Mandelblit fustige Ohana qu’il accuse de tromper le public
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Mandelblit fustige Ohana qu’il accuse de tromper le public

Amir Ohana a défendu Netanyahu et affirmé que la police avait extorqué le témoin de l'accusation Nir Hefetz, qui a promis que la démarche du ministre "ne restera pas impunie".

Le procureur général Avichai Mandelblit et le ministre de la Justice Amir Ohana à Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Crédit ; Tomer Neuberg/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit et le ministre de la Justice Amir Ohana à Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Crédit ; Tomer Neuberg/Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit a formulé des reproches sans précédent au sujet du ministre de la Justice mercredi, affirmant que Amir Ohana, qui avait déclaré que le fait que les enquêteurs dans les affaires de corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient extorqué un témoin-clé visait à « tromper le public » au profit du président du Likud.

Mandelblit, dans un communiqué conjoint avec le procureur d’Etat Shai Nitzan, a promis de ne pas se laisser traîner dans une contestation des enquêtes de corruption contre Netanyahu en public, alors que c’est ce que les alliés politiques du Premier ministre tentent de lui faire faire.

Ces propos illustrent l’animosité croissante entre le Likud de Netanyahu et les procureurs au sujet des enquêtes pour trois affaires de corruption contre le Premier ministre. Netanyahu nie toute malversation dans les affaires et se dit victime d’une conspiration ourdie par ses opposants au sein de la police, des procureurs et des médias.

Mandelblit, qui a été secrétaire du cabinet de Netanyahu avant que ce denier le nomme procureur général en 2016, devrait mettre officiellement en examen le Premier ministre la semaine prochaine.

Les propos de Mandelblit surviennent après que le ministre de la Justice Amir Ohana, en pleine séance plénière de la Knesset, a accusé la police d’avoir fait pression sur un témoin clé dans l’une des affaires contre Netanyahu.

Le ministre de la Justice Amir Ohana prend la parole à la Knesset, le 11 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Ohana a violé les termes d’un embargo imposé aux informations portant sur les mesures employées pour exercer des pressions sur Nir Hefetz qui auraient eu pour objectif de le décider à devenir un témoin de l’accusation dans l’affaire 4000, insinuant qu’ils avaient des preuves d’une liaison extraconjugale.

Les députés de l’opposition ont exprimé leur colère après le discours d’Amir Ohana. Netanyahu a également émis un communiqué défendant laconiquement les embargos tous en réaffirmant les allégations d’extorsion.

« Bien que l’affaire d’extorsion du témoin de l’accusation Nir Hefetz soit extrêmement sérieuse et doive inquiéter chaque citoyen, un embargo imposé par la cour doit être respecté », a déclaré le Premier ministre.

Hefetz a fustigé Ohana mercredi, qualifiant ses allégations de « honteuses et scandaleuses », dans un communiqué diffusé par son avocat Ilan Sofer.

« C’est honteux et scandaleux qu’un ministre de la Justice bafoue la loi et rejette un embargo explicite, depuis la tribune de la Knesset », a déclaré Sofer. Il a qualifié les propos du ministre, issu du Likud, de « tentative honteuse de marquer des points tout en portant sérieusement atteinte à la vie privée » de Hefetz, et a promis que la démarche de Ohana « ne restera pas impunie ».

La Douzième chaîne a fait savoir qu’une source « proche de Hefetz » a assuré mercredi qu’il n’y avait « aucun lien » entre les interrogatoires de police et la décision de Hefetz de devenir témoin de l’accusation.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Nir Hefetz à la cour des magistrats de Herzliya lors d’une plainte en diffamation contre lui et d’autres conseillers du Premier ministre, le 26 décembre 2017 (Crédit : Flash90)

De vagues allégations au sujet de l’attitude des enquêteurs ont été initialement rapportées mercredi par la Douzième chaîne, mais aucun détail n’avait été communiqué, en raison de l’embargo appliqué à cette affaire.

Ces détails ont été autorisés à la publication après qu’Ohana s’est exprimé mercredi à la Knesset, parce que la Loi fondamentale d’Israël stipule que tous les débats à la Knesset doivent être ouverts au public et leur contenu est autorisé à la publication.

Ohana a décrit comment les enquêteurs sollicités pour interroger une femme qui n’était pas directement liée à l’affaire 4000, lui ont posé des questions « intrusives » sur sa relation avec Hefetz, avant d’orchestrer une rencontre « accidentelle » entre elle et Hefetz dans les couloirs.

Quand ils se sont rencontrés, les enquêteurs auraient dit à Hefetz, selon Ohana, qu’ils « savent tout et lâcheront une bombe sur votre famille ».

Ohana a poursuivi : « quand Nir a cédé, il a signé un accord de témoin de l’accusation et a livré sa version à la police », a déclaré Ohana.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu
et Avichai Mandelblit, (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ohana a ensuite accusé les enquêteurs de police d’avoir interféré dans la déposition du témoin.

Le témoignage initial de Hefetz « a été vérifié et s’est révélé faux. Il l’a admis, s’en est souvenu et a livré une autre version qui s’est également révélée fausse », a allégué Ohana.

Attribuant des informations à « divers médias », Ohana a ensuite affirmé que Hefetz a été escorté hors de la salle d’interrogatoire pour un certain temps, a eu une discussion non enregistrée avec l’un des enquêteurs, « et est revenu et a donné une version précise, millimétrée, au détail près, avec des informations que les enquêteurs avaient déjà ».

Mandelblit a réagi jeudi dans un communiqué dont Nitzan s’est porté cosignataire, en disant qu’il « rejetait ouvertement » ces accusations.

Ohana « a affirmé que de graves crimes ont été intentionnellement commis [par les enquêteurs] et que les chefs du système juridique ‘défendent les criminels’ et ‘laissent les ripoux prendre le pouvoir' », indique le communiqué, citant les propos tenus par le ministre de la Justice.

