Des députés Likud s’en prennent au ministère de la Justice
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Des députés Likud s’en prennent au ministère de la Justice

Mandelblit envisagerait de demander la démission du Premier ministre suite à ses attaques contre les forces de l'ordre ; Netanyahu réclame une enquête indépendante

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, s'entretient avec le secrétaire du cabinet de l'époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP/Menahem Kahana, Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, s'entretient avec le secrétaire du cabinet de l'époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP/Menahem Kahana, Pool)

Des députés Likud ont fait serment mercredi de démanteler le ministère de la Justice si le procureur général Avichai Mandelblit tentait de forcer le Premier ministre Benjamin Netanyahu à se récuser, craignant qu’il n’utilise sa position pour se protéger et miner l’État de droit alors que son procès pour corruption s’accélère.

Les députés en colère ont déclaré qu’ils s’attaqueraient à Mandelblit, même si cela déclenchait une crise de coalition et de nouvelles élections.

Des débordements lors d’une réunion de la faction du Likud ont eu lieu suite à la publication d’informations selon lesquelles Mandelblit aurait débattu avec de hauts fonctionnaires sur la possibilité d’exiger la démission de Netanyahu.

Mandelblit estime que l’utilisation par Netanyahu des ressources gouvernementales pour faire valoir sa cause auprès du public, notamment en convoquant des conférences de presse sur l’urgence sanitaire, qui sont par la suite utilisées pour remettre en question la fiabilité des forces de l’ordre, pourrait constituer un conflit d’intérêts, a déclaré le quotidien Haaretz dans un article qui ne cite pas ses sources.

S’exprimant lors de la réunion de la faction du Likud, le député Uzi Dayan a déclaré que le parti devait exiger que Mandelblit « mette fin à son mandat ». Dayan a déclaré que le parti devait maintenir ses exigences même si cela signifiait la rupture du gouvernement actuel. « Donc nous irons aux élections », a-t-il dit.

Le parti Kakhol lavan, dirigé par le ministre de la Défense Benny Gantz, a rejoint la coalition, promettant de défendre l’État de droit. Mercredi soir, Gantz a fustigé les déclarations des responsables du Likud et a promis de protéger les fonctionnaires de la justice.

Un autre député Likud a appelé à démanteler le ministère de la Justice.

« Si Mandelblit osait décider d’une chose aussi illégale ou ridicule que celle-ci, les manifestations à Balfour ne paraîtront rien en comparaison [au tollé public] », a tweeté le député Shlomo Karhi, faisant référence aux fréquentes manifestations anti-Netanyahu devant sa résidence de Jérusalem.

« Il ne restera plus rien du parti Salah-a-din », a-t-il ajouté, en référence aux bureaux du ministère de la Justice dans les rues de Jérusalem-Est, y compris le bureau du procureur général, ainsi qu’au tribunal de district où Netanyahu est jugé. « Je suis le conducteur du D-9 [bulldozer]. Nous allons le démolir et le reconstruire. »

Le président de la coalition, Miki Zohar, a déclaré qu’Israël était arrivé à une « situation incroyable » où « les élites juridiques continuent à comploter pour renverser la droite et son dirigeant élu ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’entretient avec Miki Zohar, député membre du Likud, lors d’un vote à la Knesset, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/POOL via Flash 90)

Mercredi soir, Netanyahu a attaqué Mandelblit, le ministère public et la police, remettant en question la conduite des forces de l’ordre et demandant une enquête indépendante après la diffusion d’un reportage télévisé en début de semaine accusant des fonctionnaires d’avoir étouffé un grave conflit d’intérêts afin de ne pas faire dérailler les enquêtes de corruption menées contre le Premier ministre.

Netanyahu est jugé dans trois affaires de corruption, il nie tout méfait et affirme être victime d’une tentative de coup d’État politique.

Selon l’article de Haaretz, Mandelblit considère la situation de Netanyahu en tant que Premier ministre et suspect criminel comme une « incapacité essentielle ». Le procureur général envisage une mesure qui obligerait le Premier ministre à prendre un congé « substantiel », peut-on lire dans l’article.

