Netanyahu s’en prend à Eisenkot et franchit un nouveau seuil de bassesse
En faisant campagne sur l’incompétence supposée de ses adversaires, le Premier ministre se heurte à un Eisenkot perçu comme plus intègre et plus apte à diriger Israël
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Alors que la Knesset a fermé ses portes la semaine dernière et que la campagne électorale commence à peine, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a, lui, déjà atteint des nouveaux sommets de bassesse.
Mardi, son cabinet a produit puis diffusé une vidéo de campagne montrant son principal rival, Gadi Eisenkot, courant dans une prairie baignée de soleil – dépassant, au pas de course, un beau jeune homme vêtu d’un t-shirt portant l’inscription « Unité israélienne » –, pour aller se jeter dans les bras du chef du parti arabe Raam, Mansour Abbas.
Le message était tout sauf subtil : Eisenkot serait prêt à tout pour accéder au pouvoir, jusqu’à renoncer à un Israël juif uni et à s’allier aux ennemis de l’intérieur.
Mais le plus révoltant dans cette publicité n’était pas cette calomnie.
Pour cette vidéo, générée par l’IA, le Premier ministre et son équipe de campagne auraient pu choisir n’importe quel jeune homme ou jeune femme fictifs pour incarner la personne qu’Eisenkot serait prétendument prêt à abandonner dans sa course au pouvoir afin de s’allier aux Arabes.
Ils ont toutefois choisi de générer, dans ce décor paradisiaque artificiel, un jeune homme barbu d’une vingtaine d’années ressemblant de façon troublante à Gal Eisenkot, le fils du général, réserviste de Tsahal, tué à l’âge de 25 ans lors des combats à Gaza, en décembre 2023.
Par cette image, Netanyahu a choisi de présenter son rival comme un homme prêt à trahir jusqu’à l’appel à l’unité d’Israël incarné, au-delà de la mort, par son propre fils tombé au combat.
L’équipe de campagne d’Eisenkot a répliqué en diffusant une compilation d’extraits – bien réels, ceux-là – montrant les tentatives infructueuses de Netanyahu et de ses alliés pour convaincre Abbas de rejoindre leur coalition. La réponse a, inévitablement, contribué à donner encore davantage d’écho au message toxique de la publicité initiale.
Après cela, Jonatan Urich, principal conseiller de Netanyahu, actuellement mis en examen, a publié une nouvelle version de la publicité, dans laquelle le t-shirt « Unité israélienne » est cette fois porté par une femme générée par IA.
גדי, זה לא ישר pic.twitter.com/awy47dINmq
— Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) July 20, 2026
Inutile de préciser que Netanyahu n’a présenté aucune excuse pour cette première publicité ignoble.
Il est tout aussi inutile de préciser que le simple fait d’en parler ici contribuera à lui donner encore davantage de visibilité. J’accepte néanmoins ce prix pour faire valoir les points suivants.
Netanyahu entend faire de l’élection du 27 octobre 2026 un référendum sur l’incapacité supposée de quiconque, hormis lui-même, à diriger Israël. Or, les faits montrent malheureusement qu’il s’est révélé être à peu près la dernière personne qui aurait dû se trouver à la tête du pays.
Au pouvoir presque sans interruption depuis 2009, il a encouragé le Qatar à financer le renforcement du [groupe terroriste palestinien du] Hamas à Gaza et n’a pas su empêcher l’invasion menée par ce dernier ni le massacre du 7 octobre 2023. Il a ensuite refusé d’assumer la responsabilité de cet échec et refusé de démissionner. Enfin, il s’est obstinément opposé à la création d’une commission d’enquête nationale indispensable sur les défaillances qui ont conduit à ce pogrom, afin de mieux prévenir qu’un tel drame ne se reproduise. Il sait qu’une telle commission recommanderait sa destitution de toute fonction publique.
Pire encore, au cours de près de trois années de guerre sur plusieurs fronts, il s’est maintenu au pouvoir en cédant aux exigences immorales et indéfendables des dirigeants ultra-orthodoxes, qui réclament l’exemption du service militaire ou national pour leurs jeunes hommes. Ceux-ci continuent de bénéficier de subventions toujours plus importantes, financées par une communauté d’Israéliens orthodoxes, traditionnels et laïques, de plus en plus réduite, qui, elle, accomplit le service national obligatoire et effectue des périodes de réserve qui semblent sans fin, tout en s’efforçant de concilier tant bien que mal vie familiale et vie professionnelle.
Les derniers soubresauts de la coalition à la Knesset, la semaine dernière, ont notamment abouti à l’adoption d’une loi destinée à entériner, par la seule volonté d’une majorité politique corrompue, l’exemption pourtant manifestement illégale des juifs ultra-orthodoxes du service national.
Le chantage exercé par les dirigeants ultra-orthodoxes, auquel Netanyahu s’est prêté, a encore aggravé les profondes fractures de la société israélienne. Celles-ci occupent désormais le devant de la scène, alors même que le peuple juif s’apprête à célébrer, ce mercredi soir, Tisha BeAv, jour où, selon la tradition, les deux Temples furent détruits par des forces ennemies ayant tiré parti des divisions internes du peuple juif.
