence un suivi (de la situation). Il est très important d’avoir une idée complète de cet évènement grave ».

L’organisation internationale a indiqué qu’elle allait envoyer les « résultats préliminaires » aux autorités libanaises concernées.

Mardi, Israël a annoncé avoir découvert des tunnels du Hezbollah, son ennemi juré soutenu par l’Iran, infiltrant son territoire depuis le Liban, et a lancé une opération pour les détruire.

Si l’organisation terroriste chiite a effectivement creusé le tunnel, cela constituerait sans aucun doute une violation de la résolution 1701 de l’ONU, qui a mis fin à la deuxième guerre du Liban entre Israël et le Hezbollah en 2006 et qui exigeait que tous les groupes armés, en dehors de l’armée libanaise, demeurent au Nord du Litani, le fleuve qui traverse le pays.

La mission principale de la FINUL est de faire respecter la résolution 1701 de l’ONU, tâche que les responsables israéliens reprochent régulièrement à la force de maintien de la paix de ne pas faire.

« Tsahal considère que le gouvernement libanais, l’armée libanaise et la FINUL sont responsables de tout ce qui se passe au Liban et de l’application de la résolution 1701 », a déclaré l’armée dans un communiqué.

En plus de montrer à Del Col le tunnel au sud de Metulla, l’armée israélienne a indiqué qu’elle avait présenté au général des informations concernant un deuxième tunnel qui avait pris naissance sous un certain nombre de maisons dans le village libanais à majorité chiite de Ramiyeh et traversait le territoire israélien près du village de Zarit, en Galilée occidentale.

Un porte-parole de Tsahal a déclaré que l’armée était convaincue que le tunnel existait et avait pénétré en territoire israélien, mais qu’elle était jusqu’à présent incapable de localiser une ouverture spécifique à cause du terrain rocailleux et des intempéries qui ont récemment touché le pays.

L’armée israélienne a demandé à la FINUL et à l’armée libanaise de détruire le tunnel à l’intérieur de Ramyeh alors qu’elle s’efforçait de trouver une ouverture pour le passage souterrain du côté israélien de la frontière.

La FINUL n’a pas confirmé pour l’instant qu’elle avait reçu une telle demande de la part d’Israël.

Les forces israéliennes opèrent actuellement dans trois secteurs le long de la frontière d’ouest en est, selon le porte-parole de Tsahal, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

L’armée israélienne estime que les tunnels devaient être utilisés par le Hezbollah comme une composante surprise d’une salve d’ouverture dans une guerre future, parallèlement à l’infiltration massive d’agents en surface et au lancement de roquettes, missiles et obus de mortier dans le nord d’Israël.

Un haut responsable israélien a déclaré jeudi que les tunnels découverts à l’intérieur d’Israël étaient suffisamment grands pour être utilisés par des « bataillons entiers » pour entrer sur le territoire israélien afin de « procéder à des tueries et à des enlèvements et pour prendre des villes et villages israéliens ».

Jeudi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a emmené des diplomates basés en Israël à la frontière avec le Liban pour leur montrer les tunnels souterrains, les exhortant à condamner et à sanctionner l’organisation terroriste chiite pour ses agissements agressifs.

« Si vous examinez les tunnels du Hamas, vous constaterez qu’ils sont très étroits, essentiellement pour une seule personne. Les tunnels du Hezbollah sont larges. Ils permettent à plusieurs personnes de se déplacer en même temps et aussi de faire passer des motos, des tracteurs, et ainsi de suite », leur a-t-il expliqué.

Ceci, a ajouté M. Netanyahu, « afin d’introduire de nombreuses forces, simultanément, c’est-à-dire plusieurs bataillons sur notre territoire, dans le but d’attaquer nos localités, villes, kibboutzim, et ensuite de lancer une campagne de meurtres et enlèvements, qui pourraient se dérouler simultanément ».

Le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eizenkot, (au centre), effectue une visite aux soldats à la recherche de tunnels d’attaque du Hezbollah sur la frontière israélo-libanaise le 4 décembre 2018. (Armée israélienne)

Le nombre de tunnels que l’armée israélienne estime que l’organisation terroriste libanaise a creusés en Israël, ainsi que d’autres informations liées à l’opération de destruction de tunnels de l’armée, ne peuvent être publiés sur ordre de la censure militaire.

Selon Conricus, le tunnel du village à prédominance chiite de Ramyeh n’était pas encore opérationnel car il n’avait pas de point de sortie et ne représentait pas une menace immédiate pour les habitants de la région, tout comme le tunnel découvert mardi au sud de Metulla.

Le Premier ministre Netanyahu (à droite) fait le point avec des diplomates étrangers sur la frontière entre Israël et le Liban, le 6 décembre 2018. (Haim Tzach/GPO)

Plus tôt jeudi, un haut responsable israélien a annoncé que l’armée israélienne risquait d’être contrainte de prolonger son opération actuelle de destruction de tunnels à travers la frontière et en territoire libanais.

