Netanyahu utilise ses dernières cartouches pour sauver la coalition
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Netanyahu utilise ses dernières cartouches pour sauver la coalition

Le Premier ministre doit rencontrer le ministre des Finances alors que la proposition de coupes budgétaires générales pour augmenter les salaires de policiers fait polémique

Da gauche à droite : Gilad Erdan, Moshe Kahlon et Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 18 novembre 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Da gauche à droite : Gilad Erdan, Moshe Kahlon et Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 18 novembre 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dimanche soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait rencontrer le ministre des Finances Moshe Kahlon dans une ultime tentative destinée à sauver son gouvernement et à éviter des élections anticipées et une crise budgétaire qui se profilent à l’horizon.

Prévue pour 18h30, la rencontre intervient un jour après que Kahlon, le chef du parti Koulanou, a publiquement exprimé son soutien pour des élections anticipées alors que le gouvernement ne tient plus qu’à un siège.

Plus tôt, Naftali Bennett, le chef du parti HaBayit HaYehudi, a déclaré soutenir l’idée d’élections anticipées en mars et Aryeh Deri, le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, s’est également prononcé en faveur d’élections anticipées.

De son côté, Netanyahu lutte pour maintenir à flot sa coalition depuis que le ministre de la Défense Avidgor Liberman et son parti Yisrael Beytenu ont claqué la porte mercredi à cause d’un différend sur la décision d’Israël de conclure un accord de cessez-le-feu avec le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Netanyahu a affirmé dimanche que des élections anticipées seraient une « erreur », bien qu’il ne dispose plus que d’une très courte majorité après la démission mercredi du ministre de la Défense Avigdor Lieberman.

« Dans une période aussi sensible du point de vue de la sécurité, aller aux élections constituerait une erreur », a affirmé M. Netanyahu à l’ouverture du conseil des ministres.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Crédit : AFP/ Menahem KAHANA)

Le Premier ministre voudrait pouvoir repousser les élections au moins jusqu’en mai, voire terminer son mandat, afin de procéder aux nominations d’un nouveau chef de l’armée et d’un nouveau chef de la police, mais aussi d’autres lois.

En théorie, les élections sont prévues pour novembre 2019.

D’autres éléments viennent pourtant compliquer la situation. A l’approche de la rencontre de la dernière chance entre Netanyahu et Kahlon, des ministres ont, en effet, approuvé une coupe budgétaire générale afin de pouvoir augmenter les salaires des officiers de police et des gardiens de prison, mais aussi des retraités.

« Aujourd’hui, le cabinet a approuvé deux décisions importantes. La première vient corriger le ‘manque de titularisation et de sécurité de l’emploi’ pour ceux qui travaillent au sein de l’establishment sécuritaire. C’est une bonne nouvelle pour les agents de police, les retraités de la police, le service des prisons, l’ISA (Shin Bet) et le Mossad, pour tous ceux qui sont au service, avec dévouement, de la sécurité de l’Etat. C’est la nouvelle qu’ils attendaient depuis tant d’années. La décision a été soumise au cabinet avec les ministères des Finances et de la Sécurité intérieure.

La seconde décision importante est la mise en réserve d’une source budgétaire pour une série d’aides apportées à Sdérot et aux communautés adjacentes à la bande de Gaza, comme je l’avais promis avec les ministères des Finances et de l’Intérieur lors de notre rencontre, jeudi dernier, avec les chefs de conseil des zones qui jouxtent la bande de Gaza ».

La coupe budgétaire, qui devrait se situer à hauteur d’environ 22 milliards de shekels sur les 20 prochaines années, a provoqué la colère de certains ministres.

Yaakov Litzman, le vice-ministre de la Santé, et chef de facto du ministère, a appelé Kahlon et Netanyahu à augmenter son budget plutôt qu’à le réduire.

Un malade se fait vacciner contre la rougeole à Jérusalem au mois de novembre 2018 (Autorisation : Ministère de la Santé)

Il a expliqué que le ministère, qui participe actuellement à la lutte contre une épidémie de rougeole, avait besoin d’argent pour se préparer à l’arrivée des pathologies hivernales et aux risques d’autres épidémies.

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, dont le ministère supervise la police et les prisons, a déclaré qu’il soutenait les augmentations de salaires. Il s’est cependant plaint du fait que l’on demande à son ministère de faire plus d’efforts que d’autres, ce qui constituerait, selon lui, une punition.

Erdan a affirmé que la coupe budgétaire conduirait au licenciement de 700 policiers et gardiens. « Cela fera du tort à la sécurité publique et à la sécurité du personnel », a-t-il expliqué dans un tweet.

Uri Ariel, le ministre de l’Agriculture, a également affirmé qu’il s’opposait à la coupe budgétaire, soulignant que le budget pour l’agriculture israélienne était parmi les plus bas du monde occidental.

