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Nucléaire iranien: Biden face au casse-tête des Gardiens de la révolution

Le chef des forces américaines au Moyen-Orient assure que le retrait des Gardiens de la liste noire "ne changerait pas grand chose" d'un "point de vue opérationnel"

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iraniens défilent lors du défilé militaire annuel marquant l'anniversaire du déclenchement de la guerre dévastatrice de 1980-1988 contre l'Irak de Saddam Hussein, dans la capitale Téhéran, le 22 septembre 2018. (Crédit: Stringer/AFP)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iraniens défilent lors du défilé militaire annuel marquant l'anniversaire du déclenchement de la guerre dévastatrice de 1980-1988 contre l'Irak de Saddam Hussein, dans la capitale Téhéran, le 22 septembre 2018. (Crédit: Stringer/AFP)

C’est l’un des derniers obstacles à surmonter pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien : l’Iran exige que les Etats-Unis retirent les Gardiens de la révolution de leur liste noire des organisations terroristes, un geste avant tout symbolique mais politiquement à hauts risques pour Joe Biden.

L’intervention publique, vendredi, d’Israël dans ce débat qui électrise déjà la classe politique à Washington vient encore compliquer la décision du président américain.

« Le corps des Gardiens de la révolution islamique (…) a assassiné des milliers de personnes, dont des Américains », ont déclaré le Premier ministre israélien Naftali Bennett et son ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid, dans un communiqué en forme d’avertissement à leur proche allié américain. « Nous refusons de croire que les États-Unis leur retireraient la désignation d’organisation terroriste. »

L’Iran et les Etats-Unis négocient depuis onze mois à Vienne pour relancer le texte conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances pour garantir qu’il n’y aurait jamais de bombe atomique iranienne.

L’accord est moribond depuis que les Américains l’ont quitté en 2018 sous la présidence de Donald Trump, qui a rétabli les sanctions asphyxiant l’économie iranienne – ce qui a poussé la République islamique à s’affranchir des restrictions -clés à son programme nucléaire.

Le président Biden s’est dit prêt à revenir dans l’accord, et donc à lever à nouveau les mesures punitives, si les Iraniens renouent avec leurs engagements.

Le président américain Joe Biden annonce l’interdiction des importations de pétrole russe suite à son invasion de l’Ukraine dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche, le 8 mars 2022. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Or, l’Iran a déclaré cette semaine qu’il ne restait plus que « deux sujets » à régler avec les Etats-Unis, dont celui des « garanties » qu’il réclame sur la survie de l’accord en cas d’alternance politique à la Maison Blanche.

L’autre obstacle porte sur les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, comme le confirme une source proche du dossier.

En avril 2019, pour durcir sa « pression maximale » sur le pouvoir iranien, l’administration Trump avait inscrit les « Gardiens » sur la liste noire des « organisations terroristes étrangères ».

Théoriquement, il ne s’agit pas d’une sanction liée au nucléaire, mais Téhéran estime qu’elle n’aurait pas été prise sans le retrait américain de l’accord de 2015 et qu’elle doit donc être effacée.

Des caméras de télévision devant le « Grand Hotel Vienna » où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos à Vienne, en Autriche, le 20 juin 2021. (Crédit : Florian Schroetter/AP)

‘Une promesse’ 

Entre les lignes, le communiqué de l’Etat hébreu suggère, pour s’en alarmer, qu’un compromis est bien sur la table à Vienne. « Nous avons du mal à croire que la désignation des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste sera annulée en échange d’une promesse de ne pas porter atteinte aux Américains », écrivent ses dirigeants.

La droite américaine, et plus largement les élus qui affichent la plus grande proximité avec Israël, multiplient aussi les mises en garde.

« Tout accord qui enrichirait les terroristes iraniens ne durera pas », a lancé l’ex-secrétaire d’Etat Mike Pompeo, se targuant d’avoir, avec Donald Trump, « mis l’Iran au pas ». « Nous l’avons fait avant et le referons », a-t-il prévenu.

Face à cette levée de boucliers, le gouvernement américain reste muet.

Son dilemme est d’autant plus délicat que l’accusation de terrorisme à l’encontre de cette armée fait quasiment l’unanimité à Washington. Cette entité, soutien-clé d’autres bêtes noires des Etats-Unis comme le Hezbollah libanais, les Houthis yéménites ou encore certaines milices irakiennes, est jugée responsable de nombreuses attaques contre des soldats ou intérêts américains au Moyen-Orient.

« L’objectif numéro un des Etats-Unis au sujet de l’Iran est que l’Iran ne possède jamais une arme nucléaire », a rappelé vendredi le général Kenneth McKenzie, chef des forces américaines au Moyen-Orient. « Toute solution qui l’en empêche contribue à la sécurité régionale », a-t-il ajouté devant la presse.

Pressé de questions sur la possibilité de voir les Gardiens de la révolution quitter la liste noire, il a souligné que cela « ne changerait pas grand chose » d’un « point de vue opérationnel » et au sujet de la manière dont Washington voit « la menace » qu’ils représentent.

Plusieurs experts assurent que même si l’administration Biden devait faire cette concession à Téhéran, les « Gardiens » et leurs dirigeants resteraient sous le coup d’autres sanctions.

« C’est une situation où la politique semble l’emporter sur le fond », déplore Barbara Slavin, du cercle de réflexion Atlantic Council, qui estime que le sauvetage de l’accord de 2015 vaut bien la levée de cette sanction.

« Je pense que les détracteurs de l’accord se sont jetés sur ce sujet dans une dernière tentative pour empêcher de le ressusciter », estime-t-elle.

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