Netanyahu : Israël, Royaume-Uni et Etats-Unis doivent s’unir contre “l’extraordinaire agression” de l’Iran
Rechercher

Netanyahu : Israël, Royaume-Uni et Etats-Unis doivent s’unir contre “l’extraordinaire agression” de l’Iran

Le Premier ministre devrait parler de coopération sécuritaire, économique et technologique avec son homologue Theresa May et avec Boris Johnson

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 29 janvier 2017. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 29 janvier 2017. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait partir pour Londres dimanche après-midi, pour sa première rencontre avec son homologue britannique, Theresa May. Il a décrit ce rendez-vous comme une tentative visant à créer un front uni entre Israël, les Etats-Unis et le Royaume-Uni contre l’Iran.

« Je compte souligner le besoin d’un front commun contre l’agression provocatrice de l’Iran, qui a relevé la tête ces derniers jours », a déclaré Netanyahu en parlant de son voyage pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche à Jérusalem.

« Ceci doit être fait de manière permanente, mais particulièrement après la provocation de l’Iran contre l’ordre international. »

A Londres, Netanyahu rencontrera également le secrétaire d’Etat britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. « Je discuterai avec eux des moyens d’approfondir les relations bilatérales diplomatiques, sécuritaires, économiques et technologiques, notamment dans le domaine du cyber », a-t-il déclaré.

Netanyahu a déclaré qu’Israël se préparait à une « période diplomatique importante ». La semaine prochaine, il doit rencontrer le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, et deux jours après son retour de Washington le 17 février, il partira pour une semaine à Singapour et en Australie.

Theresa May, Première ministre britannique, au dernier jour de la conférence annuelle du Parti conservateur à Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, le 5 octobre 2016. (Crédit : Paul Ellis/AFP)
Theresa May, Première ministre britannique, au dernier jour de la conférence annuelle du Parti conservateur à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, le 5 octobre 2016. (Crédit : Paul Ellis/AFP)

Avant de monter à bord de l’avion qui l’emmènera à Londres, Netanyahu a déclaré que l’Iran « tente de tester les limites » des nouvelles administrations de Londres et Washington « avec une agression extraordinaire, avec un culot et une hostilité inhabituels. »

« Il y a une nouvelle administration à Washington, un nouveau gouvernement britannique. Je compte parler avec les deux [gouvernements] pour renforcer nos relations, entre chacun et avec Israël, et de manière trilatérale, a-t-il affirmé. C’est ce que je ferai la semaine prochaine à Washington, et c’est ce que je fais demain à Londres. »

« Je pense que la chose la plus importante pour le moment est que des pays comme les Etats-Unis, avec leur leadership, et le Royaume-Uni et Israël, s’unissent contre l’agression de l’Iran et y placent des frontières claires. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu embarque pour Londres, à l'aéroport international Ben Gurion, le 5 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu embarque pour Londres, à l’aéroport international Ben Gurion, le 5 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Ce mois-ci, l’Iran a testé des missiles balistiques intercontinentaux, en violation d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, déclenchant des réponses irritées de Jérusalem et de Washington.

Trump, faisant écho à Netanyahu, a vivement critiqué l’accord nucléaire que l’Iran a conclu avec six puissances mondiales en 2015, et a menacé le régime la semaine dernière après ses tests illicites de missiles. Le régime « joue avec le feu », a-t-il déclaré, promettant de réagir à l’intimidation iranienne plus agressivement que son prédécesseur, Barack Obama.

Le Royaume-Uni, qui est en train de quitter l’Union européenne, cherche à forger de nouvelles alliances internationales, notamment avec les Etats-Unis. Londres a cependant courtisé Jérusalem ces dernières semaines.

Le Royaume-Uni entretient néanmoins des relations diplomatiques complètes avec l’Iran, notamment en ayant une ambassade fonctionnelle à Téhéran, contrairement aux Etats-Unis et à Israël. Les Affaires étrangères britanniques sont jusqu’à présent restées silencieuses sur les tests de missiles balistiques iraniens. Il reste donc à savoir si Netanyahu réussira à obtenir que le Royaume-Uni s’aligne sur la position anti-Iran d’Israël et des Etats-Unis.

Devant son gouvernement, Netanyahu n’a pas cité le conflit israélo-palestinien ou les annonces de construction dans les implantations de la semaine dernière, un sujet qui sera probablement abordé par ses interlocuteurs britanniques.