Le ministère de la Justice a publié une déclaration mercredi indiquant que l’opinion précédemment exprimée par Mandelblit sur la question, à savoir que Netanyahu pouvait rester en fonction pendant sa mise en accusation, n’avait pas changé. Cependant, la déclaration ne nie pas spécifiquement l’article de Haaretz, et le ministère a déclaré qu’il ne divulguerait pas les débats des réunions internes.

S’adressant à une conférence de l’Association du Barreau israélien la semaine dernière, Mandelblit a déclaré : « À partir des prochains mois, le procès du Premier ministre se tiendra au tribunal de district de Jérusalem, avec une fréquence élevée d’audiences… Pour moi, ce fait en soi n’établit pas de motif de récusation du Premier ministre. »

Mais selon l’article de Haaretz de mercredi, Mandelblit ne parlait que de l’aspect technique du procès, affirmant que le fait que le Premier ministre devrait parfois passer de longues heures aux audiences du tribunal – qui doivent avoir lieu trois fois par semaine à partir de janvier – ne suffit pas à lui seul à justifier une récusation.

Dans le contexte des attaques continues de Netanyahu contre le système répressif, Mandelblit envisagerait finalement d’exiger une récusation, suggère l’article.

L’article de Haaretz a été publié quelques minutes avant que Netanyahu ne prononce un discours au début d’une réunion « urgente » de la faction du Likud, au cours de laquelle il s’en est pris une nouvelle fois aux représentants de la justice.

Netanyahu s’est élevé contre Mandelblit, déclarant que le procureur général ne rouvrirait jamais l’Affaire 2000, dans laquelle le Premier ministre est accusé d’avoir fait un compromis avec un propriétaire de journal, qui lui assurerait une couverture positive contre une entrave à un journal rival.

Une reportage de la Douzième chaîne diffusé lundi a informé que de hauts responsables des forces de l’ordre avaient récemment déposé une plainte auprès du contrôleur de l’État, alléguant que des officiers de police et l’ancien procureur de l’État s’étaient engagés dans une vaste opération de dissimulation d’un grave conflit d’intérêts par l’un des enquêteurs sur Netanyahu et sa femme, Sara.

Selon le reportage, l’ancien procureur Shai Nitzan a clos plusieurs enquêtes sur des allégations de méfaits de la police par crainte de ternir l’image des forces de l’ordre alors qu’elles enquêtaient sur Netanyahu pour corruption.

Judy Nir-Mozes (à gauche), mondaine israélienne, investisseuse et animatrice d’un talk-show, et Shimon Riklin, présentateur sur la Chaîne 20, participent à un débat, le 11 novembre 2019. (Moshe Shai/Flash90)

« Est-il possible que le procureur général n’ait pas été au courant de tout ce comportement ? Est-il possible qu’il n’ait pas approuvé tout cela ? J’estime avec prudence que le procureur général ne vérifiera pas cela. Il n’y a pas d’autre alternative qu’une enquête indépendante », a déclaré Netanyahu mercredi.

« Il est évident que des décisions politiques sont prises ici par de hauts responsables du système répressif qui déforment la justice et la loi afin de renverser un Premier ministre de droite, afin de nous renverser », s’est indigné le Premier ministre.

« Comment ne pas être choqué. Ce comportement doit faire l’objet d’une enquête. Mais qui va enquêter ? Le chef de la police qui protège l’enquêteur ? Le procureur général qui protège le chef de la police ? Peut-être le procureur général ? Se pourrait-il que le procureur général n’ait pas été au courant de toutes cette inconduite ? Se pourrait-il vraiment qu’il n’ait pas approuvé cette inconduite ?”

Le ministre de la Défense Benny Gantz fait une déclaration aux médias à la Knesset, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/ Flash90)

Les députés de la coalition et de l’opposition ont critiqué la rhétorique utilisée par Netanyahu et ses collègues contre les forces de l’ordre lors de la réunion de la faction du Likud.

« Après la déclaration insensée du Premier ministre demandant une enquête indépendante sur les poursuites, Kakhol lavan ne peut rester dans ce gouvernement destructeur. Netanyahu se précipite pour abolir la démocratie en Israël. Ils ne peuvent pas continuer à la soutenir », a déclaré le président de l’opposition Yair Lapid (Yesh Atid).

