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Les new yorkais traquent « le nazi de la ligne L », tagueur antisémite dans le métro

On recherche le suspect, surpris en train d’écrire « 1488 », un code néo-nazi, sur la ligne L du métro. Des personnes relèvent les tags, disséminés dans toute la ville

Illustration : Des passagers dans une station de métro de New York. (Crédit : J2R via iStock par Getty Images)
Illustration : Des passagers dans une station de métro de New York. (Crédit : J2R via iStock par Getty Images)

New York Jewish Week / JTA – En attendant le métro L à Union Square, en ce dimanche de février, Liz, qui vit en banlieue, repère quelque chose – ou plutôt quelqu’un – dont les actions l’inquiètent, elle et d’autres New-Yorkais, depuis plus d’un an.

Il s’agit d’un homme de type caucasien, vêtu d’une veste en cuir et d’un sweat à capuche noir, qui griffonne des slogans néo-nazi au marqueur noir sur une poutre de la station.

Liz prend une photo de cet homme, qui prend la fuite.

Depuis lors, avec l’aide d’autres personnes, elle recherche cet homme, surnommé « le nazi du métro L ».

Son graffiti favori semble être « 1488 », code néonazi reconnu comme un symbole antisémite par l’Anti-Defamation League.

« J’ai vu quelqu’un en train de griffonner sur un poteau », explique Liz à la New York Jewish Week.

« Il était en train d’écrire ‘1488’. Je me suis dit : ‘Prends une photo.’ Il m’a regardée puis oubliée, continuant comme si de rien n’était. »

Liz, comme d’autres activistes qui ont accepté de témoigner pour la New York Jewish Week, a refusé de donner son nom complet ou plus de détails sur elle, de peur d’être prise pour cible par les suprémacistes blancs qu’elle a passé les dernières années à faire en sorte de dénoncer.

Militante anti-extrême droite, Liz a déclaré avoir assisté à de nombreux événements d’extrême droite et même néonazis dans des villes du nord-est du pays.

Lors de ces événements, elle a parfois affronté physiquement des participants et a même été arrêtée à deux reprises.

Sa dernière rencontre, sur le quai du métro L, explique Liz, n’a pas dégénéré.

« Il ne voulait pas être condamné pour agression, pas plus que moi », ajoute-t-elle.

« Il a pris ses jambes à son cou et j’ai envoyé les photos. »

En langage néo-nazi, le nombre 1488 symbolise deux choses : le 14 représente les 14 mots du credo suprémaciste blanc « Nous devons assurer l’existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs » – et 88, « Heil Hitler », car le « H » est la huitième lettre de l’alphabet.

Depuis novembre 2021, des utilisateurs de Twitter prennent en photo des graffitis similaires dans les stations de métro des lignes L et M de Manhattan et Brooklyn.

Ce n’est pas la première fois que des symboles de haine font leur apparition sur les murs de la ligne L : deux trains ont été retirés, en 2019, après la découverte d’ autocollants antinazis qui donnaient à voir des croix gammées.

Journaliste indépendante – et juive – de Brooklyn, Talia Jane a rassemblé quelques unes de ces photos dans un fil Twitter qui suit les publications de Liz.

Ses propres publications ont été relayées 1 300 fois en l’espace d’une semaine. Les photos du « nazi de la ligne L » ont été vues près de 800 000 fois.

« Les gens ont commencé à remarquer des inscriptions semblables, faites avec la même encre et la même écriture », explique Jane à la New York Jewish Week.

« On a rapidement supposé qu’une seule et même personne était derrière ces tags. »

Interrogée par cette journaliste à propos des graffitis, la police de New York a déclaré « n’avoir aucun dossier » sur la question.

La porte-parole de la MTA, Kayla Shults, a déclaré à la New York Jewish Week, dans un communiqué envoyé par courrier électronique, que « les actes de haine de quelque nature que ce soit, et notamment antisémites, n’avaient pas leur place dans le métro ».

« Lorsqu’elles sont identifiées, ces inscriptions sont rapidement retirées », a ajouté Shults.

« Plus que jamais, la MTA est à l’avant-garde des campagnes publiques qui prônent le respect et la tolérance. »

Les efforts pour retrouver l’auteur des graffitis se sont également développés hors ligne.

Comédienne qui vit dans l’est de New York, Elsa Waithe, 34 ans, se rappelle avoir vu pour la première fois le graffiti « 1488 » en novembre 2021, à la station Livonia, sur la ligne L.

Elle l’a recouverte d’un autocollant, mais des graffitis semblables ont continué à apparaitre à proximité.

Aujourd’hui, Waithe dépose des dépliants dans les stations de la ligne L avec une photo de l’auteur présumé sous le titre « #SubwayNazi ».

« Soyez vigilants », peut-on lire dans le dépliant.

« Cet homme a récemment été surpris en train de laisser des tags nazis dans le métro new-yorkais. »

« J’ai l’intention de mettre ces affiches tous les week-ends, encore un mois ou deux au moins, pour qu’il sache que les gens savent qui il est », a déclaré Waithe à la New York Jewish Week.

« Mon ami m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai répondu : « De la chasse aux nazis. »

Waithe, qui affirme s’être donnée pour « mission » de recouvrir les tags « 1488 » avec des autocollants, a remarqué que des personnes avaient commencé à publier des photos de tags similaires dans des stations plus proches de Manhattan, comme Myrtle-Wycoff, Grand Street et même Union Square.

« Il les laisse dans des endroits bien en vue », assure Waithe.

« La station Livonia se trouve juste à côté de logements sociaux. C’est un quartier afro-américain. Cela m’agace que quelqu’un menace la communauté. Car il s’agit clairement d’une menace. »

Pour Waithe, l’utilisation de codes tels 1488 ou 1352, slogan raciste anti-noir, permet à leur auteur de cacher des messages nazis à la vue de tous.

« S’il avait dessiné une croix gammée, nous aurions tout de suite su de quoi il s’agissait », explique Waithe.

« Or, ce n’est qu’une croix gammée codée. C’est exactement la même chose, c’est juste moins connu, ce qui lui permet d’écrire en toute tranquillité, ou de prétendre qu’il s’agit de tout autre chose. Ainsi, il peut toujours nier. »

Selon l’Anti-Defamation League, l’État de New York s’est classé septième au niveau national pour le nombre d’incidents de propagande suprémaciste blanche en 2021.

« Personne ne veut d’un nazi dans son quartier », affirme Waithe.

« Nous prenons tous ce métro, nous vivons tous dans cette ville. Existe-t-il un réseau [de militants] ? Non. Simplement des citoyens inquiets. »

Sophie Ellman-Golan, porte-parole du groupe progressiste « Jews For Racial and Economic Justice », s’est réjouie de l’initiative des personnes qui « surveillent le nazi du métro ».

« Cela fait des années que ce nazi fait en sorte que les Juifs, les Noirs et tous les groupes marginalisés se sentent mal à l’aise, indésirables, dans le métro », a déclaré Ellman-Golan à la New York Jewish Week.

« Ce sont les nazis qui devraient se sentir mal à l’aise et indésirables, dans le métro tout autant que dans notre ville ou notre État. »

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