Mandelblit: Netanyahu devrait être suspendu de son poste pour conflit d’intérêts
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Mandelblit: Netanyahu devrait être suspendu de son poste pour conflit d’intérêts

Avichai Mandelblit dit avoir "failli tomber de sa chaise" quand il a entendu parler de contrepartie; l'avocat du Premier ministre accuse le procureur général d'entrave à la justice

Le procureur général Avichai Mandelblit s'exprime lors d'une manifestation à l'université de Bar-Ilan, le 4 mars 2020. (FLASH90)
Le procureur général Avichai Mandelblit s'exprime lors d'une manifestation à l'université de Bar-Ilan, le 4 mars 2020. (FLASH90)

Le procureur général Avichai Mandeblit a déclaré qu’il n’a pas exclu la possibilité que le Premier ministre Netanyahu soit suspendu s’il cherche à utiliser son autorité de Premier ministre pour essayer d’influencer les procédures pénales dont il fait actuellement l’objet devant les tribunaux.

S’adressant au magazine ultra-orthodoxe Mishpacha dans des commentaires diffusés mardi, Mandelblit, qui a précédemment déclaré que Netanyahu n’avait pas à se retirer, a déclaré que le Premier ministre pourrait, en théorie, devoir être suspendu en raison d’un conflit d’intérêts.

« Lorsque vous utilisez votre pouvoir exécutif en tant que Premier ministre pour influencer vos affaires criminelles, cela crée un sérieux problème », a déclaré M. Mandelblit dans l’enregistrement de l’interview diffusé par la Douzième chaîne de télévision.

« Comment gérer ce problème ? Si nous ne pouvons pas le faire, il est possible que nous en arrivions à récuser [Netanyahu] », a déclaré M. Mandelblit, sans toutefois donner d’estimation quant au moment ou à l’éventualité d’une telle évolution.

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L’interview complète devrait être publiée mercredi.

Il a ajouté : « Il ne s’agit pas de mathématiques. Je ne me précipite pas, j’essaie d’être très réfléchi et très calme ».

Dans une référence apparente aux attaques contre lui par le Premier ministre et ses alliés, Mandelblit a déclaré « Je compte toujours jusqu’à mille, et non jusqu’à dix. Je ne peux pas laisser faire – je ne me comporterai pas comme ceux sur les médias sociaux ».

Il a souligné que Netanyahu ne lui « a pas fait une faveur » en acceptant de signer un accord contraignant sur les conflits d’intérêts dans le cadre des dispositions prises pour qu’il reste en fonction pendant son procès.

Je n’accepte pas qu’il dise « Je me porterai volontaire pour me soumettre à des restrictions ». Non. Vous devez vous fixer des limites… Je ne suis pas innocent ou naïf, je suis sûr que ce ne sera pas à 100 %, mais nous avons besoin de cet engagement qu’il ne s’occupe pas, par exemple, de nominations à des postes de police, qu’il ne s’occupe pas de modifier la législation qui touche à ses problèmes personnels, tout en abusant de son pouvoir. Cela ne doit pas être autorisé », a déclaré M. Mandelblit.

Par ailleurs, on a entendu le procureur général décrire sa surprise en apprenant l’existence d’une des affaires de Netanyahu, qui implique une prétendue tentative de conclure un accord de contrepartie avec un grand éditeur de journaux pour une couverture médiatique positive.

L’éditeur et propriétaire du journal Yedioth Ahronoth Arnon « Noni » Moses arrive le 15 janvier 2017 à l’unité d’enquête Lahav 433 à Lod pour être interrogé. (Koko/Flash90)

« J’ai failli tomber de ma chaise quand j’ai vu cela, cela n’a pas manqué de me surprendre », a-t-il déclaré à propos de l’affaire dite 2000, l’une des trois affaires pénales contre Netanyahu, dans laquelle il est accusé d’avoir tenté de parvenir à un accord sur une couverture positive avec l’éditeur du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, en échange d’une législation visant à entraver le journal rival Israel Hayom.

