Netanyahu à Hébron : les Juifs resteront dans cette ville pour toujours
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Netanyahu à Hébron : les Juifs resteront dans cette ville pour toujours

Malgré les pressions de la droite, le Premier ministre n'a pas annoncé la construction de nouvelles implantations dans la ville lors du 90e anniversaire du massacre de Hébron

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie à Hébron marquant le 90e anniversaire du massacre de 1929 à Hébron, le 4 septembre 2019. (Gershon Elinson/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie à Hébron marquant le 90e anniversaire du massacre de 1929 à Hébron, le 4 septembre 2019. (Gershon Elinson/Flash90)

HEBRON, Cisjordanie – Lors d’une rare visite à Hébron mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que les Israéliens resteraient à jamais dans la ville de Cisjordanie, mais n’a pas annoncé de nouvelles constructions dans la région comme le réclamaient des habitants et des députés de droite.

La visite de M. Netanyahu, sa première depuis 1998 à Hébron selon les médias israéliens, intervient en pleine campagne législative en vue du scrutin du 17 septembre au cours de laquelle il courtise l’électorat de la droite nationaliste dans l’espoir de distancer son principal rival, Benny Gantz, et son parti centriste, Kakhol lavan.

La ville de Hébron est une poudrière où quelque 800 juifs vivent, pour la plupart par conviction idéologique, sous haute protection militaire, parmi 200 000 Palestiniens. La coexistence y est une source de tensions et de violences permanentes.

Benjamin Netanyahu s’est également rendu au tombeau des Patriarches, avec son épouse Sara, sa première visite du site en tant que Premier ministre.

« Hébron ne sera jamais expurgée de ses Juifs… Nous ne sommes pas des étrangers à Hébron. Nous resterons ici pour toujours », a déclaré Netanyahu lors d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire du massacre de Hébron, au cours duquel des émeutiers arabes ont assassiné 67 de leurs voisins juifs dans la ville biblique.

Netanyahu s’est également abstenu de faire part de son intention d’étendre la souveraineté israélienne à Hébron, comme Yuli Edelstein et Miri Regev, deux autres députés du Likud, l’avaient demandé lors de leur visite respective dans la ville plus tôt dans la journée.

Plus tôt cette semaine, le Premier ministre a déclaré que son gouvernement décréterait la « souveraineté juive » sur les implantations en Cisjordanie, mais pendant sa visite de mercredi, il s’est contenté de dire : « Nous ne sommes pas venus ici pour déposséder qui que ce soit, mais personne ne nous dépossédera non plus. »

Dans les semaines qui ont précédé ce déplacement, les résidents juifs de Hébron et les députés de droite ont lancé une campagne demandant à Netanyahu d’approuver un plan de construction israélien sur le marché contesté de la Vieille Ville.

En novembre, le ministre de la Défense de l’époque, Avigdor Liberman, avait annoncé que le conseiller juridique de son bureau avait adopté un avis qui permettrait aux résidents juifs de Hébron de revenir au marché, qui était la propriété des juifs bien avant la fondation de l’Etat d’Israël.

Après ces meurtres, survenus à l’époque du mandat britannique en Palestine, la communauté juive avait été contrainte de quitter la cité biblique.

Photo illustrative d’une jeep de l’armée israélienne à Hébron, le 7 novembre 2013. (Miriam Alster/Flash90)

Après la guerre d’indépendance de 1948, la Jordanie a loué les étals du marché aux Palestiniens et leur a accordé un bail spécialement protégé. Ce statut spécial a été maintenu tout au long de la guerre des Six Jours de 1967, quand Israël a pris le contrôle militaire de la Cisjordanie, et s’est poursuivi après 1994, après que les tribunaux israéliens ont rejeté les tentatives de résidents juifs afin de réoccuper les magasins qui avaient été fermés par l’armée israélienne.

Le marché est devenu le cœur de la vie commerciale des Palestiniens dans la vieille ville de Hébron, mais il a été fermé à la suite d’un attentat terroriste perpétré en 1994 au tombeau des Patriarches, où Baruch Goldstein, un extrémiste israélien a tué 29 Palestiniens qui y priaient. À l’époque, Tsahal avait estimé que les Palestiniens tenteraient de mener des attaques de représailles contre les Israéliens vivant dans le quartier voisin d’Avraham Avinu.

