Manuel Valls juge « possible » que Marine Le Pen gagne la présidentielle
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Manuel Valls juge « possible » que Marine Le Pen gagne la présidentielle

L'ombre de Trump plane sur la course présidentielle française ; dernier débat télévisé entre les sept candidats à la primaire de droite prévu jeudi

Marine Le Pen lors d'un discours pendant le congrès d'été du FN à Frejus, dans le sud de la France, le 18 septembre 2016 (Crédit : AFP / Franck PENNANT)
Marine Le Pen lors d'un discours pendant le congrès d'été du FN à Frejus, dans le sud de la France, le 18 septembre 2016 (Crédit : AFP / Franck PENNANT)

Le Premier ministre français Manuel Valls a jugé « possible » que Marine Le Pen, la candidate du Front national, gagne l’élection présidentielle française en mai 2017, lors d’un déplacement jeudi à Berlin.

« Toutes les enquêtes d’opinion disent que la candidate Marine Le Pen sera présente au deuxième tour (…) ça veut dire que l’équilibre de la vie politique française va totalement changer », a souligné M. Valls, alertant sur « le danger que représente l’extrême droite » pendant que l’attention se focalise sur les primaires à gauche et à droite.

« Bien sûr, je ne confonds pas tout, Trump était le candidat d’un grand parti, le parti républicain, qui dominait déjà le Congrès et de nombreux Etats aux Etats-Unis. Mais c’est bien sûr son discours et ses propositions qui inquiètent », a poursuivi M. Valls.

Le Front national était déjà parvenu au second tour de l’élection présidentielle en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen, père de l’actuelle candidate du FN, avait éliminé à la surprise générale le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, avant d’être largement battu par Jacques Chirac.

Face à la montée des « populismes », Manuel Valls a défendu une « mondialisation au service des peuples » pour répondre à leur « colère ». Il a notamment appelé l’Europe à « sortir de l’innocence » en matière de commerce international et concernant l’immigration à dire plus clairement « qui peut et ne peut pas entrer et rester » sur le sol européen.

L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche sur un programme populiste pèse sur la course présidentielle en France et nourrit les tensions entre les prétendants à l’investiture de la droite, face à une extrême droite remontée à bloc.

Le sujet « Trump » sera immanquablement abordé jeudi soir lors du dernier débat télévisé entre les sept candidats à la primaire de droite, avant le premier tour de scrutin prévu dimanche.

Les deux favoris, l’ex-Premier ministre Alain Juppé et l’ex-président Nicolas Sarkozy, se présentent chacun comme le meilleur recours face à l’extrême droite, mais avec des stratégies radicalement opposées.

Prompt à capitaliser sur le rejet des élites et de la mondialisation, Nicolas Sarkozy, 61 ans, s’est auto-proclamé « défenseur des déclassés », à rebours de son image de « président des riches » héritée de son passage à l’Elysée, entre 2007 et 2012.

Il a adopté une ligne très droitière censée répondre aux préoccupations des Français sur l’immigration, l’islam ou la sécurité, dans un pays traumatisé par une série d’attentats et inquiet face à des flux migratoires sans précédent en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Nicolas Sarkozy pendant la conférence d'Herzylia, le 8 juin 2015. (Crédit : Flash 90)
Nicolas Sarkozy pendant la conférence d’Herzylia, le 8 juin 2015. (Crédit : Flash 90)

« Combien de Brexit, combien d’élections américaines, combien de référendums européens perdus vous faudra-t-il pour qu’enfin vous entendiez la colère du peuple ? », a lancé mardi l’ex-chef de l’Etat. Son objectif : séduire le noyau dur des militants de son parti Les Républicains, mais aussi grappiller des voix à l’extrême droite.

‘Mini-Trump’

A l’inverse, Alain Juppé, 71 ans, mise sur les voix des sympathisants de la droite modérée et du centre pour remporter la primaire puis sur sa capacité à rassembler tous ceux qui rejettent l’extrême droite pour s’imposer à la présidentielle.

Celui qui se refuse à « courir derrière le FN » ne veut pas « cliver pour cliver » ni « dresser le peuple contre les élites », comme il l’a dit dans son dernier meeting lundi. sarksar

« Nous ne voulons pas d’un président qui flirte chaque matin avec les thèses de l’extrême droite… La France n’a pas besoin d’un mini-Trump à l’Elysée », a renchéri un de ses soutiens, le centriste Jean-Christophe Lagarde.

French Foreign Minister Alain Juppé is hosting the Syria sanctions conference in Paris (photo credit: CC BY-SA MEDER, Flickr)
Alain Juppé (Crédit : CC BY-SA MEDER/Flickr)

Marine Le Pen, elle, pense exactement le contraire : la présidente du Front National ne cesse de saluer l’avènement d’un candidat « anti-système » à la tête de la première puissance mondiale et table sur un effet domino.

Aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, avec le Brexit, « les grandes idées que je défends ont gagné », s’est-elle félicitée mercredi. « Nous enregistrons tous les jours des victoires idéologiques. A nous maintenant de les transformer en victoire politique ».

« Je suis très prudent concernant la possible influence de l’élection de Trump sur le comportement électoral » des Français, tempère Frédéric Dabi, de l’institut de sondages IFOP. En revanche, analyse-t-il, « cela accentue sans doute des stratégies déjà à l’œuvre » chez les candidats.

Parti du gouvernement socialiste cet été en dénonçant un « système politique bloqué », l’ex-ministre de gauche Emmanuel Macron, 38 ans, a officialisé sa candidature mercredi en se posant en homme nouveau. Il a appelé à « sortir du statu quo » politique et des « recettes du siècle dernier » pour répondre aux défis d’un « monde en plein bouleversement ».

Emmanuel Macron, ancien ministre français de l'Economie, annonce sa candidature à l'élection présidentielle à Bobigny, le 16 novembre 2916. (Crédit : AFP/Philippe Lopez)
Emmanuel Macron, ancien ministre français de l’Economie, annonce sa candidature à l’élection présidentielle à Bobigny, le 16 novembre 2916. (Crédit : AFP/Philippe Lopez)

Son entrée en lice morcelle un peu plus encore la gauche, toujours dans l’attente de savoir si François Hollande, le président socialiste à l’impopularité abyssale briguera ou non un second mandat. Son positionnement transpartisan « ni gauche ni droite » pourrait aussi troubler le jeu à droite, en captant des électeurs du centre courtisés par Alain Juppé.

Dans son propre camp, Alain Juppé doit aussi composer avec un troisième homme : l’ex-Premier ministre François Fillon (2007-2012), candidat à la primaire de droite, a opéré une forte remontée dans les derniers sondages et menace soudain le duel annoncé Juppé-Sarkozy.

« Dans l’électorat du centre, qui est celui de Juppé, il y a un vrai transfert vers Fillon », commente Frédéric Dabi, de l’IFOP.

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