Shai Nitzan pendant la conférence de l’Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 29 août 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

« Ces graves accusations déforment la réalité… Ils font partie d’une série de reportages biaisés et incomplets ces derniers jours visant à tromper le public. Ils ne représentent pas correctement les faits ni leur chronologie durant l’enquête », ajoute le communiqué de Mandelblit et Nitzan.

Le procureur général et le procureur d’Etat ont ensuite associé ces reportages au Premier ministre lui-même, affirmant que les allégations étaient « incluses dans les arguments détaillés soumis par les avocats du Premier ministre durant les audiences » préliminaires du mois d’octobre.

Le communiqué ajoute que « nous voyons actuellement diverses accusations publiques quotidiennement, avec la connaissance claire que les procureurs ne sont pas en mesure de répondre à ces accusations ».

Netanyahu avait demandé à « changer les règles et à organiser une audience publique », ce qui lui avait été refusé en septembre. « Maintenant, nous assistons à une tentative déplacée et illégitime de déplacer l’audience dans les médias, contrairement aux règles qui s’appliquent à toutes les autres affaires ».

Mandelblit et Nitzan avaient assuré que les audiences préliminaires à une mise en examen « auraient lieu uniquement dans les salles de délibération » et avaient promis qu’elles seraient « complètes et approfondies, et prendraient en compte tous les arguments avancés par les avocats de la défense durant les audiences, notamment ceux liés à l’interrogatoire du témoin de l’accusation ».

Le quartier général de l’Unité des crimes majeurs Lahav 443 de la police israélienne dans le centre d’Israël. L’unité est chargée de diriger les enquêtes contre Netanyahu. (Crédit : police israélienne).

Le ministre de la Justice a défendu son discours à plusieurs reprises mercredi. Il a d’abord assuré, à tort, que tout ce qu’il avait dit avait déjà été dit dans les médias, puis en disant qu’il n’avait pas connaissance d’un embargo.

« Je ne fais référence qu’à ce qui a déjà été publié, comme si, à l’ère de Facebook et de Twitter, un embargo avait encore du sens », a-t-il initialement dit.

Un second communiqué diffusé par son bureau a ensuite assuré que « le ministre n’a fait que répéter des choses déjà publiées, rien de nouveau, parce qu’il n’a pas connaissance de nouveaux éléments de l’enquête, qui ne lui ont pas été remis ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) dirige une réunion des factions du Likud à l’ouverture de la 22e Knesset, le 3 octobre 2019. Le ministre de la Justice, Amir Ohana, et l’un de ses enfants sont à ses côtés. (Hadas Parush/Flash90)

Il a ensuite publié un tweet indiquant que « je ne sais pas quels détails sont soumis à une interdiction de divulgation, parce que je n’ai pas l’embargo – je ne suis pas un organe de presse. Les sections des éléments de l’enquête ne me sont pas communiqués, je ne suis pas une instance d’enquête ».

Tamar Zandberg, du Camp démocratique, a critiqué Ohana, affirmant que s’il prétendait défendre les droits de suspects comme Netanyahu, sa stratégie était minée par sa disposition à porter atteinte aux autres témoins en public.

« Le ministre de la Justice a choisi de violer un embargo et a révélé des détails privés sous couvert de protéger les droits de ce qui font l’objet d’une enquête, et il n’y voit même pas l’ironie », a-t-elle tweeté, ajoutant que « le secret est éventé. Le droit des suspects… n’est intéressant que lorsqu’il est placé au service de son maître Netanyahu ».

Hefetz est un ancien porte-parole et confident de Netanyahu et un témoin dans l’affaire 4000 – la plus grave des affaires contre le Premier ministre – dans laquelle Netanyahu est soupçonné d’avoir favorisé des décisions réglementaires au profit de l’actionnaire majoritaire du groupe de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture médiatique positive continue.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Nir Hefetz, au premier plan, et l’actionnaire principal de Bezeq, Shaul Elovitch, lors d’une audience de prolongement de détention devant la cour des magistrats de Tel Aviv, le 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

Hefetz est devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant deux semaines. Il aurait fourni aux procureurs des informations essentielles sur la période où il avait servi d’interlocuteur informel entre Netanyahu et Elovitch.

La Douzième chaîne a partagé lundi d’autres transcriptions de déclarations faites par Hefetz, dans lesquelles il évoquait des difficultés à se souvenir des détails de l’affaire, changeait son témoignage à plusieurs reprises et mentionnait des réunions qui, apparemment, n’avaient pas eu lieu.

Mandelblit a promis mardi d’enquêter sur les actes répréhensibles des enquêteurs. Le responsable du barreau israélien a également appelé à une enquête immédiate et ouverte sur les accusations.

Mandelblit a déclaré mardi dans un communiqué que « s’il est constaté que des actions illégitimes ont été commises dans le traitement des cas, la question sera examinée et traitée en conséquence ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie marquant le sixième anniversaire de la mort du rabbin Ovadia Yossef, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Vendredi, les Douzième et Treizième chaînes ont annoncé que Mandelblit aurait des discussions cette semaine pour parvenir à une décision à la fin du mois de novembre sur la mise en examen de Netanyahu dans les enquêtes pour corruption.

Dans un projet d’accusation publié en février, Mandelblit a présenté des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance à l’encontre du Premier ministre dans l’affaire 4000, ainsi que de fraude et d’abus de confiance dans deux autres affaires, doublées par les affaires policières 1000 et 2000.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, a affirmé à plusieurs reprises qu’il était victime d’une chasse aux sorcières de la part des médias, de la gauche, de la police et du ministère public, dans le but de l’évincer du pouvoir.

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