Dans le protocole de Hébron de 1997 qu’il a signé avec le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, Netanyahu s’est engagé à rouvrir le marché de gros pour déboucher sur la « normalisation de la vie » dans la vieille ville. Toutefois, cet engagement n’a jamais été respecté pour des raisons de sécurité.

Le conseiller juridique du ministère de la Défense, Itai Ophir, a déterminé que puisque la situation « politico-sécuritaire » rend peu probable la réouverture du marché dans un avenir prévisible, Israël est autorisé à démolir les magasins et à construire à leur place des immeubles résidentiels pour les Israéliens. Les magasins palestiniens pourraient alors être reconstruits au-dessus.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son épouse Sara, le président de la Knesset Yuli Edelstein et la ministre de la Culture Miri Regev assistent à une cérémonie marquant le 90e anniversaire des émeutes de 1929 à Hébron, devant le tombeau des Patriarches, le 4 septembre 2019. (Gershon Elinson/Flash90)

L’approbation de Netanyahu est toujours nécessaire pour faire avancer le projet, mais même dans ce cas, la municipalité palestinienne de Hébron devrait saisir la Haute Cour de justice contre une telle construction.

L’observatoire des implantations La Paix maintenant a élaboré la proposition d’approuver la construction là où se trouve le marché de gros.

« Le refrain commun des résidents juifs est qu’ils ne font que ‘revenir vivre dans leur ancienne patrie’, mais cette explication ignore complètement le contexte dans lequel leur vie en Cisjordanie perpétue le régime militaire israélien sur les Palestiniens au détriment de leur liberté », a déclaré l’ONG de gauche, ajoutant qu’un tel projet imposerait un fardeau sécuritaire à Tsahal qui serait obligé de protéger un autre quartier juif dans la cité explosive d’environ 200 000 Palestiniens.

En plus de la construction sur le marché, les habitants de Hébron ont exhorté le gouvernement à rendre le tombeau des Patriarches accessible aux personnes en fauteuil roulant.

Une vue générale de la ville de Hébron, en Cisjordanie, avec le tombeau des Patriarches, le 18 janvier 2017. (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

Lors de la réunion hebdomadaire du cabinet de cette semaine, le ministre de l’Education et le député du parti Yamina Rafi Peretz ont exhorté Netanyahu à consentir à une de ces revendications. Le Premier ministre a demandé à M. Peretz de déterminer lequel des deux projets est le plus souhaité par les résidents et de revenir vers lui.

Netanyahu a assuré mercredi à la foule d’une centaine de personnes réunie à Hébron qu’il « étudiait » les deux questions, conduisant à une protestation immédiate du député Yamina Bezalel Smotrich, qui a tweeté depuis son siège dans l’auditoire qu’aucune des demandes ne serait jamais satisfaite si « Yamina n’est pas assez forte après les élections pour faire pression sur lui ».

La présidente de Yamina Ayelet Shaked lui a emboîté le pas, qualifiant les déclarations de Netanyahu sur la présence permanente d’Israël à Hébron de « simples mots. Même l’accès en fauteuil roulant au tombeau des Patriarches, il ne l’a pas approuvé ».

Netanyahu a préféré se concentrer sur ce qu’il avait déjà accompli pour la ville, se disant « fier du fait que [son] gouvernement ait approuvé le plan de construction dans le quartier juif de Hébron l’année dernière, qui comprendra des dizaines de maisons ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara se tiennent devant le tombeau des Patriarches à Hébron, le 4 septembre 2019. (PMO)

La construction des 31 maisons, de deux jardins d’enfants, d’une garderie et d’un parc public dans ce qui était autrefois une base de Tsahal dans le quartier Hezekiah à Hébron, doit d’abord surmonter plusieurs obstacles juridiques.

Le chef du gouvernement s’est également vanté du retour des résidents israéliens la semaine dernière dans la maison controversée de Machpela près du tombeau des Patriarches, après qu’une commission du ministère de la Défense a autorisé l’achat de la moitié du complexe.

Toutefois, l’occupation du complexe près d’un an et demi après l’ordre de départ donné aux résidents squatteurs semble avoir été prématurée, étant donné qu’une étape juridique supplémentaire est nécessaire pour déterminer quelle partie de la maison leur appartient.

Malgré les critiques des députés Yamina, un porte-parole de la communauté juive de Hébron a déclaré qu’il estimait que le Premier ministre avait pris une « sage » décision en ne faisant aucune déclaration lors de cette cérémonie.

