Meron : Le ministère de la Justice enquête sur une négligence de la police
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Meron : Le ministère de la Justice enquête sur une négligence de la police

Alors qu'une enquête a été ouverte, le porte-parole de la police a déclaré qu'il était "trop tôt et déplacé" de désigner la cause de la bousculade

Des agents de sécurité israéliens et des secouristes sur le site d'une bousculade mortelle lors des festivités de Lag BaOmer au Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Des agents de sécurité israéliens et des secouristes sur le site d'une bousculade mortelle lors des festivités de Lag BaOmer au Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Le département des enquêtes internes de la police du ministère de la Justice a ouvert une enquête sur une éventuelle négligence de la police dans la bousculade mortelle de Meron, a annoncé vendredi le procureur général.

Au moins 45 personnes sont mortes piétinées et plus de 150 personnes ont été blessées, dont beaucoup se trouvent dans un état critique, suite à un mouvement de foule survenu pendant un rassemblement de masse célébrant la fête de Lag B’Omer au mont Meron.

Les enquêteurs sont arrivés sur les lieux pour démarrer l’enquête et rassembler les premiers éléments.

Le procureur général Avichai Mandelblit a déclaré dans un communiqué « qu’il a été décidé que le département des enquêtes internes de la police examinerait immédiatement s’il existait des soupçons de criminalité de la part de la police dans la tragédie de Meron ».

Le procureur général Avichai Mandelblit lors de la 17e conférence annuelle de Jérusalem du groupe « Besheva », le 24 février 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/ Flash90)

Mandelblit a ajouté qu’à ce stade, aucun témoignage ne sera recueilli auprès des officiers de police qui étaient présents sur les lieux.

Le ministre de la Sécurité publique, Amir Ohana, qui supervise la police et était présent à l’événement jeudi, quelques heures seulement avant la bousculade meurtrière, a demandé une enquête indépendante. Il a également accompagné Benjamin Netanyahu sur les lieux du drame ce vendredi matin.

« Il est clair qu’un examen indépendant de tous les aspects liés à la planification de l’événement sera nécessaire, [y compris la] préparation, les responsabilités, les infrastructures et autres », a déclaré Ohana.

« J’envoie mes sincères condoléances aux familles et je prie pour le prompt rétablissement des blessés », a ajouté Ohana dans sa déclaration lors de sa visite.

« Ce qu’il s’est passé ici est déchirant. Il y a eu des gens écrasés à mort, y compris des enfants. Une grande partie de ceux qui ont péri n’ont pas encore été identifiés », a quant à lui déclaré le Premier ministre, disant « pleurer les victimes », dans une vidéo publiée sur Twitter le montrant sur le site du drame.

Il a demandé aux Israéliens de ne pas répandre de rumeurs sur l’identité des morts. « Beaucoup de morts n’ont pas encore été identifiés, et je demande de ne pas répandre de rumeurs sur les réseaux sociaux car cela brise le cœur des familles. Laissez les autorités travailler. »

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana lors des festivités de Lag B’Omer, à Meron, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Le ministre de la Santé, Yuli Edelstein, s’exprimant depuis le centre médical Ziv de Safed, où de nombreux blessés ont été transportés, a ajouté qu’il était trop tôt pour commencer à désigner des coupables.

« Ce n’est pas le moment de commencer à débattre de qui est responsable de quoi », a déclaré Edelstein.

Le ministre a noté que l’hôpital avait organisé un exercice d’entraînement la veille.

« Lorsque l’équipe a été appelée au milieu de la nuit, elle savait ce qui l’attendait », a déclaré Edelstein.

Le commandant du district nord des forces de police, Shimon Lavi, qui a supervisé le dispositif de sécurité des célébrations de masse, a déclaré vendredi matin qu’il assumait la responsabilité de la catastrophe.

« Je porte la responsabilité globale, pour le meilleur ou pour le pire, et je suis prêt à toute enquête », a-t-il déclaré aux journalistes quelques heures après la tragédie.

