Masques à gaz, missiles et ironie : Des photos de la guerre du Golfe de 1991
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Masques à gaz, missiles et ironie : Des photos de la guerre du Golfe de 1991

Ces archives militaires, déclassifiées 30 ans après le conflit, se plongent dans cette période durant laquelle l'Irak a tiré des dizaines de missiles Scud sur Israël

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

  • Des Israéliens devant des graffitis indiquant : "Combien de fois avez-vous scellé la pièce, et rien ne s'est passé ?", en référence à la chanson de Rafi Persky, à propos des attaques de missiles Scud contre Israël pendant la première guerre du Golfe de 1991, craints par les Israéliens car ils auraient pu transporter des armes chimiques ou biologiques. (Alex Lebac / Archives du ministère de la Défense)
    Des Israéliens devant des graffitis indiquant : "Combien de fois avez-vous scellé la pièce, et rien ne s'est passé ?", en référence à la chanson de Rafi Persky, à propos des attaques de missiles Scud contre Israël pendant la première guerre du Golfe de 1991, craints par les Israéliens car ils auraient pu transporter des armes chimiques ou biologiques. (Alex Lebac / Archives du ministère de la Défense)
  • Un système de défense antimissile américain Patriot déployé en Israël en réponse à une série d'attaques de missiles Scud par l'Irak pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
    Un système de défense antimissile américain Patriot déployé en Israël en réponse à une série d'attaques de missiles Scud par l'Irak pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
  • Des responsables militaires d'un centre de commandement avec des masques à gaz lors d'une attaque de missiles Scud contre Israël pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind, Asaf Topaz et Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)
    Des responsables militaires d'un centre de commandement avec des masques à gaz lors d'une attaque de missiles Scud contre Israël pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind, Asaf Topaz et Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)
  • Des enfants israéliens retirent des bâches de protection en plastique qui étaient destinées à les protéger en cas d’attaque chimique par des missiles Scud pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)
    Des enfants israéliens retirent des bâches de protection en plastique qui étaient destinées à les protéger en cas d’attaque chimique par des missiles Scud pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)
  • Du personnel militaire inspecte un bâtiment touché par un missile Scud tiré par l'Irak pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
    Du personnel militaire inspecte un bâtiment touché par un missile Scud tiré par l'Irak pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
  • Un soldat israélien utilise un système de missiles sol-air Hawk pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Asaf Topaz / Archives du ministère de la Défense)
    Un soldat israélien utilise un système de missiles sol-air Hawk pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Asaf Topaz / Archives du ministère de la Défense)
  • Un immeuble israélien reconstruit après avoir été détruit lors d'une attaque de missiles Scud pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
    Un immeuble israélien reconstruit après avoir été détruit lors d'une attaque de missiles Scud pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
  • Un immeuble israélien détruit lors d'une attaque de missiles Scud pendant la Première Guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
    Un immeuble israélien détruit lors d'une attaque de missiles Scud pendant la Première Guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
  • Un homme sur la plage avec un journal dont le titre est : « Bush : Nous avons gagné ; un cessez-le-feu », en référence à la fin de la première guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
    Un homme sur la plage avec un journal dont le titre est : « Bush : Nous avons gagné ; un cessez-le-feu », en référence à la fin de la première guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)
  • Des Israéliens tenant des boîtes en carton qui renferment des masques à gaz par crainte d'une attaque à l'arme chimique, pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
    Des Israéliens tenant des boîtes en carton qui renferment des masques à gaz par crainte d'une attaque à l'arme chimique, pendant la première guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)
  • Une famille israélienne avec des masques à gaz par crainte d'une attaque à l'arme chimique, pendant la guerre du Golfe de 1991. (Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)
    Une famille israélienne avec des masques à gaz par crainte d'une attaque à l'arme chimique, pendant la guerre du Golfe de 1991. (Michael Tzarfati / Archives du ministère de la Défense)

Marquant les 30 ans depuis la guerre du Golfe, le ministère de la Défense a publié mercredi des photographies et des séquences vidéo inédites du conflit, lors duquel l’Irak a tiré 43 missiles Scud sur Israël.

Les images montrent les actions des militaires pendant la guerre, ainsi que le quotidien des civils israéliens, qui devaient à tout moment transporter un masque avec eux – y compris sur la plage – et sceller leurs habitations avec des bâches en plastique et du ruban adhésif de peur que les missiles tirés depuis l’Iraq ne contiennent des ogives chimiques ou biologiques.

En fin de compte, aucune arme de destruction massive n’a été utilisée contre Israël. Il est aujourd’hui communément admis que les attaques de missiles Scud visaient à inciter Israël à réagir, de sorte que Saddam Hussein puisse utiliser la réaction israélienne comme un moyen de creuser des divisions entre les pays (notamment arabes) qui composaient la coalition opposée à sa conquête du Koweït.

Pour éviter une telle situation, les États-Unis ont déployé des batteries de défense anti-missile Patriot en Israël. Si elles n’ont pas permis d’intercepter la grande majorité des missiles Scud – selon certaines sources, elles n’en auraient abattu qu’un seul – elles ont remonté le moral d’un pays se sentant impuissant face à des attaques que les dirigeants ne faisaient rien pour empêcher – du moins de façon active.

Les tirs irakiens de missiles ont commencé dans la nuit du 17 au 18 janvier 1991 et se sont poursuivis jusqu’au 25 février 1991.