Le refus des dirigeants ultra-orthodoxes de permettre à leurs fidèles de partager la responsabilité de la défense de l’État est exacerbé par leur refus de leur donner accès à une éducation digne de ce nom. Ils continuent en effet de maintenir leurs jeunes dans des écoles communautaires – financées là encore généreusement par les Israéliens qui travaillent – où ne sont même pas enseignées les compétences les plus élémentaires.
Comme me l’a expliqué cette semaine le professeur Dan Ben-David, économiste et directeur de l’Institut Shoresh pour la recherche socio-économique, la communauté ultra-orthodoxe, qui représente 14 % de la population et croît bien plus rapidement que tous les autres secteurs de la société, n’est, toutefois, pas totalement coupée des bienfaits de la modernité et du progrès.
« Quand ils tombent malades, ils vont chez le médecin, pas chez le rabbin », observe-t-il. « Ils ne veulent pas vivre sous des tentes. Ils vivent dans des maisons, conçues par des architectes et des ingénieurs. »
Mais leurs dirigeants, terrifiés à l’idée de « perdre » leurs fidèles – Dieu nous en préserve – au profit d’un mode de vie orthodoxe, traditionnel ou laïc, d’une existence active, responsable et pleinement intégrée à la société, n’ont eu de cesse de priver les jeunes générations de toute possibilité de choisir leur avenir. Ils les ont cyniquement privées des outils éducatifs qui leur permettraient de s’intégrer au marché du travail des pays développés.
Ainsi, souligne Ben-David, non seulement le secteur de la société israélienne qui connaît la croissance la plus rapide voit son développement délibérément entravé, mais c’est, par ricochet, l’ensemble du pays qui en paie le prix. Les résultats du système éducatif israélien n’ont cessé de se dégrader, au point qu’Israël se classe désormais, dans les évaluations internationales, derrière la quasi-totalité des pays développés.
Or un pays doté d’un système éducatif digne du tiers-monde – ce qu’Israël est en train de devenir – ne peut durablement conserver une économie de premier monde, un système de santé de premier monde…, ni une armée de premier monde.
Voilà le prix que Netanyahu a accepté de faire payer à Israël pour assurer sa survie politique. Le 7 octobre 2023 en est l’illustration la plus tragique. Il a profondément déséquilibré un pays où une part toujours plus réduite de la population active supporte un fardeau toujours plus lourd, où nombre des citoyens les plus talentueux envisagent de plus en plus de partir, et où ceux qui restent peinent de plus en plus à préserver un Israël prospère, capable de se défendre face à des ennemis qui s’en réjouissent déjà.
Il nous reste encore près de cent jours avant de nous rendre aux urnes. Près de cent jours durant lesquels, comme l’a souligné avec tristesse le président Isaac Herzog dans une allocution télévisée mardi soir, des « manifestations de violence inquiétantes » « ont de nouveau éclaté dans tout le pays » et des « menaces pesant sur l’intégrité des élections » ont déjà été documentées.
« Je m’adresse aux élus, aux militants et à tous les candidats, de tous les partis : ne franchissez pas les lignes rouges ! », a imploré Herzog. « Ne transformez pas vos adversaires en ennemis ! »
Déjà à l’époque où il était chef de l’opposition, Netanyahu avait attisé une hostilité virulente contre le Premier ministre Yitzhak Rabin. Trente et un ans plus tard, il semble n’avoir rien retenu de cette tragédie. Il ne tient manifestement aucun compte de l’appel lancé aujourd’hui par le président.
Sa chaîne de télévision fétiche, la Quatorzième chaîne, ses partisans sur les réseaux sociaux et ses militants les plus virulents continuent de diffuser sans relâche leurs messages toxiques. Et l’homme qui a supervisé la campagne diffamatoire contre Eisenkot, ce politicien sans doute le plus habile, mais aussi le plus clivant d’Israël, accusant sans la moindre preuve son adversaire de tourner le dos à l’idéal d’unité nationale, il ne prend même plus la peine de sauver les apparences.
Eisenkot poursuit son ascension dans les sondages. Il arrive désormais en tête des personnalités préférées pour le poste de Premier ministre, tandis que son parti, Yashar, est au coude à coude avec le Likud. Il est perçu comme l’exact opposé de Netanyahu : un homme susceptible de défendre, de bonne foi, les intérêts nationaux fondamentaux d’Israël. Ni rusé, ni cynique, ni superficiel. Et non marqué à jamais par le pire échec de leadership de l’histoire du pays.
Il n’est malheureusement guère surprenant que Netanyahu soit prêt, sans la moindre retenue, à tout tenter pour salir la réputation de cet ancien chef d’état-major endeuillé, qui aspire à remettre Israël sur les rails.
Le pire est probablement encore à venir.
Osons espérer qu’une part suffisante de l’électorat saura encore discerner où résident les véritables intérêts vitaux du pays et que, dans quatre-vingt-dix-sept jours, Israël commencera enfin à changer de cap.
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