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Omicron : pour Gideon Saar, les nouvelles consignes sont injustifiées

Pour le ministre de la Justice, les nouvelles restrictions heurteront l'économie ; selon le chef du ministère de la Santé et la ministre de l'Intérieur, il faut stopper le variant

Le ministre de la Justice Gideon Sa'ar dirige une réunion de la faction Nouvel espoir à la Knesset, le 8 novembre 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre de la Justice Gideon Sa'ar dirige une réunion de la faction Nouvel espoir à la Knesset, le 8 novembre 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Après l’approbation par le gouvernement de plusieurs mesures majeures visant à limiter la propagation du variant Omicron du coronavirus, très contagieux, le ministre de la Justice Gideon Saar a déclaré avoir le sentiment que les récentes limitations étaient injustifiées au regard des faits actuellement établis.

De son côté, le Premier ministre Naftali Bennett a reconnu que les initiatives qui ont été prises sont « graves », insistant sur le fait qu’elles sont nécessaires pour assurer la sécurité sanitaire des Israéliens. « Je demande au public de la patience et de la discipline », a-t-il déclaré.

Pendant la rencontre du cabinet Corona, dans la soirée de samedi, Saar a voté contre les nouvelles limitations. S’exprimant dimanche matin auprès du site d’information Ynet, il a indiqué respecter la décision prise par la majorité mais être néanmoins en désaccord avec cette dernière.

Les ministres ont ainsi voté l’interdiction d’entrée sur le territoire des non-Israéliens pendant deux semaines, la prolongation de la période de quarantaine obligatoire pour les Israéliens vaccinés de retour de l’étranger – elle passe de 24 heures à 72 heures – et ils ont autorisé les services de sécurité du Shin Bet à utiliser un service de suivi pour déterminer quelles ont été les personnes en contact avec un porteur confirmé de la maladie.

« J’avais soutenu les propositions visant à interdire les arrivées des voyageurs en provenance de ces pays africains » où le nouveau variant serait prévalent, a expliqué Saar. Mais « il y a des restrictions qui vont être mises en place ici que je ne trouve pas bonnes, comme celles appliquées aux Israéliens revenant de l’étranger – elles concernent aussi les Israéliens vaccinés – et l’arrêt total du tourisme en Israël ».

Saar a noté que ces mesures avaient « un coût économique significatif à une époque où nous nous trouvons sur la bonne voie au niveau économique ».

Il a ajouté que le monde et Israël « vont vivre pendant une période qui reste indéterminée dans l’ombre du coronavirus, dans l’ombre d’une mutation ou d’une autre. Nous devons absolument maintenir notre économie et notre vie quotidienne, en adoptant des restrictions uniquement lorsque c’est réellement nécessaire. Oui, nous pouvons prendre des mesures extrêmes. Mais je ne recommande pas de le faire en absence de fortes, très fortes justifications ».

Et le variant Omicron ne le justifie pas encore, a-t-il continué. « Je ne pense pas que les faits qui nous ont été présentés hier justifient ces décisions et c’est pour ça que j’ai personnellement voté contre les restrictions. Bien sûr, je respecte le jugement de la majorité et nous devons tous nous y soumettre ».

De gauche à droite : la cheffe des services de santé publique au ministère de la Santé, Sharon Alroy-Preis ; le Premier ministre Naftali Bennet, le ministre de la Santé Nitzan Horowitz et le directeur-général du ministère de la Santé Nachman Ash lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 26 novembre 2021. (Crédit : Moti Milrod/POOL)

Israël, jusqu’à présent, compte un cas confirmé de nouveau variant et enquête sur sept autres cas présumés. Le ministère de la Santé a indiqué dimanche que le cas confirmé était une femme, et que cette dernière avait pris un bus reliant Tel Aviv et Eilat en date du 22 novembre. Il a appelé tous les passagers du bus partant à 14 heures 30 de Tel Aviv, ce jour-là, à aller se faire dépister et à se placer à l’isolement jusqu’à réception du résultat de leur test.

Sharon Alroy-Preis, directrice des services de santé publique au sein du ministère de la Santé, a reconnu dimanche qu’un résultat de test trop lent à obtenir avait permis de manière involontaire à la femme d’échapper à la quarantaine à son arrivée. Il est demandé aux touristes vaccinés de se mettre à l’isolement jusqu’à réception d’un test de dépistage effectué après l’atterrissage, ou pendant 24 heures. La femme était ainsi sortie de quarantaine après 24 heures, n’apprenant que plus tard que son résultat était positif.

« Nous n’avons pas pu entrer en contact avec elle et il nous a fallu plusieurs jours pour la localiser », a indiqué Alroy-Preis devant un panel de la Knesset.

Lors de la rencontre hebdomadaire de cabinet, dimanche, Bennett a déclaré qu’il comprenait « l’inquiétude suscitée par une vie passée dans l’ombre du coronavirus. Ce n’est facile pour personne mais c’est la réalité… Je suis conscient que certains devront peut-être changer de destination de vacances ou se mettre en quarantaine à leur arrivée. C’est arrivé aussi dans ma famille ».

