Netanyahu s’excuse auprès d’un rabbin sioniste après les propos de son assistant
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Netanyahu s’excuse auprès d’un rabbin sioniste après les propos de son assistant

Le Premier ministre s'est excusé après que Natan Eshel, qui voulait inciter Itamar Ben Gvir à quitter la course, a dénigré Haim Druckman et ses partisans en l'appelant "Shmuckman"

Le Rabbin Haïm Meïr Druckman. (Tsafrir Abayov/Flash90)
Le Rabbin Haïm Meïr Druckman. (Tsafrir Abayov/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté ses excuses mercredi à un rabbin sioniste religieux de premier plan après que le principal responsable politique du Premier ministre a été enregistré en train de se moquer de lui et du parti Yamina qui le considère comme un leader religieux.

Le rabbin Haïm Druckman, lauréat du Prix Israël et ancien député, est considéré par beaucoup comme la plus haute figure religieuse de la communauté sioniste religieuse en Israël.

Dans l’enregistrement, le collaborateur politique majeur de Netanyahu, Natan Eshel, semble se moquer de Druckman avec le préfixe yiddish « sh », l’appelant « Shmuckman » au lieu de Druckman, pour le dénigrer.

L’appel de Netanyahu mercredi était « chaleureux et utile », selon les responsables du Likud. Le Premier ministre a déclaré que les commentaires désobligeants de son assistant Natan Eshel « ne reflétaient pas mon point de vue ». Il a souhaité une bonne santé au rabbin et a souligné que la meilleure façon de garantir un gouvernement de droite après l’élection du 2 mars était de voter Likud, a rapporté le parti.

Natan Eshel assiste aux célébrations de Yom Yeroushalayim, à Jérusalem, le 20 mai 2012. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Druckman semblait peu convaincu. Il a publié un communiqué mercredi soir, après sa conversation avec Netanyahu, disant qu’il « appelle [ses partisans] à voter uniquement pour le parti Yamina, dont les initiales sont tet-bet« .

Il a ajouté : « On peut faire confiance aux représentants de la liste Yamina pour lutter de toutes leurs forces pour l’identité juive de l’État d’Israël et pour garder la terre d’Israël entre les mains du peuple d’Israël. Un vote en faveur de la liste Yamina garantira un gouvernement de droite dirigé par le Premier ministre Netanyahu. »

Dans les enregistrements diffusés mardi par la Douzième chaîne, on entend Eshel, qui a dirigé les négociations de coalition de Netanyahu, tenter de convaincre le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Le Pouvoir juif), Itamar Ben Gvir, de se retirer de la course aux législatives.

Le parti Otzma Yehudit a échoué à plusieurs reprises à entrer à la Knesset et a été tenu à l’écart de l’alliance des partis de droite lorsqu’elle a été formée le mois dernier par le leader de Yamina, Naftali Bennett. Celui-ci l’a attribué au fait que Ben Gvir est un partisan du Dr Baruch Goldstein, qui a perpétré la fusillade de 1994 au Tombeau des Patriarches à Hébron dans lequel 29 fidèles musulmans ont été assassinés.

Une photo de Goldstein est accrochée dans le salon de Ben Gvir, a précisé M. Bennett, disant qu’il était « évident » qu’il ne pouvait pas figurer sur une liste de la Knesset avec un tel candidat.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 9 février 2020. (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Netanyahu a néanmoins bataillé dur pour faire entrer Otzma Yehudit à la Knesset (afin que le parti rejoigne sa coalition) ou pour l’écarter de la course (afin que les voix de ses électeurs ne soient pas perdues mais réparties à des partis qui entreraient à la Knesset et qui rejoindraient la coalition). Mais Otzma Yehudit a régulièrement obtenu entre 1,6 et 2,6 % des voix dans les sondages – bien en dessous du seuil de 3,25 % pour pouvoir siéger au Parlement, mais suffisamment pour priver la future coalition de droite de Netanyahu de quelques sièges cruciaux.

Dans les enregistrements des récents appels téléphoniques entre Eshel et Ben Gvir, on entend le conseiller du Premier ministre essayer de convaincre Ben Gvir d’abandonner la course.

