Rechercher

Nucléaire iranien : Lapid appelle au rétablissement de toutes les sanctions de l’ONU

Le ministre des Affaires étrangères, incertain de la viabilité du gouvernement jusqu'à la visite de Biden, a appelé à ce que la question soit renvoyée à l’ONU

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Discours du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères, le 15 juin 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Discours du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères, le 15 juin 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a appelé mercredi matin à la mise en œuvre des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Iran, en raison de la reprise de son programme nucléaire.

« Nous sommes arrivés au point où la question nucléaire iranienne doit revenir à la tribune du Conseil de sécurité de l’ONU, et toutes les sanctions doivent être réactivées », a déclaré Lapid, s’adressant à des journalistes israéliens et internationaux lors d’une conférence de presse rappelant les réalisations diplomatiques israéliennes depuis que le gouvernement de Naftali Bennett a pris ses fonctions, en juin dernier.

Selon l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales, les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU peuvent être réimposées à l’Iran – sans que la Russie ou la Chine soient autorisées à y opposer leur veto – si l’une des parties à l’accord dépose plainte.

La perspective de conclure un nouvel accord nucléaire à Vienne semblant de moins en moins probable, Israël espère que la question nucléaire iranienne sera transférée de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité. La semaine dernière, un haut responsable israélien a déclaré que la pression diplomatique croissante exercée sur l’Iran par un Occident déçu pourrait entraîner le renvoi de la question au Conseil de Sécurité de l’ONU, à la grande satisfaction d’Israël.

Le Conseil d’administration de l’AIEA a adopté, mercredi dernier, une résolution condamnant l’Iran pour ne pas avoir justifié l’origine de traces d’uranium enrichi détectées sur trois sites que Téhéran n’avait pas déclarés comme susceptibles d’accueillir des activités nucléaires.

Lapid a fait valoir mercredi que l’amélioration des liens de son gouvernement avec l’Europe et l’administration Biden avait aidé Israël à faire valoir ses vues sur l’Iran.

Des photographes et des caméramans de télévision assistent à une démonstration d’une caméra de surveillance utilisée en Iran lors d’une conférence de presse de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur la situation actuelle en Iran au siège de l’agence à Vienne, en Autriche, le 9 juin 2022. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

« La décision américaine de ne pas radier le Corps des gardiens de la révolution islamique de sa liste des organisations terroristes est clairement une victoire de la diplomatie israélienne », a déclaré Lapid.

Il a ajouté que la censure de l’Iran par le Conseil des gouverneurs de l’AIEA était également, au moins en partie, le résultat du travail des diplomates israéliens aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Russie et en Chine.

Lapid a exposé l’approche d’Israël pour contrer le programme nucléaire iranien, basée sur « l’encerclement de l’Iran ».

Une pièce maîtresse de cette approche réside clairement dans les relations qu’entretient son gouvernement avec Washington, a expliqué Lapid. «Israël et l’administration américaine ont des visions distinctes du monde», a-t-il reconnu. « Néanmoins, un dialogue a lieu au plus haut niveau, et notre position fait l’objet d’une attention particulière. Nous parlons et continuerons à le faire, d’ami à ami. Il peut y avoir désaccord, même lorsque l’objectif est partagé. »

S’agissant de la visite du président américain Biden, le 13 juillet prochain, Lapid a indiqué qu’il « ne saurait dire » si le gouvernement actuel, confronté à une crise parlementaire qui ne cesse de prendre de l’ampleur, sera toujours là pour accueillir le président.

Mais il a assuré « faire le nécessaire pour qu’il en soit ainsi et être en mesure de lui souhaiter la bienvenue sur le tapis rouge ».

« Le président est un véritable ami d’Israël, et l’a toujours été. Cette visite est l’occasion de mettre en avant les liens indéfectibles qui lient nos deux pays, la force et la profondeur de nos relations bilatérales. Cela aura également un impact sur la sécurité régionale et les relations économiques au Moyen-Orient. Je suis sûr que la visite du président en Israël et en Arabie saoudite aura un impact durable et positif », a ajouté Lapid.

