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'Ce que vous proposez, c'est comme d'habitude de la poudre de perlimpinpin'

Marine Le Pen estime que les douaniers vont pouvoir « arrêter » les terroristes

La candidate extrémiste accuse son rival de "complaisance pour le fondamentalisme islamique", l'accuse d'être lié à l'UOIF, lien que l'organisation et l'intéressé récusent ; elle réitère sa proposition contre la double nationalité

Marine Le Pen, le 4 mai 2017 (Crédit : capture d'écran France TvInfo)
Marine Le Pen, le 4 mai 2017 (Crédit : capture d'écran France TvInfo)

La candidate d’extrême droite Marine Le Pen a accusé le centriste pro-européen Emmanuel Macron d’avoir une « complaisance pour le terrorisme islamique », lors du débat télévisé organisé mercredi à quatre jours du second tour de la présidentielle française.

« La sécurité et le terrorisme sont une problématique majeure totalement absente de votre projet », a-t-elle dit d’une voix forte, le regard dur.

« Vous n’avez pas de projet mais en plus vous avez une complaisance pour le fondamentalisme islamique », a-t-elle affirmé.

« Il faut mettre en œuvre la déchéance nationale », a dit Le Pen. « Il faut que l’on expulse tout de suite les fichiers S étrangers qui sont sur notre territoire. Tous ceux qui, étrangers sur notre territoire, ont un lien avec le fondamentalisme islamiste, dehors, dehors ! Tous ceux qui sont doubles nationaux, on mettra en œuvre la déchéance nationale », a déclaré Mme Le Pen.

« C’est ce que le Président a voulu proposer, c’est stupide, ça ne règle rien. Les terroristes se suicident », rappelle Macron.

M. Macron a affirmé pour sa part que « les terroristes que l’on veut combattre, et que j’éradiquerai, ce sont des gens qui se suicident dans les attentats ». « Quelqu’un qui est dans cette disposition d’esprit, vous pensez que la déchéance nationale brandie par Mme Le Pen ça le fait trembler ? », s’est-il interrogé.

Emmanuel Macron (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)
Emmanuel Macron (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)

Emmanuel Macron a accusé mercredi sa rivale Marine Le Pen de « porter » la « guerre civile », ce « piège » que, selon lui, « nous tendent » les « terroristes ».

« Je serai intraitable et je mènerai la lutte sur tous les plans mais le piège qu’ils nous tendent, c’est celui que vous portez, c’est la guerre civile », a déclaré l’ancien ministre de l’Economie.

« La clé c’est de renforcer le renseignement », a-t-il dit, affirmant vouloir « reconstituer les forces de renseignement ».

« Vous portez la guerre civile dans le pays (…) lutter contre les terroristes, ce n’est en aucun cas céder au piège de la guerre civile », a-t-il ajouté, avant de dire que les terroristes souhaitent la victoire de Mme Le Pen.

« La sécurité et le terrorisme sont une problématique majeure totalement absente de votre projet », a-t-elle dit d’une voix forte, le regard dur. « Vous n’avez pas de projet mais en plus vous avez une complaisance pour le fondamentalisme islamique », a-t-elle affirmé.

De son côté, très calme, Macron a développé son programme de lutte contre le terrorisme qui passe par un effort sur le renseignement et un renforcement de la coopération européenne, tout en saluant l’avancée du PNR, (« Passenger Name Record ») adopté par le Parlement européen en avril 2016.

Il s’agit d’un « registre des noms de passagers ». Le PNR est un projet de vaste fichier recensant l’identité de tous les passagers des avions circulant, entrant ou sortant de l’espace européen. Les données sont conservées durant cinq ans. Le fichier prévoit que les services de renseignement européens puissent y accéder, comme certaines données à des pays alliés, tels que les Etats-Unis.

« Ce que vous proposez, c’est comme d’habitude de la poudre de perlimpinpin » a-t-il dit. « Vous faites de la lutte antiterroriste sur les plateaux télévisés, mais chaque fois qu’il y a des réformes proposées au parlement européen, vous ne les votez pas », a-t-il dit. « Vous avez été contre toutes les réformes que l’Union européenne a porté pour lutter contre le terrorisme. Toutes. » Ce à quoi, elle répond, « parce que [ces réformes] ça ne sert à rien ». Suivi d’un « c’est nul » en faisant le signe d’un zéro.

Le rétablissement aux frontières, on va mettre quoi ? l’interroge t-il ? « Des douaniers, » répond-elle. Êtes-vous sérieuse ? s’interroge t-il perplexe, « Oui, je suis très sérieuse. » « Des douaniers qui vont lutter contre le terrorisme ? poursuit-il. « Oui, des douaniers qui vont surveiller nos frontières. » Ce à quoi il répond : « On va mettre des douaniers qui vont lutter contre les terroristes ? Êtes-vous sérieuse ? Je connais les douaniers, qui sont des fonctionnaires remarquables, remarquables, mais ils ne sont pas formés pour lutter contre le terrorisme. Ça n’est pas leur coeur de métier. Ils ne vont pas se battre contre les terroristes. » Interrompu par Le Pen qui affirme en riant, « ils ne vont pas se battre contre les terroristes, ils vont les arrêter. » L’échange sur la question se termine par un Macron blasé déclarant : « c’est tellement ridicule et irréaliste. »

Stand BDS à la foire musulmane au Bourget - 18 avril (Crédit Jacques Demarthon AFP)
Stand BDS à la foire musulmane au Bourget – 18 avril (Crédit Jacques Demarthon AFP)

L’accusation de liens entre l’UOIF et Emmanuel Macron est fréquente chez Le Pen. L’organisation musulmane a en effet appelé à voter pour le candidat d’En Marche à l’issue du premier tour. Or, Macron rejette toute idée de proximité. « Je n’ai jamais rencontré les dirigeants je ne les fréquente pas, » avait-il répondu sur la chaîne BFM TV.

