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La Yeshiva University en deuil après le suicide d’un ancien élève gay

Hershel Siegel avait ouvertement exprimé ses problèmes pour concilier son identité LGBTQ et son orthodoxie ; pour ses amis, sa mort est un signal d’alerte pour l’école

Herschel Siegel, membre apprécié de la communauté juive de l’Université Yeshiva et d'Atlanta, s’est suicidé vendredi dernier. (Avec l'autorisation de la JTA)
Herschel Siegel, membre apprécié de la communauté juive de l’Université Yeshiva et d'Atlanta, s’est suicidé vendredi dernier. (Avec l'autorisation de la JTA)

New York Jewish Week via JTA – Avant de faire l’éloge funèbre de son ami, jeudi soir, Beth Weiss a déployé un drapeau arc-en-ciel avec une étoile juive sur le podium, en un symbole fort de la double identité qu’Herschel Siegel avait manifestement du mal à concilier, notamment à l’époque où il étudiait à la Yeshiva University (YU), dont il est sorti diplômé 2021.

Siegel s’est suicidé vendredi à Atlanta, où il avait vécu son enfance et vivait encore maintenant.

Weiss a déclaré, dans son éloge funèbre, que Siegel était le tout premier gay avec lequel elle avait eu « une conversation sur ce que cela signifiait d’être queer au sein du monde orthodoxe ». Ils étaient alors camarades de classe à YU, le fleuron orthodoxe moderne du centre-ville de Manhattan.

« Je ne saurais dire à quel point ces conversations et échanges sont précieux », a déclaré Weiss. « Nous avons parlé de nos rêves d’avenir, mais aussi de la réalité et de ce à quoi notre avenir pourrait ressembler du fait de notre homosexualité. »

Les propos de Weiss, tenus lors d’une cérémonie sur le campus de YU organisée par des camarades d’université de Siegel, confortent l’explication de la mort de Siegel. Ils sont nombreux à penser – sur la base de leurs conversations avec lui, de ses publications sur les réseaux sociaux et de leur propre expérience – que Siegel s’est dit qu’il n’y avait peut-être pas de place pour lui, un homme gay au sein de la communauté orthodoxe qu’il a fréquentée toute sa vie.

Si certains membres de la communauté de Siegel veulent minimiser cet aspect de sa personnalité, maintenant qu’il est mort, ses amis disent que son suicide est un signal d’alarme pour la Yeshiva University, en proie à de profondes divisions divisée sur la question de l’inclusion des étudiants LGBTQ. Ces dernières années, l’école s’est battue pour ne pas avoir à reconnaître une organisation d’étudiants LGBTQ, allant même jusqu’à demander réparation à la Cour suprême. Une femme trans a par ailleurs été informée qu’elle n’était plus la bienvenue au sein d’une synagogue affiliée à l’université.

Weiss a déclaré à la New York Jewish Week qu’un grand nombre de « personnes queer orthodoxes souffraient, se sentaient seules et avaient l’impression de ne pas avoir d’avenir », ajoutant : « Je sais que Herschel l’a ressenti à certains moments, parce qu’il me l’a dit. »

Des experts estiment qu’il est dangereux et inapproprié d’expliquer les suicides par des causes uniques. Pourtant, il ne fait aucun doute que les jeunes LGBTQ encourent un risque accru, en particulier lorsqu’ils ne sont pas acceptés au sein de leur communauté. Selon un sondage réalisé en 2023 par le Trevor Project, ONG spécialisée dans la prévention du suicide au sein de la communauté LGBTQ, 41 % des jeunes LGBTQ ont sérieusement envisagé de se suicider lors des douze derniers mois.

Siegel n’a rien caché de son combat. Dans une publication sur Instagram, en mars dernier, qui a beaucoup circulé après sa mort, il disait que le mot « abomination », dans la Torah, l’avait traumatisé en tant que gay au sein de la communauté orthodoxe.

« Mon existence-même en tant que gay, Juif et homme était une abomination », écrivait alors Siegel. « Et des dizaines d’années plus tard, cette pensée fondée sur la peur m’est revenue, au moment le plus inattendu. »

Il demandait ensuite : « Guérissons-nous VRAIMENT un jour des souvenirs profondément traumatisants qui sont en nous ? Ou s’agit-il plutôt d’un voyage, comme beaucoup d’autres émotions, et on réalise un jour que l’on se sent bien sur les ‘montagnes russes du traumatisme’ ? »

Siegel concluait sa publication sur une note positive, disant sa gratitude à tous ceux qui « ont aux aussi vécu un profond traumatisme… Nous pouvons déjà être fiers d’être là ! »

Il est mort un mois plus tard, à la veille du Shabbat, la semaine d’étude de ce fameux passage de la Torah proscrivant les rapports homosexuels, qualifiés d’« abomination ».

