Israël en guerre - Jour 194

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« Nous mourrons plutôt que de nous enrôler » : des Haredim bloquent la route 4

Une policière est filmée frappant violemment un manifestant, alors que la question de l'exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes revient sur le tapis

Des centaines d’hommes juifs ultra-orthodoxes de la Faction de Jérusalem, un parti extrémiste, ont bloqué un grand axe routier nord-sud près de Bnei Brak pendant plusieurs heures dimanche, en signe de protestation contre les appels de plus en plus nombreux à mettre fin aux exemptions générales de recrutement pour les Haredim.

Plusieurs vidéos ont montré des manifestants bloquant la route 4 près du croisement de Givat Shmuel, dansant ou assis sur la route.

Certains tenaient des pancartes sur lesquelles était écrit : « À la Cour suprême : Nous sommes prêts à aller en prison pour [ne pas aller à] l’armée » et « Nous mourrons plutôt que de nous enrôler ».

La police a dû faire usage de la force pour déloger les manifestants de la route et rétablir la circulation.

Une policière des frontières a été filmée alors qu’elle donnait de violents coups de pieds à un manifestant assis sur la route.

Selon la police, plusieurs manifestants auraient qualifié les officiers de « nazis » lors de la manifestation.

À Petah Tikva, des manifestants ultra-orthodoxes ont bloqué la ligne du tramway, interrompant temporairement le système de transport.

La Faction de Jérusalem, un groupe extrémiste ultra-orthodoxe qui compte environ 60 000 membres, est considérée comme l’une des factions les plus conservatrices de la communauté haredi et manifeste régulièrement contre l’enrôlement des étudiants de yeshivot.

Les gouvernements successifs de Netanyahu ont eu du mal à parvenir à un consensus sur la législation relative au service militaire pour les ultra-orthodoxes depuis une décision de la Haute Cour de 2017 qui a statué que les exemptions générales de service militaire pour les étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva étaient discriminatoires et inconstitutionnelles, tout en ordonnant à l’État de trouver une solution à la question.

Une loi autorisant l’exemption a expiré en juin 2023, et un règlement temporaire visant à la prolonger devrait expirer à la fin du mois de mars, après quoi l’armée ne pourra plus exempter les ultra-orthodoxes du service militaire obligatoire.

Alors que la coalition soutenue par les haredim cherche à faire adopter une nouvelle loi étendant l’exemption, la question est devenue de plus en plus controversée, en raison de la guerre à Gaza et des fortes pressions que celle-ci fait peser sur la population qui sert dans l’armée.

Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a annoncé mercredi qu’il s’opposait à l’extension des exemptions générales et qu’il ne soutiendrait qu’une législation en la matière approuvée par les ministres des partis centristes, Benny Gantz et Gadi Eisenkot, qui ont rejoint le cabinet dans le cadre de l’effort de guerre.

Selon Gallant, la pression exercée sur l’armée pendant les combats à Gaza et à la frontière nord nécessite la contribution de tous les secteurs de la société, ce qui rend irréalisable l’exemption dont bénéficient les hommes ultra-orthodoxes pour étudier dans les yeshivot.

L’annonce de Gallant a été saluée par Gantz, mais elle a immédiatement provoqué des réactions hostiles de la part des Haredim et s’est accompagnée de menaces vagues de faire tomber le gouvernement.

Lors d’une conférence organisée la semaine dernière, le rabbin Meir Tzvi Bergman, membre influent du comité consultatif rabbinique qui dirige le parti de coalition Yahadut HaTorah, a souligné l’opposition des ultra-orthodoxes à tout compromis.

« Nous n’accepterons rien en ce qui concerne l’enrôlement des étudiants des yeshivot », a-t-il déclaré, selon le site d’information Haredim10. « Personne ne peut nous forcer à abandonner la Torah. »

Une animosité mal placée

Par ailleurs, la Douzième chaîne a rapporté dimanche que le camion du chef de la branche Habad de la ville de Rosh Pina, dans le nord du pays, avait été vandalisé et qu’un graffiti portant l’inscription « Parasites » – terme parfois utilisé pour dénigrer les ultra-orthodoxes en raison de leur manque apparent de contribution à la société – avait été peint sur son véhicule.