Il a précisé que l’objectif poursuivi par le gouvernement était de permettre une vie normale, autant que possible. « A cette fin, nous évaluons la menace au quotidien et nous prenons les initiatives nécessaires. Aujourd’hui, nous devons resserrer nos frontières pour protéger Israël. Les restrictions à la frontière ne sont pas une démarche facile, mais elles sont nécessaires ».

Dans une interview accordée dimanche matin, Nachman Ash, directeur-général du ministère de la Santé, a soutenu les nouvelles mesures. Le variant Omicron, a-t-il déclaré au micro de la station 103FM, est « le variant le plus préoccupant qu’il nous ait été donné de voir jusqu’à présent. Les initiatives prises sont proportionnées. Nous souhaitons retarder son arrivée en Israël ».

Ash a souligné que s’il y avait, au sein de l’État juif, un cas confirmé et sept cas présumés actuellement, « nous pensons qu’il ne s’est pas largement propagé dans le pays ».

Le suivi du Shin Bet, a-t-il ajouté, ne sera mis en œuvre que « pour ces quelques cas présumés de variant Omicron… tout en garantissant une confidentialité maximale… Nous devons utiliser tous les outils nécessaires pour mettre un terme à la circulation de ce variant ».

Concernant l’efficacité du vaccin contre cette souche, Ash a estimé que si les connaissances étaient encore limitées sur ce variant, il y avait néanmoins des raisons de rester optimiste.

« Le vaccin n’est pas efficace à 100 %. Nous devons voir si la protection apportée par le vaccin est inférieure face à cette mutation. Mais nous avons besoin de temps pour le déterminer », a-t-il confié.

Toutefois, a-t-il noté, « il y a certaines informations laissant entendre que les personnes vaccinées vont, au pire, développer des symptômes modérés – s’ils en développent. La majorité reste asymptomatique. Il y a une forte probabilité que le vaccin se révèle très efficace contre des symptômes et une infection graves ».

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, qui s’est exprimée au micro de la Radio militaire, a fait part de son fort soutien aux nouvelles restrictions. Le programme de suivi du Shin Bet, a-t-elle insisté, « ne concernera que les personnes contaminées par le variant Omicron ou soupçonnées de l’être, et il sera stoppé en cas de hausse importante du taux de morbidité ou s’il s’avère que le vaccin est efficace ».

La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, donne une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 31 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce variant est d’ores et déjà présent », a-t-elle ajouté. « Nous devons réduire sa propagation jusqu’à ce que nous ayons établi s’il est résistant au vaccin. Nous espérons que nous ne devrons pas avoir recours à d’autres restrictions mais cela dépendra du public et du taux de vaccination ».

Prenant la parole devant la Knesset, dimanche, Alroy-Preis a déclaré que la nouvelle souche se propageait très rapidement en Afrique du sud et qu’elle constituait dorénavant 75 % des nouveaux cas. Elle a ajouté qu’Omicron présentait « de nombreuses mutations importantes à des endroits stratégiques qui nous inquiétaient a priori ».

Eli Avidar, ministre au bureau du Premier ministre appartenant à la formation Yisrael Beytenu, avait indiqué avant le vote du cabinet sur les nouvelles mesures qu’il s’opposerait à la reprise du programme de suivi du Sin Bet.

« C’est une ligne rouge démente », avait-il estimé. « Ce gouvernement ne peut pas normaliser les mauvaises politiques qui ont été mises en œuvre par le précédent gouvernement. Et j’attends de tous ceux qui s’y étaient opposés hier qu’ils votent contre aujourd’hui. Le programme de suivi du Shin Bet est une mauvaise chose pour la démocratie ».

Eli Avidar, député de Yisrael Beytenu, à la Knesset, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

La nouvelle interdiction d’entrée sur le territoire appliquée aux ressortissants étrangers inquiète le secteur du tourisme, qui n’a pas travaillé pendant presque deux ans.

Un guide touristique, Yaniv Weinstein, a déclaré au micro de la Radio militaire, dimanche, que les tour-opérateurs avaient été « les plus frappés par la pandémie et ils n’ont pas obtenu un soutien suffisant de la part du gouvernement ». Il a indiqué que les mesures les plus récentes étaient susceptibles de porter un coup cette fois fatal aux entreprises.

D’autres acteurs du secteur ont demandé qu’une clarification immédiate soit faite sur la manière dont le gouvernement a l’intention de soutenir les entreprises touchées par ces nouvelles directives.

De son côté, la ministre des Infrastructures nationales, de l’Énergie et de l’Eau, Karine Elharrar, a indiqué à la Radio militaire que le gouvernement ferait en sorte d’indemniser tous ceux qui seraient frappés par les dernières restrictions, sans fournir de détails.

Les nouvelles règles, qui entrent en vigueur dimanche soir, interdisent l’entrée en Israël des ressortissants étrangers pour une période de 14 jours, sauf dérogation accordée par un panel gouvernemental.

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