« Je pense à la bravoure, à l’héroïsme, à la force de ce gamin », a déclaré Mordechai Levovitz, thérapeute et directeur clinique de Jewish Queer Youth, organisation de soutien et émancipation aux adolescents LGBTQ juifs, très active envers la communauté orthodoxe. « Toute personne capable d’endurer les avanies d’une communauté, au sein d’une religion très cruelle envers elle, et malgré tout capable d’en voir la valeur – parce qu’il y a aussi encore de la valeur – est digne de notre admiration. D’elle, nous pouvons apprendre beaucoup : elle est une source d’inspiration. »

« Il nous faut aussi malheureusement admettre et témoigner du fait que c’est à cause de cette communauté, que nous avons créée, que ce gamin n’a pu trouver de place ni d’avenir et qu’il en est venu à penser qu’il serait peut-être mieux qu’il ne soit pas là, qu’il n’existe pas », a-t-il ajouté.

Des centaines de personnes ont assisté aux obsèques de Herschel Siegel, le week-end dernier à Atlanta. (Autorisation de JTA)

Tous ceux qui ont commenté la mort de Siegel ne la relient pas à sa sexualité. Le rabbin Ilan D. Feldman de Beth Jacob Atlanta, la synagogue de Siegel, a écrit un courriel à la congrégation disant : « Nos pensées et tefillot [prières] vont à la famille Siegel, dont la peine ne pourra jamais être totalement comprise. Nous, leur communauté, allons les soutenir et leur témoigner toute notre affection. »

Siegel laisse dans la peine ses parents et cinq frères et sœurs.

Feldman a dirigé, dimanche, les obsèques auxquelles ont pris part quelque 200 personnes, et 450 de plus via Zoom. Levovitz a déclaré que, lors des obsèques, le rabbin avait dit de Siegel qu’il était atteint d’une « maladie mentale ». La maladie mentale est considérée comme l’une des principaux déclencheurs du suicide.

Feldman a déclaré à la New York Jewish Week, par téléphone, qu’en « réduisant cette histoire à celle d’un gay qui s’est suicidé à cause de cela, nous rendons un mauvais service aux homosexuels ». Il a également déclaré que la famille de Siegel était bouleversée par cette version des faits, en laquelle ils ne croient pas.

« Au cas particulier, ce garçon, qui était ouvertement gay, entretenait d’excellentes relations avec l’ensemble de la communauté orthodoxe, y compris les dirigeants orthodoxes haredim », a déclaré Feldman. « Alors, parler ainsi de ce garçon qui est mort, pendant la shiva de sa famille en deuil, et dire que les homosexuels sont marginalisés, que cela a pu le mener au suicide… alors que c’est peut-être le seul cas où une communauté orthodoxe a aimé une personne gay, avec amour et sans restrictions. »

Il a toutefois reconnu qu’il y avait « une grande différence entre les pressions de la communauté juive et les pressions de la tradition juive », qui, selon les interprétations orthodoxes, n’autorise pas l’homosexualité.

« S’il a jamais ressenti de pression, c’est grâce à l’amour qu’il recevait au sein de sa communauté. Mais la pression était peut-être là en raison de l’incompatibilité entre la tradition juive et l’homosexualité », a ajouté Feldman.

Une source proche de la communauté d’Atlanta, qui dit avoir connu Siegel enfant, a déclaré que sa mort faisait suite à un autre suicide au sein de la communauté orthodoxe d’Atlanta, d’un autre jeune qui s’identifiait comme membre de la communauté LGBTQ.