« Il est possible que nous soyons obligés d’agir à l’intérieur du Liban », a déclaré le responsable, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

L’opération Bouclier du Nord a été lancée plus tôt cette semaine par crainte que les détails de l’opération ne fassent l’objet d’une fuite et ne soient révélés au Hezbollah, a ajouté le haut responsable.

« Si le Hezbollah avait su que nous connaissions [l’existence des tunnels], cela aurait accéléré leurs efforts d’enlèvement, et nous ne voulions pas que les ravisseurs s’infiltrent en Israël et enlèvent un soldat ou un civil, et que personne ne sache rien à ce sujet », a-t-il précisé.

La décision d’entreprendre l’opération a été prise le 7 novembre, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement a décidé de ne pas lancer une grande campagne militaire contre le Hamas à Gaza, a ajouté le responsable. « Il y avait aussi d’autres raisons, mais c’en était une ».

Des soldats de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) patrouillent le long du mur frontalier avec Israël près du village de Kfar Kila, au sud du Liban, le 4 décembre 2018. (Mahmoud ZAYYYAT / AFP)

Jeudi, s’adressant aux diplomates étrangers invités à découvrir les tunnels souterrains à la frontière avec le Liban, Benjamin Netanyahu leur a déclaré : « Israël attend une condamnation sans équivoque du Hezbollah, l’imposition de sanctions supplémentaires à l’Iran, une condamnation du gouvernement libanais et une demande qu’il cesse de donner son approbation pour l’utilisation de son territoire pour ces attaques contre Israël ».

« Tout cela sera abordé lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a exigée. Il s’agit d’une mesure politique et diplomatique importante qui complète nos efforts opérationnels et techniques pour priver le Hezbollah et l’Iran de l’arme des tunnels » a-t-il précisé.

« Nous priverons systématiquement et résolument nos ennemis de l’arme des tunnels. Nous le faisons avec le Hamas et avec le Hezbollah ; nous ferons tout ce qui est nécessaire », a-t-il ajouté.

Pour M. Netanyahu, le Hezbollah, comme le mouvement palestinien Hamas agissent, pour le compte de l’Iran, autre bête noire d’Israël. « Quiconque nous attaque verra couler son propre sang », a-t-il dit. « Le Hezbollah le sait et le Hamas le sait aussi ».

L’opération Bouclier du Nord ne fait que commencer, mais à la fin, « l’arme des tunnels, dans laquelle le Hezbollah a tant investi, n’existera plus et ne sera plus en état de nuire ».

Netanyahu a également abordé avec les diplomates étrangers la question de l’Iran, qualifiant la République islamique de plus grand ennemi d’Israël.

« Ce à quoi nous faisons face, c’est à un grand ennemi. Cet ennemi s’appelle l’Iran », a-t-il dit.

« L’Iran essaie d’agir à deux niveaux : Le premier est de développer un arsenal nucléaire. Nous nous occupons de cela par d’autres moyens, notamment en dévoilant les archives nucléaires et l’entrepôt nucléaire secret à Téhéran. La deuxième chose que fait l’Iran, c’est mettre au point des armes conventionnelles contre nous dans sa guerre déclarée pour annihiler Israël. Ils le déclarent ouvertement tous les jours. »

Plus d’une douzaine d’ambassadeurs ont participé à la séance d’information ce jeudi matin brumeux, parmi lesquels ceux de l’Union européenne, de la France, du Royaume-Uni, de la Russie, de la Hongrie et de la Pologne.

Le Liban porte plainte contre Israël

A Beyrouth, le ministre des Affaires étrangères Gebrane Bassil a demandé à l’ambassadeur libanais à l’ONU de « déposer une plainte contre Israël », selon un communiqué. Il a accusé l’Etat hébreu de mener une « campagne diplomatique et politique contre le Liban, en prélude à des agressions » contre ce pays.

Du côté libanais de la frontière, des habitants du village de Kfar Kila ont reçu sur leurs téléphones portables des messages vocaux enregistrés en arabe de la part d’Israël, leur demandant de se distancer du Hezbollah et de cesser de coopérer avec lui, selon l’agence nationale d’informations libanaise.

« Votre village risque d’être en danger en raison de la présence de tunnels liés au (Hezbollah) près de vos maisons », est-il écrit dans le message selon l’agence.

L’opération israélienne contre ces tunnels est le dernier épisode en date de la confrontation avec le Hezbollah de part et d’autre de la frontière libano-israélienne.

Leur dernier conflit d’envergure remonte à 2006 lors d’une guerre de 33 jours suite à une vaste offensive après l’enlèvement de deux soldats israéliens. Le Hezbollah n’avait pas été neutralisé, Israël ayant cédé aux pressions internationales.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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