« Il aurait été accusé d’avoir utilisé le 90e anniversaire des meurtres comme plate-forme politique, et les gens auraient dit : ‘Regardez, il est venu à Hébron, juste pour recueillir des votes' », estime Yishai Fleisher.

Par ailleurs, le porte-parole de Hébron a reconnu que la communauté juive « attend plus » du Premier ministre.

« Nous voulons que vous rectifiiez l’erreur que vous avez commise en acceptant de donner à l’Autorité palestinienne 97 % de Hébron », a ajouté M. Fleisher.

Les agents de la police des Frontières au checkpoint près du Tombeau des Patriarches, à Hébron, le 1 janvier 2018. (Crédit : Police des frontières)

En vertu du Protocole de Hébron signé par Netanyahu et les Palestiniens en janvier 1997, la ville la plus peuplée de Cisjordanie était divisée en deux parties. H1 comprend 80 % de la ville et se trouve sous contrôle palestinien total. Dans H2, 800 résidents israéliens vivent dans des complexes fortifiés fortement gardés par Tsahal au milieu de 40 000 Palestiniens, dont les déplacements sont très limités.

Pourtant, Fleisher a estimé que « le fait même qu’il soit venu ici nous permet de montrer la beauté et la normalité de cet endroit ».

L’événement de mercredi marquait la première prise de parole d’un Premier ministre lors de la cérémonie d’État au tombeau des Patriarches.

La dernière fois qu’un Premier ministre israélien avait mis les pieds à Hébron remonté 1998, lorsque Netanyahu, pendant son premier mandat, était venu adresser ses condoléances à la famille de Shlomo Raanan, tué dans une attaque terroriste.

La visite de Netanyahu a été qualifiée de « coloniale » et « provocante » par le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP).

« C’est une visite purement coloniale et raciste (…) Il s’agit d’une tentative de remporter des voix de la droite et de l’extrême droite », a-t-il dénoncé.

Peu avant le début de la cérémonie, une vingtaine de Palestiniens ont brièvement manifesté dans le centre-ville, scandant « Hébron arabe » et brandissant un large drapeau palestinien, selon un journaliste de l’AFP.

Et des jeunes ont lancé des pierres et des pétards en direction des soldats israéliens.

Le Président Reuven Rivlin s’exprime lors d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire du massacre de Hébron en 1929, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 4 septembre 2019. (Flash90)

Le porte-parole du Hamas, Hazem Qassim, a déclaré sur Facebook que « l’annonce par Netanyahu de son intention de prendre d’assaut Hébron et la mosquée d’Ibrahim est une agression grossière contre les sentiments de la nation musulmane ».

« Hébron, Jérusalem et toutes les villes de Palestine sont totalement arabes et les tentatives de l’occupation pour changer leur identité, leur histoire, leur origine ne réussiront pas », a ajouté Qassim.

La cérémonie s’est conclue par une journée d’événements marquant le 90e anniversaire, qui comprenait un discours du président Reuven Rivlin plus tôt dans l’après-midi au cimetière de la ville où les victimes du massacre sont enterrées. Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, a également pris part à une cérémonie de pose d’une mezuzah – un parchemin enroulé que les familles juives posent sur le linteau des portes – à la Maison Machpela.

Rivlin devait être présent à la cérémonie avec Netanyahu, mais son bureau a annoncé plus tôt dans la journée que des complications d’agenda l’avaient forcé à se désister. Les médias israéliens ont rapporté que les responsables du bureau de Rivlin avaient précisé que même si son emploi du temps lui avait permis d’assister à l’événement, il se serait retiré en raison de sa « forte nature politique » deux semaines seulement avant les élections. Quoi qu’il en soit, Rivlin a réussi à s’y rendre plus tôt dans la journée et a pris la parole lors d’une cérémonie antérieure marquant l’anniversaire du massacre de Hébron.

« L’Etat d’Israël doit promouvoir la qualité de vie de tous les habitants de la région, veiller à ce que Hébron et Kiryat Arba se développent et prospèrent, et créer de nouveaux quartiers », a-t-il dit dans son discours, insistant sur le fait que la ville de Cisjordanie n’est pas un obstacle à la paix, mais un test pour les Israéliens et les Palestiniens.

« Hébron n’est pas une barrière à la paix, c’est un test à notre capacité à vivre ensemble, Juifs et Arabes, décemment, côte à côte », a-t-il déclaré.

Adam Rasgon et l’AFP ont contribué à cet article.

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