Le rabbin Chaï Rothenberg a toutefois servi dans une unité d’élite de Tsahal et utilise la voiture vandalisée pour livrer de la nourriture aux soldats de Tsahal. Le réseau a déclaré que depuis le début de la guerre, il a organisé plus de 50 événements pour les soldats stationnés dans le nord.

C’est la deuxième fois en deux mois que le véhicule de Rothenberg est vandalisé ; la dernière fois, des vandales avaient peint des graffitis portant l’inscription « Sangsues ».

« C’est surtout blessant », a confié Rothenberg à la Douzième chaîne. « Je viens d’une famille de soldats. Mon père faisait partie de la Sayeret Haruv, mon oncle a été tué à la guerre et j’ai servi dans l’unité de lutte contre le terrorisme. »

Des juifs ultra-orthodoxes bloquent une route lors d’une manifestation contre l’enrôlement des juifs haredim dans Tsahal, route 4 près de Bnei Brak, le 3 mars 2024. (Crédit : Itai Ron/Flash90)

« Vous ne me connaissez pas, alors comment pouvez-vous me juger ? Je suis peut-être un Juif qui observe la Torah et les mitzvot plus que d’autres, mais nous sommes tous Juifs, et cela fait mal, ce qui va à l’encontre de ce que je souhaite ».

Le rabbin aurait reçu des messages de soutien de la part de soldats auxquels il a apporté de la nourriture pendant la guerre.

La question des exemptions pour les ultra-orthodoxes est revenue au premier plan de l’agenda politique ces dernières semaines, après que Tsahal a annoncé son intention de prolonger les périodes de service obligatoire pour les recrues et de reporter la retraite pour certains réservistes, ainsi que d’augmenter le nombre de jours de service annuel des réservistes, en prévision notamment d’une éventuelle extension des combats à Gaza et de la possibilité d’une guerre contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Ce projet a suscité de vives réactions, avec de nombreux législateurs, y compris au sein de la coalition, exigeant que le manque d’effectifs soit comblé par les ultra-orthodoxes.

Les tentatives d’élaboration d’une législation n’ont pas réussi à combler le fossé entre les législateurs traditionnels, qui souhaitent un partage plus équitable du « fardeau », comme on appelle le service militaire en Israël, et les partis ultra-orthodoxes de Shas et Yahadout HaTorah, qui exigent le maintien des exemptions et dont les gouvernements de Netanyahu ont compté sur le soutien pour rester au pouvoir.

La semaine dernière, la direction du personnel de Tsahal a déclaré à une commission de la Knesset que quelque 66 000 jeunes hommes de la communauté ultra-orthodoxe avaient bénéficié d’un report du service militaire au cours de l’année écoulée, un record absolu. Quelque 540 d’entre eux se seraient enrôlés depuis le début de la guerre, selon Tsahal.

Un officier de police retire un manifestant ultra-orthodoxe de la rue, Route 4 près de Bnei Brak, le 3 mars 2024. (Crédit : Itai Ron/Flash90)

Le mois dernier, l’État a indiqué à la Haute Cour qu’il avait besoin de plus de temps pour légiférer sur un nouveau projet de loi parce qu’il avait été impossible de le faire pendant la guerre en cours. Il a déclaré qu’il présenterait les grandes lignes du projet de loi avant le 24 mars, puis a demandé un délai supplémentaire jusqu’à la fin du mois de juin pour adopter la législation.

La Cour, qui a examiné des recours sur la question lundi, a donné à l’État jusqu’au 24 mars pour expliquer pourquoi il ne rédigeait pas de projet de loi pour les ultra-orthodoxes.

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