Rechercher

Nicolas Bay rallie Eric Zemmour, étrille Marine Le Pen

Accusé de "déloyauté", l'eurodéputé a rétorqué en fustigeant les "revirements et reculades" de la cheffe du RN et son "refus de toute forme de débat interne" au parti

Le député européen du parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) Nicolas Bay tient une conférence de presse sur la présidence française de l'Union européenne, à Paris, le 18 janvier 2022. (Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Le député européen du parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) Nicolas Bay tient une conférence de presse sur la présidence française de l'Union européenne, à Paris, le 18 janvier 2022. (Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Il a fini par sauter le pas. L’eurodéputé et membre dirigeant du Rassemblement national, Nicolas Bay a annoncé mercredi son ralliement à Eric Zemmour en fustigeant les « revirements et reculades » de Marine Le Pen et son « refus de toute forme de débat interne » au parti.

« J’ai décidé de m’engager pleinement aux côtés d’Éric Zemmour dans la campagne présidentielle car je crois profondément dans sa candidature, son projet et sa stratégie », affirme dans Le Figaro l’eurodéputé.

Interrogé mercredi soir dans « C à vous » sur France 5 sur ce possible ralliement, Eric Zemmour avait dit qu’il l’accueillerait « les bras ouverts ». Le candidat d’extrême droite doit effectuer samedi un déplacement en Normandie, terre d’élection de M. Bay où il est conseiller régional.

Le RN avait suspendu mardi de ses fonctions l’eurodéputé, le poussant au départ, alors qu’il envisageait de rallier le rival de Marine Le Pen, en l’accusant de « sabotage » pour avoir transmis des « éléments stratégiques » à Eric Zemmour, ce que l’intéressé dément.

Eric Zemmour s’adresse aux membres de la communauté française de Londres au centre de conférence de l’ILEC, dans l’ouest de Londres, le 19 novembre 2021. (Crédit : Tolga Akmen / AFP)

Trois autres eurodéputés – Jérôme Rivière, Gilbert Collard et Maxette Pirbakas – ont déjà rejoint le candidat Reconquête!, suivis dimanche par l’unique sénateur RN Stéphane Ravier, ainsi que par plusieurs conseillers régionaux.

Nicolas Bay, membre jusqu’à mardi du bureau national (direction) du mouvement, estime dans Le Figaro que « ces dernières années (au RN) ont été rythmées par des mises à l’écart et des ruptures souvent organisées ».

Il a notamment cité la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, qui avait quitté le parti en mai 2017, juste après la présidentielle, et dont il est proche idéologiquement, tenant d’une ligne plus identitaire, plus conservatrice et plus libérale sur le plan économique que Marine le Pen.

« Bûchers »

« Cela traduit un problème de fonctionnement: le refus de toute forme de débat interne (…) l’imperméabilité à la moindre remise en cause, et, in fine, les procès en sorcellerie et les bûchers dressés », développe l’élu conservateur.

« Ce mode de fonctionnement stérilise l’action politique, neutralise les énergies, obère nos chances de victoire et est un repoussoir pour d’éventuels partenaires ou alliés », assène-t-il, autant de critiques qui avaient surgi au sein du mouvement après l’échec du RN aux élections régionales en juin 2021.

L’ancien secrétaire général du parti (2014-2017) et ancien vice-président (2017-2018) rapporte aussi que « l’appareil s’est délité » avec « à peine plus de 20.000 adhérents » et « deux fois moins d’élus qu’auparavant ».

Alors que Marine Le Pen l’accuse de « déloyauté », Nicolas Bay explique que la « vraie infidélité » à l’égard des électeurs c’est « renoncer à dénoncer le carcan de la Cour européenne des droits de l’homme, à la sortie de Schengen, à la fin de la binationalité, accepter la PMA sans père ». « Ces multiples revirements et reculades ont contribué à démobiliser nos électeurs », estime-t-il.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle française de 2022, lors d’une conférence de presse sur la présidence française de l’Union européenne, à Paris, le 18 janvier 2022. (Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Il critique encore une candidate qui « fait une confusion entre extrémisme et radicalité. Quand notre pays est au bord du gouffre, les mesures à mettre en œuvre sont forcément radicales ».

Avant cette annonce, Marine Le Pen avait jugé sur LCI que M. Bay « ne pouvait plus » rester à ses côtés, « à partir du moment où les gens se tiennent mal, où ils sont déloyaux ».

« Fruits pourris »

Nicolas Bay avait jugé « grossière » l’accusation de sabotage, en expliquant qu’il ne participait « à aucune instance de la direction de campagne ». Juste avant d’être démis de ses fonctions, il avait réclamé une « explication » du parti sur les récents départs.

La séparation couvait depuis des semaines. Alors que Nicolas Bay accompagnait la candidate à Madrid fin janvier, il avait refusé de dire s’il serait encore à ses côtés au premier tour, provoquant la colère de Marine Le Pen. Que « ceux qui veulent partir (du RN) partent, mais ils partent maintenant », avait-elle lancé.

Ses relations avec Marine Le Pen se sont détériorées depuis l’échec de la présidentielle de 2017, après laquelle il avait tenté d’incarner la relève de Marion Maréchal.

Sans le nommer, Marine Le Pen avait mardi « demandé à ceux qui opèrent la stratégie de la limace de bien vouloir accélérer leurs départs (…) parce que la limace est lente mais aussi poisseuse ».

Laurent Jacobelli, porte-parole de sa campagne, s’était réjoui mercredi matin que les « fruits pourris tombent » du RN.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...