Omar Barghouti, fondateur palestinien de BDS, interdit d’entrée aux USA
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Omar Barghouti, fondateur palestinien de BDS, interdit d’entrée aux USA

Selon un groupe de défense, l'administration Trump a "arbitrairement" réduit au silence les Palestiniens. Le ministère israélien des Affaires stratégiques dit ne pas être impliqué

Omar Barghouti donne une interview dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mai 2016 (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Omar Barghouti donne une interview dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mai 2016 (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Le gouvernement américain a interdit, cette semaine, l’entrée des Etats-Unis à Omar Barghouti, leader du mouvement de boycott anti-israélien dirigé par les Palestiniens, selon un groupe de défense des droits de Washington qui a estimé que cette interdiction avait été décrétée en raison de l’activisme politique du militant.

L’AAI (Arab American Institute) a expliqué que Barghouti n’avait pas été autorisé à embarquer dans un vol pour New-York, malgré des documents de voyage et un visa valides. Il devait faire une tournée de conférences aux Etats-Unis.

« Cette interdiction d’entrée américaine me visant » malgré « des documents de voyage en règle », « qui est idéologique et politique, fait partie de la répression croissante d’Israël contre les défenseurs des droits humains palestiniens, israéliens et internationaux au sein du mouvement BDS pour la liberté, la justice et l’égalité », a déclaré jeudi Omar Barghouti dans un communiqué.

Il a souligné que cela l’empêcherait notamment d’assister au mariage de sa fille aux Etats-Unis. « Je suis blessé, mais pas découragé », a-t-il assuré.

Le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Palladino a dit que les Etats-Unis ne motivaient pas leurs décisions concernant les visas dans des cas individuels.

Mais sans expliquer pourquoi l’entrée avait été interdite à Omar Barghouti, il a ajouté: « la loi américaine n’autorise par le refus de visa uniquement sur la base de déclarations ou d’opinions politiques si ces déclarations ou opinions sont considérées légales aux Etats-Unis ».

L’AII, qui avait coordonné la venue de Barghouti dans le pays, a dit dans un communiqué avoir été informé par les personnels du transporteur aérien stationnés à l’aéroport international Ben-Gurion que le consulat américain à Tel Aviv avait demandé aux services américains de l’immigration de lui refuser l’entrée sur le territoire.

Le communiqué a affirmé également que Barghouti, qui habite Acre, qui est marié à une arabe israélienne et qui a le statut de résident permanent en Israël, n’a pas eu d’explication sur cette interdiction d’entrée. Seule une « affaire d’immigration » aurait été invoquée.

Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement and Sanctions) possédait un visa américain valide et les documents de voyage nécessaires qui avaient été remis par l’Etat juif, a précisé l’institut.

Israël avait interdit à Barghouti de quitter le territoire à plusieurs occasions, ces dernières années, refusant le renouvellement des documents de voyage accordés aux résidents palestiniens de l’Etat juif qui ne sont pas citoyens à part entière.

Un Palestinien marche près d’un graffiti demandant le boycott d’Israël dans la ville de Bethléem en Cisjordanie 11 février 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Le ministère des Affaires stratégiques, qui est responsable de la lutte israélienne contre le mouvement de boycott, a déclaré jeudi au Times of Israel ne pas avoir été impliqué dans cette décision.

Pour sa part, l’ambassade américaine a également refusé de commenter le dossier de Barghouti auprès du Times of Israel, citant le caractère confidentiel du registre des visas.

La campagne BDS prône le boycott, le désinvestissement et les sanctions à l’encontre des entreprises, universités et artistes israéliens. Selon ses partisans, BDS est un mouvement non-violent en faveur de l’indépendance palestinienne, mais Israël clame qu’il vise à ôter sa légitimité à l’Etat juif et il a été qualifié par un grand nombre comme radicalement antisémite.

Une accusation reprise par le nouvel émissaire américain pour la lutte contre l’antisémitisme Elan Carr, qui a prêté serment jeudi.

« Une personne peut choisir d’acheter ou de ne pas acheter ce qu’elle veut. Mais s’il s’agit d’un mouvement organisé pour étrangler économiquement l’Etat d’Israël, c’est antisémite », a-t-il dit à la presse.

Tout en reconnaissant qu’il est « tout à fait normal » de pouvoir critiquer la politique d’un pays dans une démocratie, Elann Carr a estimé que « critiquer Israël comme on ne le ferait pas pour un autre pays dans des circonstances similaires » était aussi de « l’antisémitisme ».

Jeudi, le président de l’AAI James Zogby a qualifié l’interdiction de Barghouti de « décision politique arbitraire », accusant l’administration Trump d’œuvrer à « réduire au silence les voix palestiniennes ».

Il a condamné les législations « régressives » anti-BDS adoptées dans plusieurs états américains ces derniers mois, affirmant que les mesures pro-israéliennes contrevenaient aux droits garantis par le Premier amendement.

« Il est perturbant que les politiques et le peuple américain n’aient pas l’occasion d’entendre directement Omar évoquer ses points de vue », a dit Zogby. « Les voix des avocats des droits de l’Homme palestiniens, que ce soit par le biais de ciblages politiques, de lois de régression et de discrimination, sont réduites au silence quand les discussions et les débats sont rejetés ».

L’AFP a contribué à cet article.

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