Le président Joe Biden dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 31 mai 2022 à Washington. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci, File)

« Nous tentons d’assiéger l’Iran d’un point de vue sécuritaire et politique car l’Iran est une menace à l’ensemble de la région et non seulement à Israël », a déclaré  Lapid.

« Par conséquent, toutes les mesures que nous prenons dans la région, et en particulier concernant l’importante visite du président Biden en Israël et en Arabie saoudite doivent être considérées sous cet aspect », a ajouté le chef de la diplomatie israélienne.

Depuis septembre 2020, Israël – qui entretenait déjà des relations avec l’Egypte et la Jordanie – a normalisé ses relations avec quatre autres pays arabes: les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

L’Etat hébreu espère pouvoir un jour ajouter à cette liste l’Arabie saoudite, pays qui s’oppose comme lui au renouvellement de l’accord international de 2015 censé limiter le programme nucléaire iranien.

« Je ne vais pas commenter à savoir si nous avons ou non des discussions en coulisses avec les Saoudiens (…) mais nous avons des intérêts communs qui ont à voir avec l’Iran », a affirmé M. Lapid.

Il a dit avoir eu des contacts au cours des derniers mois avec des chefs de la diplomatie de « trois pays avec lesquels Israël n’a pas de relation mais souhaiterait en avoir ».

Dans ce contexte, Israël et l’Arabie saoudite pourraient régler lors de la visite de M. Biden la question épineuse de la rétrocession à Ryad de deux îlots stratégiques en mer Rouge, actuellement aux mains de l’Egypte et qui permettent de contrôler l’accès au port israélien d’Eilat, a souligné récemment la presse israélienne.

Les autorités égyptiennes ont déjà donné le feu vert à cette rétrocession mais celle-ci doit aussi être approuvée par Israël en vertu des accords de paix de 1979 entre ces deux pays. Interrogé à ce propos, M. Lapid a dit mercredi ne pas vouloir commenter les « rumeurs », mais il a indiqué que celles-ci « n’étaient pas sans fondement ».

Le voyage de M. Biden, annoncé mardi, commencera en Israël, où le président rencontrera les dirigeants israéliens, a déclaré la porte-parole adjointe de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, dans un communiqué.

Un responsable israélien a déclaré au Times of Israel que Biden rencontrerait le Premier ministre Naftali Bennett, le président Isaac Herzog, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz. Il a ajouté que Biden se rendrait également au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem ainsi qu’à Jérusalem-Est.

Il se rendra également en Cisjordanie et en Arabie saoudite.

Le président américain Joe Biden et le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman. (Crédit : Collage/AP)

Un haut responsable de l’administration Biden a précisé, lundi, que le président se rendrait probablement sur le site de déploiement d’un système de défense antimissile financé par les États-Unis, pour saluer l’action de la Maison Blanche et obtenir un financement supplémentaire de l’ordre d’1 milliard de dollars pour les réapprovisionnements de la batterie du Dôme de fer, épuisés après la guerre de Gaza de mai 2021.

Biden évoquera également de nouvelles innovations utilisant des technologies laser pour vaincre les missiles et autres menaces aéroportées.

Le responsable de l’administration a déclaré que la visite en Israël aura également vocation à favoriser « l’intégration croissante de l’État juif dans la région à travers les accords d’Abraham – accords de normalisation signés par Jérusalem avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc – par le renforcement des liens d’Israël avec Israël et l’Égypte et la création d’un nouveau forum établi par l’administration Biden incluant les États-Unis, les Émirats arabes unis, Israël et l’Inde (l’I2U2).

Après avoir rencontré le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, probablement à Bethléem, Biden se rendra ensuite directement d’Israël à Jeddah, selon un itinéraire très inhabituel requérant l’approbation saoudienne, en prélude peut-être à une normalisation avec l’État juif.

Pendant son séjour à Jeddah, il participera au sommet annuel du CCG+3 avec les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Koweït, d’Oman et du Qatar, en plus de l’Égypte, de l’Irak et de la Jordanie.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...