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Nucléaire : Israël met en garde contre le « chantage » de l’Iran à Vienne

"Un régime aussi meurtrier ne devrait pas être récompensé", a mis en garde Naftali Bennett alors que les pourparlers ont repris lundi

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de la conférence de la Muni Expo à Tel Aviv, le 20 octobre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de la conférence de la Muni Expo à Tel Aviv, le 20 octobre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett a appelé les négociateurs sur le nucléaire iranien à ne pas « céder au chantage nucléaire de l’Iran » dont les engagements sont, estime-t-il, « insuffisants », alors que les pourparlers ont repris lundi à Vienne.

« Malgré les violations iraniennes et la sape des inspections nucléaires, l’Iran sera à la table des négociations à Vienne, et certains penseront qu’il mérite que les sanctions à son encontre soient levées et que des centaines de milliards de dollars soient versés directement dans leur régime pourri », a déclaré M. Bennett dans une vidéo envoyée par son bureau.

« Ils ont tort. Un régime aussi meurtrier ne devrait pas être récompensé », a-t-il poursuivi, avant d’appeler les négociateurs à ne pas « céder au chantage nucléaire de l’Iran ».

« Israël est très préoccupé par la volonté de lever des sanctions et de permettre l’entrée de milliards de dollars en Iran en échange de restrictions insuffisantes sur le programme nucléaire », avait déjà déclaré dimanche Bennett.

« Voici le message que nous transmettons aux Américains et aux autres pays qui négocient avec l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères livrera le même message dans ses rencontres cette semaine à Londres et Paris », avait ajouté Bennett.

Suspendues depuis juin, les négociations sur le nucléaire iranien ont repris lundi entre Téhéran et les pays encore parties à l’accord conclu en 2015 (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie). Les Etats-Unis, qui ont quitté le pacte en 2018 sous la présidence de Donald Trump, doivent participer de manière indirecte aux discussions.

L’accord de Vienne, connu sous son acronyme anglais JCPOA, offrait à Téhéran la levée d’une partie des sanctions étouffant son économie en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’ONU.

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid (R), signe un protocole d’accord avec la ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, au Foreign Office, à Londres, le 29 novembre 2021. (Crédit : Stuart Mitchell/GPO)

Cette déclaration intervient alors que le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid est lundi en Europe dans l’espoir d’infléchir les positions de Londres et Paris.

Le Royaume-Uni travaillera « d’arrache-pied » pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire, a déclaré lundi la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss en recevant à Londres son homologue israélien Yaïr Lapid.

Les Britanniques travailleront « d’arrache-pied pour empêcher le régime iranien de se doter d’armes nucléaires », a déclaré Mme Truss lors d’un point presse à l’issue de sa rencontre avec le ministre israélien des Affaires étrangères.

« Nous sommes absolument déterminés à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et toutes les options sont sur la table », a-t-elle ajouté alors que reprennent lundi à Vienne, après cinq mois de pause, les négociations pour tenter de ressusciter l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien.

« Nous voulons que ces discussions aboutissent. Mais si ce n’est pas le cas, toutes les options sont sur la table », a insisté Liz Truss.

Pendant des mois, l’Iran a ignoré l’appel des Occidentaux à revenir autour de la table, tout en poursuivant la montée en puissance de son programme nucléaire.

« Si un accord ne peut être conclu rapidement et que l’Iran poursuit son escalade nucléaire, alors ils seront responsables de l’effondrement de l’accord nucléaire et de cette occasion manquée », a déclaré le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, lequel devait également s’entretenir lundi avec Yaïr Lapid.

Le ministre israélien a accusé Téhéran de chercher essentiellement à faire lever les sanctions, rétablies par les Etats-Unis après leur départ unilatéral de l’accord nucléaire sous la présidence de Donald Trump en 2018.

« Ils vont gagner du temps, gagner des milliards grâce à la levée des sanctions, continuer à duper le monde et secrètement avancer leur programme nucléaire », a-t-il dit. « Le monde doit empêcher ça, et peut empêcher ça », a-t-il ajouté, appelant à des sanctions et une supervision « plus strictes ».

Dans une tribunal publiée dans le Daily Telegraph, il s’était auparavant engagé avec Liz Truss à travailler « jour et nuit » pour contrecarrer le programme nucléaire iranien.

Israël, dont l’Iran est l’ennemi juré, se dit « très préoccupé par la volonté de lever des sanctions en échange de restrictions insuffisantes sur le programme nucléaire ».

Le nouveau président iranien, Ebrahim Raissi, s’exprime lors de sa cérémonie d’assermentation au parlement iranien, dans la capitale Téhéran, le 5 août 2021. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Après cinq mois de pause, les négociateurs sur le nucléaire iranien se sont retrouvés lundi à Vienne, avec une délégation iranienne « déterminée » à aboutir, même si les analystes sont peu optimistes sur les chances de ressusciter rapidement l’accord international de 2015.

La réunion, précédée d’une série de rencontres bilatérales, a débuté peu après 15H00 locale (14H00 GMT) au palais Cobourg, là même où avait été conclu ce texte historique, selon un tweet du représentant de l’Union européenne, qui chapeaute le processus.

« La délégation de la République islamique d’Iran est à Vienne avec la ferme détermination de parvenir à un accord », a déclaré à la presse le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh.

Les différentes parties s’étaient quittées en juin sur une note positive, mais l’arrivée au pouvoir en Iran du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi a changé la donne.

Pendant des mois, la nouvelle équipe dirigeante a ignoré l’appel des Occidentaux à revenir autour de la table, tout en poursuivant la montée en puissance du programme nucléaire.

Téhéran insiste désormais sur « la levée de toutes les sanctions, d’une manière garantie et vérifiable ». Dans la capitale, des habitants interrogés par l’AFP disaient attendre des « résultats » car « le pouvoir d’achat des gens ordinaires s’amenuise de jour en jour ».

Robert Malley. (Capture d’écran YouTube)

Avant sa venue en Autriche, l’émissaire américain Rob Malley avait jugé que les récents actes iraniens n’étaient « pas de bon augure ». Et d’ajouter: « s’ils traînent des pieds (…), alors, bien entendu, nous ne serions pas prêts à rester les bras croisés ».

Depuis le début de l’année, l’Iran a franchi plusieurs lignes, portant le taux d’enrichissement d’uranium à des niveaux inédits et restreignant l’accès aux inspecteurs de l’AIEA.

Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, chargée de contrôler le caractère pacifique du programme nucléaire iranien, a déploré la semaine dernière l’absence d’avancées sur plusieurs questions en suspens.

« Le refus de l’Iran de trouver un compromis avec l’AIEA jette une ombre sur les pourparlers à venir », estime dans une note Henry Rome, spécialiste de l’Iran chez Eurasia Group.

« La situation est de plus en plus précaire », abondait vendredi Kelsey Davenport, experte de l’Arms Control Association, dans un échange avec des journalistes.

« Si l’ancien président américain Donald Trump est à l’origine de la crise, les actions iraniennes la prolongent », a-t-elle regretté. Les « lacunes dans la surveillance de l’AIEA sont de nature à nourrir les spéculations sur l’existence d’un programme secret de Téhéran », prévient Mme Davenport.

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