Outre les photographies et les séquences vidéo publiées mercredi par le service d’archives du ministère de la Défense, deux documents top-secrets de l’armée israélienne ont été déclassifiés. L’un révèle le décompte officiel du nombre d’attaques, déterminé par l’armée à partir d’une enquête menée en décembre 2002 par la Direction des opérations militaires. L’autre document est le journal de bord officiel de l’armée, dans lequel étaient enregistrés à l’époque les détails des lancements de Scud et les ordres qui ont ensuite été donnés aux troupes israéliennes.

Le décompte de 2002 de l’armée diffère légèrement des chiffres officiels communément utilisés par Israël, même si on ne sait pas exactement ce qui explique la différence.

Selon le décompte militaire, 43 missiles Scud ont été tirés sur Israël par 18 tirs de barrage sur une période de 39 jours, alors que le ministère des Affaires étrangères indique aujourd’hui qu’il y en a eu « environ 38 » en 19 tirs de barrage. Dans ce même laps de temps, 54 missiles intercepteurs américains Patriot auraient été tirés sur les Scuds entrants, selon le rapport militaire.

Les emplacements approximatifs des sites d’impact des missiles Scud tirés sur Israël par l’Iraq pendant la guerre du Golfe de 1991, tel que le montre un rapport de 2002 de la Direction des opérations militaires. (Archives du ministère de la Défense)

Selon le décompte militaire de 2002, 14 personnes ont été tuées au total lors des attaques. Le décompte officiel est aujourd’hui de 13. Selon le ministère des Affaires étrangères, deux personnes ont été tuées par des frappes de missiles, quatre ont souffert de crises cardiaques pendant les tirs, et sept personnes sont mortes en raison de l’utilisation incorrecte des kits conçus pour se protéger en cas de guerre atomique, biologique ou chimique que tout le monde dans le pays était tenu de transporter à tout moment.

Le rapport militaire indique que 229 personnes ont été directement blessées par les missiles – contre 208 dans le décompte du ministère des Affaires étrangères – et que 222 personnes se sont inutilement injectées de l’atropine, une substance utilisée pour contrer les effets du gaz neurotoxique. Le ministère des Affaires étrangères a lui répertorié 225 de ces cas. Selon le décompte militaire, 530 personnes ont souffert de crises d’angoisse pendant les tirs de Scud.

Au total, selon le ministère des Affaires étrangères, 1 302 maisons, 6 142 appartements, 23 bâtiments publics, 200 magasins et 50 voitures ont été endommagés lors des attaques.

Le rapport de la Direction des opérations militaires comprend une carte des emplacements approximatifs où les missiles Scud sont tombés. La majorité d’entre eux – 26 sur 43 – ont frappé la zone métropolitaine de Tel Aviv. Huit sont tombés près de Haïfa, quatre dans le nord de la Cisjordanie, et cinq dans le désert, à proximité du réacteur nucléaire de Dimona.

Deux jeunes Israéliens sur la plage, à côté de leurs masques à gaz, pendant la guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)

Le journal de bord de l’armée comprend non seulement les ordres et les évaluations de l’époque : « Il y a une probabilité croissante d’impact de missiles plus tard dans la journée. Nous devrions accroître l’état de préparation » – mais aussi les griffonnages et les dessins des soldats qui tenaient les registres. Des étoiles et des figures géométriques aléatoires ornent les pages.

Une feuille, quelle qu’en soit la raison, contient la première ligne d’une chanson de Bobby Vinton : « She wore blue velvet » [« Elle portait du velours bleu »], griffonnée avant un rapport : « Quatre missiles ont frappé à l’intérieur du territoire du commandement [régional], ce qui a engendré 12 blessés. »

« War » est écrit à plusieurs reprises sur une page autrement vide du journal de bord. Une autre page, qui répertorie « une blessure non mineure mais grave », est décorée d’un signe de paix et d’une fleur de lotus. Une autre page ne contient rien d’autre qu’un dessin d’un missile Patriot interceptant un missile « Skad », avec une explosion caricaturale et le mot « Boom », avec la légende : « Nous ne laisserons pas, nous ne laisserons pas Saddam… »

Dessin d’un missile Patriot interceptant un missile irakien Scud, réalisé par un soldat en service dans le journal de bord officiel de l’armée pendant la guerre du Golfe de 1991. (Archives du ministère de la Défense)

Les photographies indiquent une tension similaire, qui mêle la gravité du moment et la tendance israélienne à poursuivre son quotidien comme à son habitude.

Deux jeunes Israéliens peuvent être vus sur la plage, assis dos à dos sur une serviette, avec leurs masques à gaz à côté d’eux.

Dans d’autres images, des Israéliens font la fête dans la rue, avec des soldats américains et un accordéon, un tambourin en plastique, de la mousse en aérosol et des drapeaux israéliens, tout en portant leurs masques à gaz.

Sur une photo, on peut voir un graffiti de l’époque, indiquant : « Combien de fois avez-vous scellé la pièce, et rien ne s’est passé ? », faisant référence à une chanson populaire, dont les paroles sont : « Combien de fois avez-vous compté jusqu’à dix et rien ne s’est passé ? »

La guerre du Golfe de 1991 a laissé son empreinte sur Israël, inspirant la création du commandement du front intérieur de l’armée, qui a notamment joué un rôle essentiel dans la réponse à la pandémie de coronavirus.

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