Nasser Bourita : Les relations du Maroc avec Israël étaient « déjà normales »
Rechercher

Nasser Bourita : Les relations du Maroc avec Israël étaient « déjà normales »

"De notre point de vue, nous ne parlons pas de normalisation parce que les relations étaient déjà normales," a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita

Nasser Bourita, en juin 2017. (Par Mohamed Abbassi photographe MAECI/Wikipédia CC BY-SA 4.0)
Nasser Bourita, en juin 2017. (Par Mohamed Abbassi photographe MAECI/Wikipédia CC BY-SA 4.0)

Les relations entre le Maroc et Israël étaient « déjà normales » avant l’accord annoncé jeudi par le président américain Donald Trump, a soutenu le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita dans un rare entretien dimanche au quotidien israélien Yediot Aharonot.

« De notre point de vue, nous ne parlons pas de normalisation parce que les relations étaient déjà normales – nous parlons de rétablir les relations entre les deux pays comme elles l’étaient – car il y a toujours eu des relations. Elles n’ont jamais cessé », affirme M. Bourita dans cet entretien publié dans le titre le plus vendu de la presse hébraïque.

Le président américain sortant Donald Trump avait annoncé jeudi qu’il reconnaissait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole disputée, et un accord de normalisation des relations entre le Maroc et Israël, dont s’était aussitôt félicité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Dès samedi, les Etats-Unis ont adopté une « nouvelle carte officielle » du Maroc intégrant l’ensemble du territoire désertique que se disputent depuis des décennies Rabat et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie.

A LIRE : L’histoire judéo-marocaine sera enseignée dans les écoles du Maroc

« C’est la représentation tangible de la proclamation puissante faite il y a à peine deux jours par le président Trump – reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental », a déclaré l’ambassadeur David Fischer avant de signer la « nouvelle carte du gouvernement américain pour le Royaume du Maroc ». Cette carte, qui intègre l’ensemble du territoire désertique que se disputent depuis des décennies le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie, « sera présentée au roi Mohammed VI » qui « dans sa sagesse et sa prévoyance a reconnu Israël », avait-il ajouté au cours d’une brève cérémonie.

Le Maroc, qui avait entretenu des relations officielles avec Israël à la fin des années 1990, après les accords israélo-palestiniens d’Oslo, est le quatrième pays arabe à se rapprocher officiellement de l’Etat hébreu, après les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

« Les relations entre Israël et le Maroc sont spéciales et ne peuvent être comparées aux relations qu’Israël entretient avec aucun autre pays arabe », affirme M. Bourita dans l’entretien.

Le roi Hassan II du Maroc, à droite, discute avec le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, deuxième à gauche, et le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, à gauche, au palais royal de Skhirat à Rabat, au Maroc, le 14 septembre 1993. (Crédit : AP Photo/Nati Harnik)

« Le Maroc a une histoire importante avec la communauté juive, une histoire particulière dans le monde arabe. Le roi (…) et les rois précédents, dont Hassan II, respectaient les juifs et les protégeaient. Les relations du Maroc avec les juifs étaient des relations spéciales que vous ne trouvez dans aucun autre pays arabe », ajoute-t-il.

Le Maroc a une position encore plus particulière puisque le préambule de sa constitution évoque son « affluent hébraïque », que des juifs marocains ont occupé des postes de ministres, et que Mohammed VI, comme son père avant lui, en compte un parmi ses conseillers – André Azoulay. C’est sous l’impulsion royale qu’ont été menés ces dernières années des programmes de rénovation des cimetières juifs et des quartiers urbains où vivait autrefois cette communauté qui comptait 200.000 à 300.000 membres avant les vagues de départ liées à la création de l’Etat hébreu en 1948 puis à l’indépendance du pays en 1956.

Si la classe politique et la presse israélienne ont salué l’accord entre Israël et le Maroc, qui prévoit la mise sur pied d’une ligne aérienne directe entre les deux pays, les dirigeants palestiniens, eux, l’ont dénoncé.

Dimanche, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas était attendu au Qatar pour une visite de deux jours où il doit rencontrer l’émir, Tamim ben Hamad Al-Thani, dont le pays est l’un principaux bailleurs de la bande de Gaza.

Les services de M. Abbas n’ont pas indiqué s’il allait rencontrer des dirigeants du groupe terroriste palestinien du Hamas établis au Qatar.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies Danny Danon écoute des intervenants à la 74ème session de l’Assemblée générale des Nations unies au Siège des Nations unies, le mardi 24 septembre 2019. (AP Photo / Seth Wenig)

Pour Danny Danon, ancien ambassadeur d’Israël à l’ONU, les Palestiniens « doivent comprendre qu’il y a aujourd’hui un nouveau paradigme ».

« L’ancien paradigme était qu’Israël ne pouvait avoir de relations avec d’autres pays arabes tant qu’il n’y avait pas d’accord avec les Palestiniens. Le nouveau paradigme est que nous (Israël) commençons à développer des relations avec le monde musulman et des pays arabes, et ensemble, avec eux, nous approchons les Palestiniens », a-t-il dit dimanche lors d’une discussion en ligne avec quelques journalistes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...