« Nous sommes en proie à une profonde tristesse. Les gens sont confus, perdus. C’est la deuxième fois en six mois », a déclaré la source. « C’est très dur pour eux. Des jeunes qui s’enlèvent la vie, c’est tout sauf normal et cela se produit malgré tout régulièrement. »

Chaim Nissel, doyen de la Yeshiva University qui était vice-recteur pendant la scolarité de Siegel, s’est exprimé lors de la réunion de jeudi soir pour dire qu’il avait bien connu Siegel et qu’il avait même fait inviter l’étudiant chez lui. (Nissel avait été un temps désigné dans le procès intenté par la YU Pride Alliance contre l’université, mais les charges ont vite été abandonnées lorsque l’université a fait valoir qu’il n’avait pas autorité sur l’autorisation du club étudiant LGBTQ.)

« Il avait du mal à concilier son identité et son amour de la Torah », a expliqué Nissel. « Il est mort de maladie mentale. »

La Yeshiva University a publié une déclaration suite à la mort de Siegel.

« Nous sommes profondément attristés par le décès de Herschel Siegel, membre de la famille de la Yeshiva University », indique le communiqué. « Nous exprimons nos plus sincères condoléances à sa famille. Que sa mémoire soit bénie. »

La famille de Siegel n’a pas répondu à une demande de commentaire. Des proches de la famille ont déclaré qu’ils étaient trop désemparés pour parler à la presse.

La source d’Atlanta qui dit avoir connu Siegel enfant a expliqué que la famille était « furieuse de la manière dont les choses étaient présentées », suggérant que la sexualité de Siegel ne devait pas être l’unique point de fixation.

Yeshiva University, New York. (Crédit : Wikimedia Commons)

« J’en veux à ceux qui disent qu’il s’est suicidé parce qu’il était gay », a déclaré la source. « C’est l’inépuisable question de la poule et de l’œuf. Est-ce que le fait d’être gay au sein de la communauté orthodoxe a rendu sa dépression plus profonde, ou est-ce parce qu’il était déprimé et se sentait seul que son homosexualité était plus difficile à vivre ? Même ses amis les plus proches estiment qu’il est impossible de démêler ces deux questions. »

« Herschel luttait contre la maladie mentale et avait du mal à s’accepter en tant qu’orthodoxe gay », a déclaré Emily Ornelas, une amie proche de Siegel à la Yeshiva University.

« C’était une réalité », a-t-elle ajouté. « Dans toutes les religions organisées, c’est compliqué pour les homosexuels. Mais je suis persuadée qu’à la fin de sa vie, il s’était accepté et était capable de s’aimer pour ce qu’il était. Je le pense vraiment. »

Ornelas dit préférer se souvenir des moments heureux avec son ami, plutôt que de ne penser qu’aux raisons de sa mort. Elle évoque sa facilité à nouer le contact avec les enfants, lorsqu’ils ont organisé une retraite de Pessah, son énergie sur scène, lors de représentations théâtrales à YU, ou encore son sourire, qui éclairait tout sur son passage.

« Quand il nous prenait dans ses bras, il ne faisait pas semblant », explique Ornelas. « Il aurait pu me casser les côtes. Et quand il souriait, il le faisait avec toutes ses dents. On aurait pu les compter. J’entends encore sa voix. Il avait une façon bien à lui de s’exprimer, qui tenait sans doute à ses origines du sud. Il a représenté quelque chose de très important pour moi – et pour nous tous – et son empreinte sur nous se fera encore sentir longtemps. »

Lors du service commémoratif, Weiss a dit à celles et ceux qui se sentaient mal d’être homosexuel(le)s au sein de leur communauté orthodoxe de tenir bon, malgré la difficulté.

« Vous n’êtes pas seuls », ont-ils dit en retenant leurs larmes. « Vous avez un avenir et il y a des gens qui vous aiment comme vous êtes. Des gens qui aiment tout ce que vous êtes. Si vous avez l’impression de ne pas connaitre de telles personnes, alors sachez que nous sommes là pour vous, avec un cœur ouvert. »

Ils ont ensuite adressé un « message à tous ceux qui sont ici avec nous ce soir », qui se considèrent comme des soutiens, et que la mort tragique de leur ami attriste profondément.

« Soyez comme Herschel », a déclaré Weiss. « Soyez comme Herschel : acceptez et aimez chacun de nous avec enthousiasme et joie. Soyez comme Herschel et voyez-nous comme les êtres humains à part entière, valides et sensibles que nous sommes. Soyez comme Herschel et soutenez-nous inconditionnellement. Soyez comme Herschel afin que nous puissions continuer à être ici, même si Herschel, lui, ne le peut plus. Et soyez comme Herschel, afin que cela ne se reproduise plus jamais. »

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