Mémoire de la Shoah : « la pédagogie va continuer à progresser », dit Iannis Roder
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Interview

Mémoire de la Shoah : « la pédagogie va continuer à progresser », dit Iannis Roder

Le responsable des formations au Mémorial de la Shoah, interroge la manière d'enseigner la Shoah au moment "où les gens qui ont vécu pendant la Seconde Guerre mondiale s'éteignent"

Iannis Roder, responsable des formations au Mémorial de la Shoah, et professeur d'histoire-géographie (Crédit: capture d'écran Youtube/Europe 1)
Iannis Roder, responsable des formations au Mémorial de la Shoah, et professeur d'histoire-géographie (Crédit: capture d'écran Youtube/Europe 1)

Si la disparition des derniers survivants de la Shoah inquiète, l’enseignement de cette période de l’histoire va se poursuivre et « la pédagogie va continuer à progresser », tout comme pour la Première Guerre mondiale après la disparition des « Poilus », assure à l’AFP Iannis Roder, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès.

Dans une étude intitulée « Shoah : vers la fin de l’ère du témoin« , M. Roder, responsable des formations au Mémorial de la Shoah, interroge la manière d’aborder la Shoah en classe, au moment « où les gens qui ont vécu pendant la Seconde Guerre mondiale s’éteignent ».

À quand remontent les premiers témoignages de rescapés devant les élèves ?

« Ils datent des années 1980 et surtout des années 1990, notamment quand le Mémorial a couplé les visites avec le témoignage d’un survivant de camp d’Auschwitz.

Les associations de déportés ont commencé à être très actives à partir du moment où est apparu sur le devant de la scène un discours négationniste – notamment avec la tribune de Robert Faurisson en 1978 sur les chambres à gaz.

Robert Faurisson (d.) en septembre 2000 arrive au Palais de justice de Paris accusé de contestation de crime contre l’humanité (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

Il y a eu la prise de conscience qu’ils devaient raconter ce qu’ils avaient vu, vécu, la perte des leurs.

Après, il est apparu comme une évidence pédagogique de faire appel à un témoin qui vienne raconter son histoire dans les établissements scolaires. Les élèves pouvaient ainsi prendre conscience qu’il y avait, parmi eux, des gens ayant vécu le nazisme dans leur chair, victimes des conséquences de la politique antisémite nazie.

Selon vous, ces témoignages ont pu avoir un « effet inattendu »…

On ne s’est pas toujours interrogé sur l’émotion que le témoignage peut parfois provoquer chez les jeunes, qui peut être si forte qu’elle efface tout le reste. Elle peut submerger la capacité de penser le crime, de l’analyser, de garder en mémoire le processus politique mis en œuvre par les nazis, ‘la solution finale’, qui mène au génocide.

Comment aborder cet enseignement aujourd’hui ?

D’abord en insistant sur l’idéologie nazie. Ensuite, il faut mettre les élèves en situation de fabrication du récit historique, par le travail sur les archives, le travail de recherche, de confrontation des sources, de documents.

Nous encourageons le travail sur des destins individuels. En retrouvant, localement, une famille, des survivants, des photographies, en écrivant leurs itinéraires. Partir de la petite histoire pour aller vers la grande, de manière à entrer dans une réalité beaucoup plus perceptible et concrète pour les élèves que des chiffres trop abstraits.

Dans ce cadre, le témoignage peut apporter un éclairage humain mais ne dit rien sur le déroulement des événements.

La tristesse qui va accompagner la disparition des derniers survivants n’empêche pas que l’histoire va continuer à s’écrire, l’enseignement à se faire et la pédagogie progresser ».

Avec la disparition des derniers poilus de la Premier Guerre mondiale, on s’était posé les mêmes questions. Or, au moment du Centenaire, on n’a jamais aussi bien enseigné la Grande Guerre ».

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