Le dirigeant de l’Union sioniste Avi Gabbay anime une réunion de faction à la Knesset le 16 juillet 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le parti d’opposition de l’Union sioniste, qui a appelé à des élections anticipées dès que possible, a affirmé que les coupes étaient une preuve qu’il fallait de nouveaux dirigeants.

« Si nous sommes aux commandes du gouvernement, nous mettrons en place un programme vraiment social et nous nous y tiendrons, sans céder d’un pouce à la pression politique », a déclaré le parti dans un communiqué.

Meretz, un autre parti de l’opposition, devrait proposer un vote pour dissoudre la Knesset plus tard dans la semaine.

« Un lapin dans son chapeau ? »

La crise politique a pris de l’ampleur après qu’une opération militaire israélienne secrète menée dans la bande de Gaza a mal tourné la semaine dernière, entraînant deux jours d’intenses tirs des deux côtés de la frontière. Le Hamas, qui contrôle Gaza, a tiré des centaines de roquettes sur le sud d’Israël, tandis que les avions israéliens ont ciblé des dizaines de sites militaires du Hamas à Gaza.

Après deux jours, l’Egypte a réussi à sceller une trêve informelle entre Israël et le Hamas. Si Netanyahu a évité la guerre, il a été fortement critiqué, aussi bien à droite qu’à gauche, pour sa décision d’accepter les conditions de la trêve après les deux journées au cours desquelles une pluie de roquettes s’est abattue sur le sud d’Israël.

Incendie et fumée après des attaques aériennes israéliennes visant Rafah dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière avec l’Égypte, le 12 novembre 2018. (Crédit : Saïd KHATIB / AFP)

Mercredi, Liberman a démissionné en signe de protestation, laissant la coalition au pouvoir avec seulement 61 sièges à la Knesset contre 59 pour l’opposition.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman annonce sa démission de son poste suite au cessez-le-feu avec le Hamas dans la bande de Gaza, lors d’une conférence de presse à la Knesset le 14 novembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Samedi soir, dans des entretiens séparés, Kahlon et Bennett, qui avaient tout d’abord demandé le portefeuille de la Défense pour rester dans la coalition, ont déclaré que la gouvernement avait été très affaibli par le départ de Liberman et que de nouvelles élections étaient inévitables.

Netanyahu, qui est au pouvoir depuis 2009, a déclaré que sa coalition de droite devrait rester en place et a averti que des nouvelles élections pourraient voir l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche. Dans un communiqué de vendredi, il a souligné l’importance de ne pas répéter « l’erreur historique » de l’élection d’un gouvernement de gauche en 1992 qui a conduit au « désastre d’Oslo ».

« Si Koulanou ne saborde pas la coalition, elle tiendra le coup », a déclaré Netanyahu sur Twitter samedi, ajoutant qu’un « gouvernement de droite ne devrait pas être renversé ».

Kahlon a confirmé qu’il allait rencontrer Netanyahu dimanche « pour entendre ce qu’il a à dire ». Il semblait cependant convaincu que des élections anticipées se profilaient à l’horizon.

« J’ai une rencontre demain à 9h30, a déclaré Kahlon, peut-être que Netanyahu va me surprendre avec un lapin dans son chapeau ».

Le ministre des Finances Moshe Kahlon dirige une réunion de faction de son parti Koulanou à la Knesset le 5 mars 2018. (Hadas Parush/Flash90)

La rencontre a ensuite été déplacée à 18h30 dimanche, sans qu’aucune raison ne soit donnée.

Vendredi, un Netanyahu confiant a déclaré au quotidien Haaretz qu’il espérait repousser la dissolution de son cabinet de plusieurs semaines afin de pouvoir confirmer la nomination du prochain chef de l’armée et de la police israéliennes.

Des sources au sein de la coalition ont déclaré qu’ils pensaient que Netanyahu espérait encore modifier les lois électorales afin d’abaisser le seuil minimum pour qu’un parti puisse entrer dans la Knesset. Il n’a cependant pas mentionné ce sujet lors des discussions avec les responsables de différents partis vendredi.

Samedi, Bennett et Kahlon ont déclaré qu’ils pensaient que les élections porteraient au pouvoir une coalition similaire, avec Netanyahu à sa tête. Les sondages placent régulièrement le Likud en tête avec environ 30 sièges, son chiffre actuel, avec le parti centriste Yesh Atid comme principal concurrent avec environ 18 députés.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett arrive à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 3 juin 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL/Flash90)

Vendredi, Netanyahu a rencontré Bennett afin de le convaincre de rester dans la coalition.

Samedi, le Bureau du Premier ministre a publié un communiqué appelant le chef du parti Yisrael Beytenu à « faire preuve de responsabilité et à ne pas travailler au renversement d’une coalition qui pourrait gouverner une année supplémentaire ».

Un haut responsable du parti ultra-orthodoxe Shas, qui dispose actuellement de sept sièges dans la coalition, a déclaré que le parti n’était pas opposé à des élections, mais « si le Premier ministre veut continuer avec le gouvernement actuel, le Shas le soutiendra ».

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