« Aussi longtemps que l’UOIF est une association qui défend une religion, même sur des bases que je ne partage pas, si elle respecte les lois de la république, je n’ai pas à l’interdire », a-t-il ajouté, précisant qu’il n’hésiterait pas à dissoudre l’organisation dans le cas contraire.

De son côté, dans un communiqué, l’UOIF, qui sera prochainement rebaptisée « Musulmans de France », « dénonce ce mensonge éhonté qui revient de façon lancinante ».

Parallèlement au débat, on apprenait hier soir que Camel Bechikh, chef de file des « patriotes musulmans » membre de l’UOIF, participait à un colloque en présence de Louis Aliot.

« Nous avons du respect à l’égard de Monsieur Emmanuel Macron mais n’avons pas de liens particuliers avec son mouvement », écrit l’UOIF, qui « appelle à voter massivement pour Monsieur Macron et à faire barrage à la menace incarnée par les idées de Madame Le Pen ».

Dans un communiqué, la présidente du parti d’extrême droite Front national Marine Le Pen avait alors « réitéré sa demande de dissolution » de l’UOIF, évoquant « la dangerosité d’une organisation qui défie en permanence la République et encourage à la radicalisation », et qui « représente la mouvance intégriste de l’islam en France ».

L’UOIF (Union des organisations islamiques de France) proche de la confrérie des Frères musulmans et rebaptisée islamiste par la candidate, a été invitée, selon elle, à « chacun de ses congrès » de son rival « des gens qui sont venus exprimer leur haine des juifs, leur haine des homosexuels, leur haine des mécréants et qui tiennent systématiquement des discours de haine. »

L’UOIF, classée comme groupe terroriste par les Emirats arabes unis, qui revendique 250 associations membres dont des gestionnaires de mosquées, est l’une des principales organisations structurant le paysage musulman français.

Si elle ne participe plus aux instances dirigeantes du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance représentative de la première communauté musulmane d’Europe (4 à 5 millions de membres), l’UOIF organise chaque année au Bourget, près de Paris, un événement présenté comme le plus gros rassemblement musulman du monde occidental, avec plus de 150 000 visiteurs.

Au salon de 2014, de nombreuses conférences ont été tenues, dont certaines comportaient des discours antisémites, selon une sociologue qui y a assisté et qui a fait part des « Choses entendues lors du 31ème congrès de l’UOIF » sur le Figaro.

« L’antisémitisme a occupé une place de choix avec l’intervention de Hani Ramadan (le frère de Tariq), directeur du Centre islamique de Genève et présenté comme un ‘invité de marque’ sous les applaudissements du public », avait écrit la sociologue Michèle Tribalat dans les pages du quotidien Le Figaro.

« Tout en France, et dans le monde, est fait pour contrarier les musulmans. Il déclare qu’en France on a vu un ministre [Manuel Valls] ‘qui clairement porte la kippa’ s’en prendre aux femmes voilées pour condamner ensuite hypocritement des agressions de ces dernières. » poursuit la sociologue, qui a publié son dernier livre Assimilation: la fin du modèle français aux éditions du Toucan.

Mme Le Pen a aussi réitéré ses attaques concernant Mohamed Saou, référent d’En Marche! dans le Val d’Oise. Celui-ci, soupçonné de liens avec l’islamisme, a été mis en retrait de ses fonctions.

« Il a fait un ou deux trucs un peu plus radicaux. C’est ça qui est compliqué. Mais à côté de ça, c’est un type bien. C’est un type très bien, Mohamed. Et c’est pour ça que je ne l’ai pas viré, » avait déclaré hors antenne Macron sur Beur FM pendant la coupure publicité.

A l’antenne, il avait dit : « Mohamed Saou est un citoyen plein et entier. C’est un responsable plein et entier. Je le respecte. J’admire le travail qu’il a fait. Mais en même temps, il a des responsabilités, a rappelé le fondateur d’En marche !. Et les messages qu’il a mis sur Internet, ce sont des messages qui ont une part de gravité, qui ont touché des gens. Dire ‘Je ne suis pas Charlie’, c’est un message qui blesse aussi des gens. Et donc, oui, il fera l’objet de la procédure comme tout militant. Il est mis en réserve, il n’est pas destitué de ses fonctions, il est référent, mais ne participe pas à la campagne. Et le comité d’éthique, qui est compétent sur ce sujet, ce qui n’est pas moi, traitera de son cas, » avait alors cité Le Point.

Mohamed Saou avait aussi écrit sur Facebook en septembre 2016 « Je n’ai jamais été et je ne serai jamais Charlie ».

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