Il a ajouté qu’il était loin d’être heureux de se retrouver dans sa position d’inculper un Premier ministre en exercice. « Je me lève tous les matins et mon cœur souffre », a déclaré M. Mandelblit.

Dans les enregistrements, on entend Mandelblit suggérer qu’il n’acceptera pas de négociation de peine dans le procès de Netanyahu, disant que pour le bien du public, l’affaire doit être traitée rapidement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un point-presse consacré au coronavirus en Israël à son bureau de Jérusalem, le 13 septembre 2020. (Crédit : Yoav Dudkevitch / POOL / AFP)

Concernant les affirmations de Netanyahu selon lesquelles les poursuites engagées contre lui sont une chasse aux sorcières politique, Mandelblit a souligné que les mises en accusation ne visaient que Netanyahu et non des organes ou des causes politiques.

Le problème est « les actions personnelles de M. Benjamin Netanyahu, il est personnellement accusé d’activités criminelles », a déclaré M. Mandeblit.

Une déclaration de l’équipe de défense de Netanyahu a accusé Mandelblit de tenter d’entraver la justice.

« L’idée qu’un fonctionnaire, aussi haut placé que lui, qui est lui-même en conflit d’intérêts, décide de la suspension d’un Premier ministre en exercice, est anti-démocratique, une tentative de subversion de la volonté des électeurs et totalement contraire à la Loi fondamentale au sein du gouvernement », peut-on lire dans la déclaration, selon le site d’information Ynet.

D’autres partisans de Netanyahu ont également répondu aux enregistrements, attaquant Mandelbit.

Miki Zohar, le coordinateur de la coalition, a tweeté que les enregistrements de Mandelblit ont été faits délibérément « pour transmettre un message au Premier ministre et pour blanchir ses décisions scandaleuses [de Mandelblit] de déposer des accusations infondées qui n’ont été prononcées dans aucune démocratie ».

La ministre des Transports Miri Regev a tweeté que les remarques de Mandleblit étaient une « récusation de la démocratie ».

« Celui qui veut récuser Netanyahu cherche à récuser des millions d’électeurs de droite, qui ont voté trois fois pour Netanyahu au poste de Premier ministre et continueront à le choisir comme leur représentant », a-t-elle écrit.

La ministre des Transports Miri Regev, qui a baissé son masque facial pour parler, lors d’une conférence de presse au ministère des Transports à Jérusalem, le 8 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Au début de ce mois, Mandelblit aurait eu des entretiens avec de hauts fonctionnaires sur la possibilité d’exiger de Netanyahu qu’il se retire en raison de ses attaques contre le système judiciaire à mesure que son procès avance. Le bureau de Mandelblit a nié que ce soit le cas, et a réaffirmé sa position précédente selon laquelle le Premier ministre n’a pas besoin de se mettre en retrait.

Selon un article de Haaretz publié à l’époque, Mandelblit pense que l’utilisation par Netanyahu des ressources gouvernementales pour faire connaître son cas au public – notamment la convocation de conférences de presse sur l’urgence du coronavirus, qui sont ensuite utilisées pour remettre en question la fiabilité des services de police – pourrait constituer un conflit d’intérêts.

Netanyahu a déclaré être victime d’une vaste conspiration visant à l’évincer – impliquant l’opposition de gauche, les médias, la police et les procureurs de l’État – et a qualifié ces allégations de sans fondement.

Le procès de Netanyahu, accusé d’avoir accepté des pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance, s’est ouvert en mai au tribunal de district de Jérusalem. Outre l’affaire 2000, le Premier ministre est accusé d’avoir accepté des cadeaux coûteux d’amis riches dans le cadre de l’affaire 1000 ; et dans l’affaire 3000, Netanyahu est accusé d’avoir fait pression pour obtenir des faveurs réglementaires au profit du propriétaire du site d’information Walla, également en échange d’une couverture médiatique positive.

Le tribunal commencera à entendre les dépositions des témoins au procès en janvier.

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