« J’ai une question pour toi, mon cher », dit Eshel à Ben Gvir. « Si tu savais avec une certitude absolue, une certitude absolue, que tu n’as aucune chance de passer [le seuil], ne penses-tu pas qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ? »

Eshel soutenait qu’il valait mieux abandonner, tout en contribuant à assurer un gouvernement de droite que de rester dans la course dans l’espoir de gagner une présence à la Knesset, mais en nuisant par la même occasion aux perspectives générales de la droite.

Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, tient une conférence de presse à Jérusalem, le 20 janvier 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Natan, nous en avons parlé d’innombrables fois », répond Ben Gvir. « Nous comprenons tous les deux une chose : il [Netanyahu] n’a pas 61 [sièges à la Knesset] sans moi. Il n’en a tout simplement pas. Si vous me dites : ‘Itamar, regardez-moi dans les yeux, le Likud apporte 40 sièges cette fois-ci, et Yamina 10 sièges’, alors c’est bon. »

« Je n’y crois pas », répond Eshel.

Ben Gvir poursuit en insistant sur le fait que le soutien de Netanyahu pourrait le propulser au sommet – et faire enfin gagner l’élection à Netanyahu. « Bibi peut me faire passer [le seuil]. S’il le veut, il peut me faire passer. Dès qu’il sortira et dira : ‘J’ai des sondages internes qui montrent qu’Itamar est en hausse’, alors nous aurons fini, la partie sera terminée. »

Il s’engage ensuite à soutenir la candidature de Netanyahu pour une nouvelle « loi française » qui lui accorderait l’immunité contre les poursuites dans ses affaires de corruption, une promesse que le Premier ministre n’a pas pu obtenir du dirigeant de Yamina, Naftali Bennett.

« Il [Netanyahu] sait que je suis plus impliqué que lui [Bennett] dans tout : plus [favorable à] l’immunité que lui – je veux une loi française. Il le sait. »

Eshel parle alors de son patron : « S’il savait, ou même s’il sentait ou soupçonnait que vous pouviez passer [le seuil], il serait ravi de vous avoir vous et non Bennett. »

Ben Gvir pousse le pion plus loin : « Bennett, tout le monde le croit, toute la rue parle de comment il va se comporter, au lendemain de l’élection, avec [le leader de Kakhol lavan, Benny] Gantz. »

Eshel acquiesce, expliquant le refus du numéro un de Yamina de se présenter avec Ben Gvir comme un clin d’œil à Gantz, ce qui explique l’échec des efforts de Netanyahu pour pousser le rabbin Druckman à faire pression sur Bennett. Dans son explication, le conseiller semble se moquer du rabbin, l’appelant « Shmuckman » au lieu de Druckman.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le rabbin Haim Druckman lors d’une rencontre dans le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 8 février 2012. (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

« Je le pense aussi, j’en suis sûr, Itamar », dit Eshel à Ben Gvir. « Je l’ai dit aussi, je l’ai expliqué à Bibi, pourquoi il n’y avait aucune chance que Bennett accepte de vous rejoindre, parce qu’alors il n’aurait pas la possibilité de rejoindre Gantz. Je l’ai dit à Bibi aussi. C’est un gaspillage d’efforts d’aller voir le rabbin Druckman et Shmuckman et tout le reste. C’est idiot. »

Ben Gvir ajoute que si Gantz propose aux dirigeants de Yamina, Bennett, Ayelet Shaked et Bezalel Smotrich les ministères de la Défense, de la Justice et des Transports, « on ne peut que rêver qu’ils ne rejoignent pas [Gantz]. Ils le rejoindront très volontiers ».

« Non seulement je suis d’accord avec toi », répond Eshel, « mais Bibi pense aussi comme toi ».

Après la diffusion des enregistrements mardi, le ministre de la Défense Naftali Bennett a appelé le rabbin pour le soutenir.

Eshel a expliqué plus tard dans une déclaration qu’il avait parlé en « argot » et que son commentaire ne signifiait rien de plus.

« Il est évident que je fais partie des disciples et des admirateurs du rabbin Druckman. Mon intention était claire, que ni lui [Druckman] ni personne d’autre ne pourrait faire changer d’avis Ben Gvir. J’ai parlé en argot et, Dieu m’en garde, je n’ai rien voulu dire de plus. »

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