Rechercher

L’UE débloque l’aide à l’AP retardée par la controverses sur les manuels scolaires

La Commission européenne a voté l’octroi de plus de 200 millions de dollars aux Palestiniens ; on ignore si les mentions controversées des manuels scolaires ont été retirées

Un ouvrier sur une grue ajuste les drapeaux de l’UE devant le siège de l’UE à Bruxelles, le 23 juin 2016. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo, Archive)
Un ouvrier sur une grue ajuste les drapeaux de l’UE devant le siège de l’UE à Bruxelles, le 23 juin 2016. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo, Archive)

La Commission européenne a voté, lundi soir, le versement de fonds longtemps bloqués à l’Autorité palestinienne. Depuis des mois, des centaines de millions d’euros étaient bloqués dans l’attente de savoir s’il fallait conditionner l’aide à une réforme des manuels scolaires de l’AP, ont déclaré trois sources proches de la question au Times of Israel.

Un vote a eu lieu à la Commission européenne pour débloquer l’aide, de l’ordre de 220 millions de dollars, soutien budgétaire direct à l’Autorité palestinienne. Le commissaire européen Oliver Varhelyi avait proposé de subordonner une partie des fonds à la réforme des manuels scolaires palestiniens afin de supprimer des mentions relevant de l’incitation à la haine. S’en était suivi une bataille de plusieurs mois, à Bruxelles, entre tenants et opposants de cette mesure.

Les responsables palestiniens ont affirmé que le financement avait été octroyé sans condition. Les résultats du vote ne sont toutefois pas encore publics, et l’envoyé de l’UE auprès des Palestiniens a refusé de commenter ce point.

Le déblocage des fonds intervient alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, entame une visite de trois jours en Israël et en Cisjordanie. Elle doit rencontrer le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, mardi, à Ramallah.

L’Union européenne, premier donateur de l’AP, contribue à payer les salaires des nombreux fonctionnaires de l’AP, constituant une part importante de l’économie de la Cisjordanie. Entre 2008 et 2020, Bruxelles a versé quelque 2,5 milliards de dollars d’aide budgétaire directe à l’AP.

Cela fait longtemps que les manuels scolaires de l’AP font l’objet de controverses. Certains les critiquent pour encouragement à la violence et incitation au terrorisme, là où l’AP parle de reflet fidèle du récit national palestinien.

Fin 2021, un haut fonctionnaire de la Commission européenne, Oliver Varhelyi – un conservateur proche de l’homme fort hongrois Viktor Orban – a proposé de subordonner l’octroi de 10 millions de dollars d’aide de l’UE à l’AP à la réforme des manuels scolaires.

En proie à des difficultés financières durables et à une diminution du soutien international, Ramallah a durement encaissé le coup de la perte de financement de l’UE.

Responsables palestiniens et israéliens ont indiqué que le budget de l’AP pourrait même s’effondrer, en l’absence d’aide.

De nombreux fonctionnaires de l’AP font face depuis des mois à des salaires versés partiellement ou avec retard. Parallèlement, l’AP a accumulé les retards de paiement à Israël pour l’électricité et l’eau, et a eu du mal à régler les frais médicaux des Palestiniens soignés dans les hôpitaux israéliens.

Les États européens ont vivement débattu de la proposition de Varhelyi, qui a fortement polarisé l’opinion à Bruxelles. Ce nouveau retard a aggravé une situation déjà difficile du fait du blocage des fonds, pour raisons techniques, depuis deux ans.

« La vraie question est la suivante : une aide financière de cette importance devrait-elle être liée à un élément de la relation entre l’Europe et les Palestiniens ? », a déclaré un diplomate européen opposé à la proposition de Varhelyi dans une interview en février.

Des élèves sont assis dans une salle de classe le premier jour de la nouvelle année scolaire à l’école élémentaire gérée par les Nations unies dans le camp de réfugiés de Shati, dans la ville de Gaza, le 8 août 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

L’ONG IMPACT-se, qui publie régulièrement des rapports analysant les programmes d’études palestiniens, a pour sa part salué la proposition.

« Il y a trop d’opposition de la part du Parlement européen, de la Commission et du Conseil pour verser d’importantes sommes d’argent à l’AP qui continue effrontément à produire des manuels antisémites violents », a déclaré Marcus Sheff, directeur d’IMPACT-se, en mars dernier.

Les responsables de l’Autorité palestinienne ont déclaré à plusieurs reprises refuser de subordonner l’aide à une quelconque modification des manuels scolaires palestiniens. L’AP s’est toujours inscrite en faux contre les accusations laissant entendre que ses manuels scolaires encourageaient violence et terrorisme.

« On nous somme d’expliquer et justifier ce qui est écrit dans nos manuels scolaires, alors qu’il s’agit de notre histoire et de notre identité nationale. En revanche, personne ne demande aux Israéliens de revoir leurs programmes, leurs médias, porte-voix de l’incitation à la violence dont font preuve les pouvoirs publics israéliens », avait déclaré le chef de l’AP, Mahmoud Abbas, dans un discours aux Nations Unies en 2021.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...