Deux immeubles de 24 logements en construction dans l'implantation de Beit El, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 juillet 2015. (Crédit : Flash90)
Deux immeubles de 24 logements en construction dans l’implantation de Beit El, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 juillet 2015. (Crédit : Flash90)

Les Affaires étrangères ont toujours condamné chaque annonce de nouveaux logements en Cisjordanie.

« Cette hausse dans l’activité de colonisation sape la confiance et rend la solution à deux états, avec un Israël protégé du terrorisme et un état palestinien viable et souverain, bien plus difficile à atteindre », a déclaré la semaine dernière Tobias Ellwood, chargé de Moyen orient, après l’annonce israélienne de la construction de 3 000 logements supplémentaires à l’est de la Ligne verte. Les implantations sont « illégales aux yeux du droit international, et ne conduisent pas à la paix », a-t-il déclaré.

Netanyahu avait parlé avec Johnson avant l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies le 23 décembre de la résolution 2334, qui a jugé les implantations illégales. Non seulement le gouvernement de May avait voté en faveur de la résolution, mais Johnson avait ensuite révélé que le « Royaume-Uni était étroitement impliqué dans sa rédaction ».

Cependant, il est possible que May n’ait pas connu les détails de la résolution, ou les raisons pour lesquelles Israël la jugeait inacceptable.

Après le long discours du secrétaire d’Etat américain John Kerry du 28 décembre, dans lequel il justifiait l’abstention des Etats-Unis pendant le vote de la résolution 2334, fustigeait à nouveau les implantations, et proposait des paramètres pour un futur accord de paix israélo-palestinien, Downing Street avait publié un communiqué extrêmement rare pour dénoncer la position du premier diplomate américain sortant.

« Nous ne pensons pas qu’il soit approprié d’attaquer la composition du gouvernement démocratiquement élu d’un allié », avait déclaré un porte-parole de May. Les implantations « sont loin d’être le seul problème de ce conflit. En particulier, le peuple d’Israël mérite de vivre libre de la menace du terrorisme, qu’il a dû gérer depuis bien trop longtemps ».

Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson à une réunion des ministres des Affaires étrangères européens au Conseil de l'Europe, à Bruxelles le 16 janvier 2017. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)
Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson à une réunion des ministres des Affaires étrangères européens au Conseil de l’Europe, à Bruxelles le 16 janvier 2017. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

La défiance de Londres vis-à-vis de la position de la communauté internationale sur le conflit israélo-palestinien avait continué mi-janvier, quand le pays avait refusé de signer la déclaration conjointe de la conférence de paix de Paris, qui soutenait une solution à deux états et appelait les deux parties à reprendre les négociations.

Même si le texte était bien plus souple que la résolution du Conseil de sécurité, et affirmait des positions avec lesquels le Royaume-Uni est d’accord en principe, les Affaires étrangères avaient critiqué la conférence pour sa date inopportune, cinq jours avant l’investiture d’une nouvelle administration américaine, et pour l’absence des Israéliens et des Palestiniens.

Adoptant pratiquement un argument israélien, un porte-parole avait déclaré que le sommet de Paris risquait de durcir les positions de négociation palestiniennes, « à un moment où nous devons encourager les conditions de la paix ».

Doublant la mise, le Royaume-Uni avait ensuite bloqué la tentative de la France pour que le communiqué final de la conférence de Paris soit adopté par le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne.

Les Palestiniens avaient été consternés par les mesures britanniques, et avaient appelé le pays à adhérer au consensus international sur les implantations.

Même les observateurs expérimentés de la relation israélo-britannique avaient été surpris par la position pro-Israël de Londres, se demandant si le face-à-face était lié au besoin du Royaume-Uni de renforcer ses alliances à l’extérieur de l’Union européenne au moment où il était sur le point de la quitter.

Beaucoup de responsables et d’analystes européens avaient interprété les décisions inhabituelles de May comme étant moins liées à Israël qu’à ses efforts pour complaire à Trump.

Le Royaume-Uni, qui a voté l’année dernière la sortie de l’Union européenne, n’a plus peur de défier le consensus européen sur le Moyen Orient. En effet, sa nouvelle politique sur le processus de paix peut être vue comme une tentative de sa réaffirmer comme nation souveraine possédant une politique étrangère indépendante.

« Ils commencent à sentir la solitude », avait déclaré au Times of Israël le mois dernier un diplomate européen.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...