Le président de Kakhol lavan, Gantz, s’est également démarqué de Netanyahu sur cette question, promettant de protéger les membres des forces de l’ordre des attaques.

« Vous faites votre travail et défendez l’Etat de droit et la démocratie, et nous ferons le nôtre et vous protégerons », a déclaré Gantz au début d’une réunion de la faction Kakhol lavan.

« Les attaques brutales de ceux qui sont au pouvoir contre le système répressif sont un danger pour la démocratie israélienne », a-t-il ajouté.

« Ce n’est pas une critique légitime, et ce n’est rien d’autre qu’une tentative de démanteler [le système]. »

« Le système judiciaire n’est pas né et ne sera pas démantelé au profit ou au détriment d’un homme ou d’un autre », a déclaré Gantz. « Nous resterons ensemble comme un mur pour protéger le système répressif. »

Pendant ce temps, le président Reuven Rivlin a émis une rare réprimande aux forces de l’ordre, avec en toile de fond le reportage de la Douzième chaîne.

« Les organismes d’État et les pays ont la responsabilité de se critiquer et de s’excuser pour leurs erreurs. La force du système, de chaque système, se mesure à sa capacité à permettre une telle enquête lorsque cela est nécessaire, à admettre ses erreurs, à rendre des comptes et à se racheter à l’avenir. Même après un certain temps, on peut dire que nous avons fait une erreur, que nous nous sommes trompés, que nous allons la vérifier, que nous allons enquêter », a déclaré le président.

La Douzième chaîne a cité des sources politiques anonymes affirmant que la demande de Netanyahu d’une enquête indépendante sur la conduite des autorités répressives faisait partie d’une stratégie visant à reporter la reprise de son procès.

Les sources ont déclaré qu’elles pensaient que le Premier ministre espérait que la création d’une commission d’enquête indépendante lui permettrait de soumettre une demande de suspension de son procès jusqu’à ce que les allégations de faute professionnelle contre les procureurs soient correctement traitées.

Le procureur général de l’époque, Shai Nitzan, s’exprime lors de la conférence annuelle sur la justice à Lod, près de Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le reportage explosif diffusé par la Douzième chaîne lundi a révélé que la police avait mal géré le cas d’un bédouin tué par la police en 2017, qui a faussement prétendu que Yaqoub Abou al-Qiaan commettait un attentat terroriste. Nitzan aurait supprimé des preuves contestant l’affirmation du chef de la police de l’époque, Roni Alsheikh, selon laquelle Abou al-Qiaan était un terroriste. Mardi, Netanyahu s’est officiellement excusé pour le fait que le gouvernement tenait à considérer Abou al-Qiaan comme un terroriste. Il a déclaré que les forces de l’ordre avaient cherché à « transformer Abou al-Qiaan en terroriste pour me nuire ».

La frustration suscitée par le reportage de la Douzième chaîne a gagné la Knesset mercredi. Le ministre du Cyber et du Digital, David Amsalem (Likud), a déclaré qu’il utiliserait son poste pour empêcher la commission des lois de la Knesset de se réunir tant que les dirigeants du Likud et de Kakhol lavan n’auront pas réglé leurs différends.

Amsalem a fait ces déclarations après que le ministre de la Justice Avi Nissenkorn a accusé Netanyahu d’exploiter « cyniquement » le meurtre d’Abou al-Qiaan par la police en 2017 pour son propre profit politique.

Le 19 mars 2020, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn arrive à la Cour suprême de Jérusalem pour déposer une requête contre le porte-parole de la Knesset de l’époque, Yuli Edelstein. (Yonatan Sindel/Flash90).

Mercredi, Mandelblit a nié que le ministère public ait déclaré qu’Abou al-Qiaan était un terroriste, le qualifiant de « fausse accusation ».

« Le but de ces accusations est de délégitimer le système répressif et ses décisions sur les questions relatives au Premier ministre. »

De plus, son bureau a déclaré dans un communiqué que « l’événement tragique [du meurtre d’Abou al-Qiaan] et l’enquête qui a suivi [n’ont] rien à voir avec le Premier ministre ».

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