Des agents de sécurité israéliens et des secouristes transportent le corps d’une victime décédée lors des célébrations de Lag B’Omer au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP)

Cependant, le porte-parole de la police, Eli Levi, a déclaré par la suite qu’il « serait trop tôt et déplacé de désigner la cause » de la bousculade, affirmant que les images vues à la télévision « ne donnaient pas une image et une chronologie complètes ».

Et de son côté, Zohar Dvir, à la tête des équipes de secours déléguées par ZAKA sur le site – elles y étaient présentes depuis presque 24 heures – a estimé qu’il était prématuré de mettre en cause la responsabilité de la police dans cette catastrophe.

« Je pense que c’est une tragédie qui a eu lieu, ce n’est pas une erreur et ce n’est pas une négligence. Ce n’est vraiment pas une négligence. Le problème, ça a été la structure et la foule hyper-compacte », a-t-il commenté auprès du Times of Israël.

« Les choses paraissent suffisamment dures telles qu’elles sont et il est important de dire que rien ne sera laissé au hasard au cours de l’enquête. C’est un effet domino qui a eu lieu, les gens tombant les uns après les autres. »

« Il s’agit d’un événement que la police prépare en amont pendant des mois et le niveau de maintien de l’ordre était élevé hier », a-t-il poursuivi.

Si certains témoins oculaires ont accusé la police d’avoir bloqué une voie de sortie clé, considérée depuis des années comme un dangereux goulot d’étranglement potentiel, Levi a déclaré que la cause précise de la catastrophe restait floue.

Selon les premières indications, le drame s’est produit lorsqu’un grand nombre de pèlerins ultra-orthodoxes se déplaçant dans une passerelle étroite et glissante à plancher métallique, sur une pente, ont commencé à trébucher et à tomber les uns sur les autres le long de la passerelle et des escaliers adjacents.

Des agents de sécurité israéliens et des sauveteurs sur le lieu de pèlerinage lors des célébrations de Lag B’Omer au mont Meron, où une bousculade mortelle a eu lieu, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

En 2018, certains avaient mis en garde contre la survenue d’un tel incident. Le journaliste ultra-orthodoxe Arye Erlich avait conseillé d’élargir ce qu’il disait être la seule voie de sortie du complexe de Meron, à partir d’un goulot d’étranglement étroit, pour éviter une tragédie.

« Qui empêchera la catastrophe lors de la cérémonie d’allumage ? », titrait il y a trois ans un article du site ultra-orthodoxe Haredim10, en référence au grand événement de Lag B’Omer organisé autour d’un feu de joie.

Des responsables de la police ont déclaré au quotidien Haaretz que, si la police assurait la sécurité de l’événement et avait examiné le complexe d’un point de vue technique ces derniers jours, la chute de personnes dans les escaliers était « hors de leur contrôle ».

Vers minuit jeudi, les organisateurs avaient estimé que quelque 100 000 personnes se trouvaient sur le site. Ce grand rassemblement, le plus important en Israël depuis l’apparition de la pandémie de coronavirus, avait déjà suscité des craintes sanitaires.

En raison de l’affluence, la police a déclaré qu’elle n’était pas en mesure de faire respecter les restrictions liées au coronavirus sur le site.

Sharon Alroy-Preis, responsable des services de santé publique au ministère de la Santé, qui avait averti en début de semaine que les rassemblements massifs de Lag B’Omer à Meron pourraient provoquer une recrudescence des cas de coronavirus, a déclaré vendredi à la radio militaire que la catastrophe aurait pu être évitée si la police avait appliqué les restrictions concernant le nombre de personnes autorisées à se rassembler.

« Il n’a pas été possible de parvenir à un accord sur la personne chargée de faire respecter le règlement au mont Meron », a-t-elle déclaré. « Je vous rappelle que le nombre de personnes autorisées à se rassembler à l’extérieur est limité à 100 – il est de la responsabilité de la police de faire respecter les lois de l’État d’Israël. »

Mercredi, Alroy-Preis a accusé le gouvernement et les autorités de se renvoyer la balle concernant l’application des mesures de sécurité sur le site dans le contexte de la pandémie.

Nathan Jeffay a contribué à cet article.

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